Mercredi 23 octobre 2019
Concerts & dépendances
Don Giovanni et son problème
samedi 23 mars 2013 à 16h07

A l’Opéra de Dijon-Auditorium, Don Giovanni mis en scène par Jean-Yves Ruf. Cinq représentations sold out, un public jeune (30% de moins de 26 ans), une troupe qui ne l’est pas moins, le solide Orchestre de Chambre d’Europe (en résidence) dans la fosse, un positionnement international pour cette structure ambitieuse (Auditorium : 1611 places ; Opéra historique : 694 places) gérée depuis cinq ans par Laurent Joyeux, le plus jeune directeur d’opéra de France. Spectacle jeune en effet, et accessible à qui ne connaît pas l’œuvre par cœur : costumes modernes mais pas trop, décor à tout faire (une pelouse accidentée), fable racontée au premier degré. Mais ni le chef Gerard Korsten ni le metteur en scène ne viennent à bout du « problème Don Giovanni » : comment suggérer la fuite en avant du séducteur poursuivi que personne n’attrape – ou ne veut attraper – sinon la Mort elle-même ? L’horlogerie musicale est précise mais statique, l’action scénique tourne en rond. Silhouette de voyou chic et voix de velours, le Don (Edwin Crossley-Mercer) pâlit devant les deux autres voix graves, Leporello (Josef Wagner) et Masetto (Damien Pass), eux-mêmes des Don en puissance. Même déséquilibre chez les dames, dominées par la petite Zerline (la jeune et fraîche Camille Poul). Il s’en faudrait de peu (un autre chef, un autre Don ?) pour que vienne la légèreté tragique apparemment recherchée. Autre gageure la saison prochaine (sous-titrée « Cap au nord »), une Tétralogie artistement condensée : deux soirées de six heures agrémentées de préludes dus au compositeur Brice Pauset. Mise en scène du décidément casse-cou Laurent Joyeux, direction de l’excellent et pas assez connu Daniel Kawka. Grand public et puristes rebutés par la version light à convaincre.

François Lafon

Opéra de Dijon-Auditorium, les 22, 24, 26, 28, 30 mars. Diffusion sur www.medici.tv et www.bourgogne.france3.fr à partir du 30 mars, lecture pendant 3mois sur Medici.tv Photo © Roxanne Gauthier