Dimanche 18 août 2019
Concerts & dépendances
Festival de Sablé 1 : bons voyages
vendredi 25 août 2017 à 02h16
Thème de l’année au festival baroque de Sablé-sur-Sarthe : l’orientalisme. Thème annexe : le 250ème anniversaire de la mort de Telemann. Héloïse Gaillard ouvre le ban avec les douze Fantaisies pour flûte solo, dans l’étonnante église Saint-Sulpice d’Avoise, romane et baroque à la fois, à l’acoustique propice (voûte en briques de bois), devant un superbe retable sculpté (et classé, insiste M. le Maire). Sur cinq instruments qui sont autant de voix - du sopranino au ténor - l’artiste arrache l’exercice à son austérité naturelle et déploie la large palette expressive et culturelle (toute l’Europe y passe) du grand rival de Bach. « Bon voyage » souhaite-t-elle en préambule : on aurait tort d’y voir de l’ironie. Le soir, à l’église Saint-Louis du Prytanée militaire de La Flèche, Bach lui-même avec la Messe en si mineur. Cadre imposant, digne de l’alpha et l’oméga de la musique, si ce n’est que le parti pris par le chef Itay Jedlin de donner le chef-d’œuvre dans la version minimaliste - et contestée - de Joshua Rifkin (une voix par partie, dix chanteurs, vingt-et-un instrumentistes) y fait hiatus. Mais la qualité des participants (le Concert étranger - beaucoup de Français tout de même), la flamme du maestro (le Masaaki Suzuki de demain ?) compensent le déficit sonore, réactivant le mystère de ce monument maintes fois repris et retouché, mobilisant les styles les plus inconciliables pour aboutir à un équilibre défiant l’analyse. D’orientalisme aujourd’hui, rien de plus que la "Grande suite rocaille" (en italien : rococo) proposé au Centre culturel de Sablé (moins propice au rêve) par le violoniste et chef Daniel Cuiller venu en voisin de Nantes avec son ensemble Stradivaria, trente ans tout juste. Bonne idée pour un anniversaire que ce pot-pourri : cérémonie turque (Lully, mais aussi Rebel – François et Jean-Féry –, et Francoeur), airs à la mode de Corrette (dont, bien-sûr, La Turque), Symphonie concertante du Chevalier de Saint-Georges (un Créole à la cour). Une leçon de style aux enchaînement facétieux, qui aurait gagné à être contextualisée, voire mise en scène. Boutade de Cuiller : « Sablé n’est pas encore La Folle Journée de Nantes, mais … ». Voire : cinq pleins jours baroques annuels, à qualité constante depuis 1978, qui dit mieux ? 
François Lafon

(Photo : Héloïse Gaillard © Festival de Sablé)