Vendredi 23 août 2019
Concerts & dépendances
Benjamin Grosvenor, un monde et un système
vendredi 1 mars 2013 à 00h07

Récital, dans la série Les Pianissimes, de Benjamin Grosvenor au Conservatoire d’Art Dramatique. Bach-Kempff, Bach-Rummel, Bach-Siloti, Bach-Saint-Saëns (mais pas Bach-Busoni) pour commencer. Le poulain Decca la joue classique : toucher précis, phrasés sage, beaucoup de pédale. Puis vient Chopin, avec la Polonaise op. 44 et l’Andante Spianato et Grande Polonaise Brillante. Là, le prodige britannique (21 ans) se déchaîne : phrasés étranges, foucades répétées, graves secs et aigus agressifs, ignorance systématique de l’art de l’enchaînement. Cinq Mazurkas et la Valse op. 38 de Scriabine dans la foulée : on admire la technique et l’audace, tout en se félicitant de ne pas être au premier rang. Ensuite des Valses poeticos de Granados ni très dansantes ni très poétiques, et pour finir un Beau Danube bleu feu d’artifice dans la transcription kitsch d’Adolf Schulz-Evler. Applaudissements nourris : on peut admirer ou détester, et même faire les deux en même temps. Benjamin Grosvenor a son monde, et déjà son système, mais n’a pas encore trouvé son assise. C’est en cela qu’il est inquiétant.

François Lafon