Mardi 21 mai 2019
Concerts & dépendances
Deauville 1 : Pâques russes
mardi 1 mai 2018 à 19h50
Dernier week-end du Festival de Pâques, avec deux concerts soutenus par la Fondation Singer-Polignac, où l’on retrouve une majorité de « ses » jeunes musiciens dans leur répertoire de prédilection, la musique de chambre. En réunissant le samedi Mahler, Berg et Stravinsky, mondes ancien et nouveau s’interpénètrent à la frontière du XXe siècle, si ce n’est que ce Quatuor pour piano et cordes d’un Mahler de dix-sept ans n’annonce pas vraiment le compositeur de symphonies et de cycles de lieder… En outre, la juxtaposition du Quatuor pour piano et cordes de 1988 de Schnittke, inspiré par le mouvement abandonné du Quatuor de Mahler, est l’une des pièces, courtes et tardives… les moins inspirées du Russe. À l’inverse, les Sieben frühe Lieder de Berg (1908), dans l’arrangement récent pour orchestre de chambre de Reinbert de Leeuw, sont au contraire un modèle de raffinement d’écriture, baigné par les dernières lueurs du romantisme, sous l’égide de poètes allemands pénétrés des merveilles de la nature. Dans un tel répertoire, la mezzo Adèle Charvet ne manque certes pas de charme, mais d’une assurance qui lui permettrait de restituer les timbres soyeux – et justement mahlériens ! – d’une partition si intense – la direction un brin guindée de Pierre Dumoussaud n’étant pas non plus un atout. Heureusement, l’Histoire du Soldat de Stravinsky rachète en deuxième partie cette introduction bancale. C’est pourtant le même chef que l’on retrouve dans cette partition qu’il a déjà dirigée (pour le chorégraphe Jean-Claude Gallotta), et dont il maîtrise tous les arcanes. Avec le violon magique – et même diabolique, avec une telle partition ! – de David Petrlik (photo), idéal de précision et de rythme, tout comme l’est le cornet de Henri Deléger, cette Histoire du Soldat retrouve la force primitive du Sacre, bien scandée par le théâtre mobile du « couple » formé par Maxime Coggio, le Soldat, et Gabriel Acremant, le Diable – qui volaient ce soir-là, avec les sept musiciens et le chef, la vedette à Didier Sandre, Lecteur pâlichon.                 
Franck Mallet
 
28 avril, Salle Élie de Brignac, Deauville (Photo © DR)