Lundi 20 mai 2019
Concerts & dépendances
Benjamin, dernière nuit, loin de l’épure
dimanche 20 mars 2016 à 23h00

Dans le cadre du "Festival Pour l’humanité" (ou Contre la barbarie) à l’Opéra de Lyon, création de Benjamin, dernière nuit, musique de Michel Tabachnik sur un livret de Régis Debray. Pas tout à fait un livret, d’ailleurs, puisque celui-ci avait d’abord imaginé un spectacle de théâtre-cabaret alla Brecht et Weill pour raconter les ultimes réminiscences de Walter Benjamin, intellectuel inclassable, médiologue avant que Debray n’invente le terme, conscience d’un monde devenu fou, retrouvé mort le 26 septembre 1940 dans une chambre d’hôtel de Port-Bou, à la frontière franco-espagnole. En une heure et demie, Benjamin et son double (un ténor pour le rêve, un acteur pour la réalité), convoquent sous forme de dialogues rapides aux résonances actuelles (spiritualité, déracinement) ses vrais et faux amis, panthéon de l’intelligentsia de l’époque : Arthur Koestler et Bertolt Brecht, Hannah Arendt (sa biographe) et Gershom Sholem (théoricien du sionisme), André Gide et Max Horkheimer (co-fondateur de la Kritische Theorie). Avec un tel scénario, Tabachnik n’a eu qu’à « coller la musique sur le texte », selon ses propres termes. Pas d’intervention électroniques, mais des citations variées, chansons populaires, chants religieux, musiques militaires, imbriqués dans un langage « atonal incluant la tonalité » que n’aurait pas renié son maître Pierre Boulez. Tuilage supplémentaire : la mise en scène de John Fulljames accumule miroirs et projections, ballets et cavalcades, sollicitant l’oeil alors que l’oreille est déjà très occupée. Du coup, ce portrait-gigogne s’alourdit, oubliant – comme souvent le répertoire contemporain – que l’opéra est paradoxalement un art de l’épure. De Bernhard Kontarsky dirigeant un plateau sans faille, Tabachnik, chef lui-même, dit : « Je lui fais une absolue confiance ». Il a raison.

François Lafon

Opéra de Lyon, jusqu’au 26 mars. Festival Pour l’humanité (Benjamin, La Juive, Brundibar, L’Empereur d’Atlantis), jusqu’au 3 avril Photo © Stofleth/Opéra de Lyon