Vendredi 23 août 2019
Concerts & dépendances
Falstaff, the guy next door
vendredi 25 mars 2011 à 22h19

Avec un Mr Ford qui ressemble à Michel Debré et une Mrs Ford à Catherine Deneuve dans Potiche, le film de François Ozon, le Falstaff monté à l’Opéra de Nantes par Patrice Caurier et Moshe Leiser n’a plus grand chose à voir avec l’Angleterre du XVème siècle. Et pourtant, l’esprit de l’ultime opéra de Verdi est bien là, sans futilité, sans hâblerie, mais avec une rare élégance, dans un chatoyant éventail de couleurs et de styles, dans un tempo enlevé mais jamais précipité. Transportées dans ce cadre boulevardier et savamment décalé, les aventures des Joyeuses Commères de Windsor et du vieux chevalier obèse, encore séducteur et toujours escroc, relèvent d’un univers que nous ne connaissons que trop, où la norme est seule acceptable et où la désignation d’un bouc émissaire justifie toutes les cruautés. Si la transposition s’avère judicieuse, l’interprétation l’est tout autant avec, en particulier, un quatuor vocal féminin - Véronique Gens et Amanda Forsythe en tête - qui affiche son bonheur d’être de cette aventure portée par un Orchestre national des Pays-de-la Loire qui galope agréablement. Voici un Falstaff « sans rien qui pèse et qui pose », où la règle est « glissez mortels, n'appuyez point ! » : toute la philosophie de Verdi au soir de sa vie.

Frank Langlois

Angers-Nantes-Opéra Nantes Théâtre Graslin 20, 22 mars – Angers le Quai 31 mars, 3 avril (Photo DR)