Lundi 21 octobre 2019
Concerts & dépendances
Concours de Bamberg : Le combat des chefs
vendredi 5 mars 2010 à 11h35
A ma droite, le candidat ouzbèque, Aziz Shokhakimov, 22 ans, râblé, plein d’énergie, qui emploie la baguette pour fouetter les musiciens, les inciter à donner toujours plus dans l’expression. A ma gauche, le candidat Letton, Ainars Rubikis, 32 ans, un véritable poids plume qui combine précision et élégance des gestes. Le combat se fait en trois rounds : d’abord une page contemporaine d’environ cinq minutes, puis une répétition en quinze minutes du Scherzo de la Quatrième symphonie de Mahler, et enfin le troisième mouvement de cette même oeuvre mais cette fois-ci exécuté sans aucune interruption et sans aucune indication verbale des candidats : un numéro sur la corde raide et sans filet.
Pour cette finale du Concours de Direction d’orchestre de Bamberg, le public est venu en masse, un public de connaisseurs : sur les 70 000 habitants de la ville, 7 000 sont des abonnés de l'Orchestre. Et il se passionne pour la confrontation des deux styles.
Premier sur le ring, Aziz Shokhakimov s’attaque à Con brio de Jörg Widmann, page ultravirtuose, en faisant justice au titre de l’oeuvre. Il s’en sort, mais on se demande s’il est vraiment à l’aise dans ce répertoire. Dans Mahler en revanche son style musclé montre ses limites : ses gestes sont appuyés pour épaissir les traits et essayer ainsi de faire oublier les inévitables couacs par une surenchère d’émotion. Mais à force de demander toujours plus aux musiciens, l’ensemble s’écroule. La faute à l’inexpérience ? 

Ainars Rubikis monte à son tour sur le podium avec l’énorme partition de Towards Osiris, l’oeuvre contemporaine qu’il défend sans qu’apparemment le compositeur (Matthias Pintscher, par ailleurs membre du jury) soit choqué : tout semble fluide. Mais ce n’est rien à côté de son Mahler. Après le style très appuyé de son rival, sa direction subtile, tout en finesse, fait mouche et tire le meilleur de l’Orchestre de Bamberg, transfiguré. Dans le scherzo, il est à la fois pointilleux dans ses indications et imagé quand il évoque l’atmosphère fête de ce mouvement : « C’est comme le Violoniste sur le toit, amusez-vous ! » Son combat, il le gagne par KO dans le quatrième mouvement : c’est de la musique de chambre et on reste émerveille par la souplesse d’un orchestre qui se plie à la moindre de ses indications. Après ce numéro, le chef quitte la scène sous un tonnerre d’applaudissements. Le jury est lui aussi sous le charme et Ainars Rubikis devient le Premier Prix de cette troisième édition. A 32 ans, c’est encore un jeune chef (jusqu’à quelle âge un chef est encore « jeune »?) qui peut montrer désormais une excellente carte de visite. Saura-t-il bien l’utiliser ?


Crédit photos : Matthias Hoch