Dimanche 26 mai 2019
Concerts & dépendances
Et in Arcadia ego, baroque branché
jeudi 1 février 2018 à 23h43
A l’Opéra Comique : Et in Arcadia ego (« Même en Arcadie, j’existe », ou « Moi aussi j’ai vécu en Arcadie », allusion à l’œuvre de Nicolas Poussin), création sur des musiques de Jean-Philippe Rameau. Au départ, un « big bang baroque » rêvé par Christophe Rousset. A l’arrivée : un « big bang intérieur » mis en scène par la performeuse Phia Ménard sur un scénario du romancier Eric Reinhardt. Le pitch : une femme de quatre-vingt-quinze ans connaît de longue date le jour et l’heure de sa mort. Arrivée au moment fatidique, elle se revoit aux divers âges de son existence, sous les traits de la jeune fille qu’elle ne s’est jamais résolue à ne plus être. Un prétexte pour Rousset et ses Talens Lyriques de composer un somptueux patchwork ramiste, opéra imaginaire pour chœur, orchestre et voix solo, celle de la mezzo Lea Desandre. Audace suprême, bien que fondée sur des habitudes de l’époque : les textes des airs ont été réécrits par Reinhardt, dans un style baroque branché. On y parle, au prix de quelques acrobaties prosodiques, de « fans affreux » et de « groupies votre poison », et le « Rassemblez-vous, peuples » de Castor et Pollux devient « Retirez-vous, jouets ». A cela s’ajoute, autour de Lea Desandre dont la performance vocale, dramatique et même acrobatique est étonnante, l’univers de « transformation de la matière et d’injonglabilité » (elle est jongleuse de formation) qui a fait le succès de Phia Ménard et de sa compagnie Non Nova. Mais si certains tableaux - comme la rampe perdue dans les nuées où disparaît la mourante -, sont saisissants, d’autres sont curieusement décalées, tel le gros lapin bleu qui fond (un maître glacier est au générique) tandis que l’héroïne (qui s’appelle Marguerite) jouit de sa prime jeunesse, ou carrément ridicules, comme le monstre en plastique couleur sac poubelle qui clôt le spectacle, lequel n’est probablement  pas étranger à l’agressivité d’une partie de la salle lorsque reviennent saluer la metteur en scène et le scénariste.
François Lafon 

Opéra Comique, Paris, jusqu’au 11 février. En direct sur Mezzo Live HD et Culturebox le 9 février
(Photo © Pierre Grosbois)