Mardi 15 octobre 2019
Concerts & dépendances
Festival d'Aix-en-Provence 3 : Mahagonny, ultime déconstruction
mercredi 17 juillet 2019 à 22h20
Dernière au Grand Théâtre de Provence de Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny de Kurt Weill et Bertolt Brecht. L’acmé annoncée de Pierre Audi an 1 à Aix.  Presse unanime : déception. La faute au metteur en scène Ivo van Hove, plus heureux au théâtre (Les Damnés à la Comédie Française, Vu du pont à l’Odéon) qu’à l’opéra, après un terne Boris Godounov à Bastille (voir ici) et un Don Giovanni controversé à Garnier (voir ). Avec Mahagonny, pas besoin pourtant de psychanalyser les auteurs : tout y est dit de notre époque à travers la métaphore du capitalisme façon théâtre épique / déconstruction du genre opéra, suite de scènes didactiques se terminant par « On ne peut rien pour personne ». Puisque de déconstruire il est question, Van Hove met à nu son très mode arsenal personnel : scène vide, machinerie à vue, action filmée en direct, incrustations sur fond vert, ventilateurs géants pour la scène du typhon, point de bascule de l’histoire édifiante de cette ville-piège fondée par trois escrocs et inféodée à l’argent-roi, où le « tout est permis » remplaçant le « défense de… » mènera à la catastrophe. Mais le travail semble avoir été abandonné en chemin, à moins que ce ne soit là qu’une ultime démonstration de ladite déconstruction. On souffre pour les chanteurs (pas les moindres pourtant : Karita Mattila, Nikolai Schukoff, Annette Dasch, Willard White, Thomas Oliemans) tentant de se faire entendre sur ce plateau ouvert à tous les vents, pour Esa-Pekka Salonen peinant à trouver le lien entre la fosse et la scène en dépit (ou à cause ?) des somptuosités du Philharmonia Orchestra, et l’on admire la pertinence musicale et la disponibilité scénique du Chœur Pygmalion, moins attendu ici que dans le Requiem de Mozart auquel il participe au Théâtre de l’Archevêché. 
François Lafon 

Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence, 15 juillet (Photo © DR)