Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Bonnes Pâques à Deauville
mardi 18 avril 2017 à 21h55
La 21ème édition du Festival de Pâques de Deauville fut l’occasion pour Le Balcon, ensemble de musiciens réunis sous la houlette de l’impétueux Maxime Pascal, de revenir sur les planches normandes pour y étrenner en ouverture du festival son dernier succès, une version revisitée de la Symphonie fantastique de Berlioz  – déjà présentée un peu partout et désormais honorée d’un enregistrement (voir ici). La soprano Julie Fuchs s’était jointe au Balcon en première partie de ce concert, avec un programme d’airs arrangés par Arthur Lavandier, jeune compositeur (Le Premier meurtre, à Lille, en 2016) associé à l’orchestre. Optant pour un style salonard, Nuit d’étoiles d’un Debussy de 18 ans peut encore séduire, d’autant plus paré du timbre frais et juvénile de la chanteuse, en revanche Alcina de Haendel (l’air Credete al mio dolore) avec cordes, piano et guitare fuzz ressemble à un Adagio de Barber trempé dans la mélasse, tandis que l’intensité morbide de Ich bin der Welt abhanden gekommen de Mahler (Rückert Lieder) est un contresens absolu, ravaudé ainsi en mélodie douceâtre… Heureusement, et même si Lavandier est loin du génie orchestrateur de Berlioz, sa « libre adaptation » pour orchestre de chambre de la Fantastique, qui bénéficiait en outre du concours de l’Orchestre d’harmonie Lisieux-Pays d’Auge, se révélait une nouvelle fois un délice, aussi chamarrée qu’incongrue. Bruits d’orage, cor des Alpes, orgue intempestif, chahut des vents, échappées jazzy et harmonie dissipée surgissant parmi le public et descendant sur scène pour le final Songe d’une nuit de sabbat : une diablerie potache dirigée par un Maxime Pascal aux gestes outrés – bien dans l’esprit des caricatures singeant à l’époque le Berlioz chef d’orchestre. 
Rupture complète le lendemain après-midi, avec un concert entièrement dévolu à Ligeti, figure marquante du XXème siècle. Avec l’Étude polyphonique pour piano à quatre mains, la Sonatine également à quatre mains par Jonas Vitaud et Guillaume Vincent, et les Six bagatelles pour quintette à vent par l’Ensemble Ouranos, c’est la jeunesse bartokienne et stravinskienne qui est tout d’abord à l’honneur, avec ses pirouettes, ses imitations en clins d’œil et son humour. Tandis qu’avec Métamorphoses nocturnes, premier quatuor à cordes de 1954, se dessine le vrai Ligeti : intransigeant et excessif, qui transforme et décortique la danse et le chant populaire pour en faire un hymne brûlant, qui électrise les cordes et jongle avec les timbres les plus rares – ceux concis et affirmés de l’exceptionnel Quatuor Hermès. 
Le soir, interprétation tout aussi magistrale du 2ème Quintette pour piano et cordes de Fauré par le pianiste Guillaume Bellom, d’une sonorité angélique (3ème mouvement Poco Adagio !), l’alto capiteux de Lise Berthaud (1er mouvement !) et le violoncelle si mélodieux de François Salque (Allegro final !), en totale harmonie avec les non moins éloquents Pierre Fouchenneret et Guillaume Chilemme aux violons. Où entend-t-on en France un concentré de chambristes d’une telle qualité - sinon à Deauville ?                   
Franck Mallet
 
Festival de Pâques de Deauville, jusqu’au 30 avril (Photo : Fouchenneret-Chilemme-Salque-Berthaud-Bellom © Claude Doaré)