Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Brahms par François-Frédéric Guy, épuisants sommets
jeudi 31 mars 2016 à 07h25

A la salle Gaveau, François-Frédéric Guy joue les trois Sonates pour piano de Brahms. Une heure et demie de furie romantique, un triple hommage iconoclaste au dernier Beethoven asséné par un génie de vingt ans, à propos duquel Schumann écrit : « Il transforme le piano en un orchestre aux voix tour à tour exultantes et gémissantes. Ce furent des sonates, ou plutôt des symphonies déguisées ». Significativement, le pianiste commence par la 2ème, terminée avant la 1ère, mais surtout celle où le jeune Brahms affirme sa singularité, impose un foisonnement aussi exaltant qu’épuisant pour l’auditeur comme pour l’interprète. Pour quel autre Himalaya François-Frédéric Guy quitterait-il les sommets beethovéniens qu’il fréquente avec succès, et dont celui-ci est l’héritier ? Symphonique, son interprétation l’est, au point que l’on plaint le piano (un Steinway enclin à ferrailler dans les nombreux passages paroxystiques) et que l’on souhaiterait – une fois n’est pas coutume – que la salle soit plus grande, que le son puisse s’y déployer plus librement. Réfugié au 2ème balcon (public clairsemé), on souffle à la 3ème Sonate, la plus contrastée, où le compositeur se permet de rêver, et où l’interprète lâche la bride le temps d’un Andante espressivo d’anthologie, avant de passer en bis « du très jeune au très vieux Brahms » avec un 1er Intermezzo de l’opus 119 suspendu comme il le faut pour mieux en exalter les subtiles dissonances. L’enregistrement des Sonates (label Evidence), réalisé à l’Arsenal de Metz sur un piano Yamaha, paraît le 15 avril.

François Lafon

Salle Gaveau, Paris, 30 mars Photo © DR