Lundi 30 mars 2020
Concerts & dépendances
Faust : le Diable ne fait plus peur
jeudi 29 septembre 2011 à 01h34

Première de Faust à l’Opéra Bastille, dans la nouvelle mise en scène de Jean-Louis Martinoty. Au quatrième acte, ce sont les bourgeois qui chantent « Gloire immortelle de nos aïeux », pendant que les soldats, éclopés, défilent en silence. La référence est raffinée : en 1975, dans la mise en scène de Jorge Lavelli (donnée jusqu’en 2003), les éclopés chantaient eux-mêmes, sous les huées du public. Aujourd’hui, l’acte de défaitisme ne choque plus personne, et Martinoty explique qu’il est fier d’avoir corsé la situation. Tout est à l’avenant dans le spectacle : le sexe, la science et la religion sont surexposés, les situations grassement soulignées. Il doit s’agir de retrouver le parfum de scandale. Peine perdue : Faust est plus que jamais l’emblème du vieil opéra, même si Méphisto est habillé en Monsieur Loyal, même si Marguerite est court vêtue. De belles idées pourtant : l’Air des bijoux transformé en flirt avec le Diable, ou le vieux Faust contemplant son jeune avatar. Le spectacle est à la gloire de Roberto Alagna, rock star à la diction fluide et à l’aigu brillant. Les autres sont perdus dans la foule. C’est juste si l’on remarque Paul Gay, Méphisto à la française rappelant Roger Soyer, le premier interprète de la production Lavelli. Le chef Alain Altinoglu (né en 1975) maintient les troupes et épouse les tempos du ténor. Ce dernier ne s’est pas entendu avec Alain Lombard, dont ce devait être la rentrée à l’Opéra, et qui a quitté le navire. Dommage : il y aurait eu quelque chose de faustien dans l’affrontement de ces deux egos.

François Lafon

Gounod : Faust. Opéra National de Paris Bastille, les 1, 4, 7, 10, 13, 16 (matinée), 19, 22, 25 octobre. En direct sur France 3 le 10 octobre.