Mardi 19 novembre 2019
Concerts & dépendances
Ercole Amante, pleins et déliés
mardi 5 novembre 2019 à 02h23
A l’Opéra-Comique : Ercole Amante de Francesco Cavalli. Un Hercule amoureux très politique qui n’est autre que le jeune Louis XIV, à qui Mazarin, pour le « remercier » d’avoir épousé l’infante espagnole Marie-Thérèse, a offert cet opéra - genre qui n’existait pas encore en France - commandé au plus illustre successeur de Monteverdi. Mais entre la commande et la réalisation (1660-1662), Mazarin est mort et Louis a oublié la reine dans les bras de Louise de La Vallière. L’ouvrage sera entrelardé de ballets signés Lully, dans lesquels le roi dansera en Apollon, le Soleil remplaçant l’historique « Hercule Gaulois » (force + éloquence = roi de France). L’ex-Florentin Lulli ne tirera pas moins les leçons de cet Ercole pariso-vénitien – où Cavalli n’abandonne pas son lyrisme personnel mais met en valeur « à la française » le texte… en italien -  lorsqu’il « inventera » la tragédie lyrique. En 1981, à Lyon puis à Paris (Châtelet), le metteur en scène Jean-Louis Martinoty avait joué la carte politique, piste que Valérie Lesort et Christian Hecq ont abandonnée pour ce nouveau spectacle, au prétexte que « Si nous nous engagions dans une lecture métaphorique, nous pouvions égarer une partie du public ». Ils ont surtout suivi leur pente personnelle, amorcée in loco dans Le Domino noir d’Auber (voir ici) et la formidable Petite balade aux enfers (repris cette saison – voir ) : un univers proche de la bande dessinée, à la fois littéral (Junon et son paon) et surréaliste (inénarrables « marionnettes habitées ») sans oublier les clins d’œil historico-humoristiques (les machines baroques repensées). On aimerait un peu plus d’animation encore, mais l’œuvre est longue, et la musique de Cavalli n’est jamais plus belle que quand elle plane. De celle-ci Raphaël Pichon et son Ensemble Pygmalion négocient superbement les pleins et les déliés, soutenant un mélange de « natures » et de très belles voix, telles la basse Nahuel di Pierro (Hercule) et la mezzo Anna Bonitatibus (Junon).   
François Lafon 

Opéra Comique, Paris, jusqu’au 12 novembre - Versailles, Opéra Royal, les 23 et 24 novembre – En direct le 8 novembre sur Arte Concert, en différé ultérieurement sur France Musique (Photo © S. Brion)