Samedi 20 juillet 2019
Concerts & dépendances
Dijon : dans le cerveau de Wozzeck
dimanche 10 mai 2015 à 22h20

Option radicale à l’Opéra de Dijon pour l’opération Tous à l’opéra (portes ouvertes annuelles dans vingt-huit théâtres de l’hexagone) : Wozzeck d’Alban Berg. Une façon peut-être plus efficace de séduire de nouveaux publics – notamment les jeunes – rebutés pas l’opéra de papa. Grand Auditorium aux trois-quarts plein pour cette troisième et dernière représentation (La Traviata, évidemment, aurait fait mieux), ateliers, rencontres et animations assez largement fréquentés. Un Wozzeck austère et esthétique en même temps, une plongée, selon la metteur en scène Sandrine Anglade, dans le cerveau de l’opprimé-meurtrier, plutôt qu’une analyse brechtienne (dépassée) ou expressionniste (antédiluvienne). Lutte des classes tout de même, damné de la terre que ce prolétaire en col blanc regardant à travers d’immenses panneaux translucides un monde fantasmé dont il est exclu. Limite de l’expérience : un certain statisme, comme une progression en eaux troubles freinant la perception recherchée de « temps circulaire » bergien. Superbes instantanés tout de même que la danse de mort des soldats rouges dans le cabaret, ou que l’enfant orphelin seul au milieu des sacs-déchets d’une société invivable. Sandrine Anglade répondant aux questions du public : « A l’opéra, quand la musique va, tout va ». Une réussite donc : plateau sans faute avec le Français Boris Grappe très présent en Wozzeck pas si fou, et la Britannique Allison Oakes, voix grand format et personnalité émouvante. Plaisir surtout d’entendre une fois encore l’Orchestre de la SWR Baden-Baden und Freiburg, Philharmonique de Berlin de la musique du XXème siècle, bientôt démantelé – officiellement fusionné « économiquement » avec l’Orchestre de la Radio de Stuttgart. Grand écart entre romantisme et modernité finement entretenu par le chef Emilio Pomarico, héritier de Hans Rosbaud et Michael Gielen, figures tutélaires de cette phalange irremplaçable.

François Lafon

Photo © Gilles Abegg