Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Florilège de Wunderhorn à la Philharmonie de Paris
samedi 8 avril 2017 à 18h52
Des Knaben Wunderhorn (Le cor merveilleux de l’enfant) est un recueil de poésies et de chants populaires plus ou moins authentiques publié en 1805, au moment des guerres napoléoniennes, alors que l’Allemagne explore son passé, avec une dédicace à Goethe. Plusieurs compositeurs mettront ces textes en musique, le plus important étant Gustav Mahler : vingt-quatre en tout, dont douze avec orchestre composés de 1892 à 1901 et portant  le titre global de Wunderhorn Lieder. L’univers du Wunderhorn ne peut que fasciner Mahler : légendes du Moyen Age, visions de Paradis, échos douloureux, inhumains, fantastiques, de la guerre de Trente Ans, mêlant damnés et réprouvés, paysans et soldats parfois déserteurs. Les plus impressionnants parmi les Wunderhorn Lieder sont les « militaires ». La mezzo-soprano russe Ekaterina Gubanova et le baryton Dietrich Henschel viennent d’en chanter dix d’un seul coup, une rareté, avec le Philharmonique de Radio France dirigé par Eliahu Inbal, grand connaisseur : elle, portant toute la misère du monde dans Das irdische Leben (La vie sur terre), où un enfant affamé meurt pour avoir attendu que le pain soit semé, récolté, moulu, cuit ; lui, criant sa démence dans Der Schildwache Nachtlied (Chant nocturne de la sentinelle), où un soldat de garde perd la raison pour avoir trop  pensé à  sa bien-aimée, ou dans Revelge (Réveil), défilé de fantômes après la bataille. Après l’entracte, la Symphonie n°4 « Romantique » de Bruckner poursuit sur cette lancée. Eliahu Inbal en souligne la rudesse, avec des sonorités souvent de granit, et met bien en évidence son architecture, y compris dans le périlleux finale.
Marc Vignal
 
Philharmonie de Paris, 7 avril (Photo : Ekaterina Gubanova © DR)