Jeudi 23 mai 2019
Concerts & dépendances
Anne Teresa de Keersmaeker : Mozart hors-sol
vendredi 27 janvier 2017 à 01h33
A l'Opéra de Paris-Garnier, Cosi fan tutte de Mozart mis en scène et chorégraphié par Anne Teresa de Keersmaeker. L’opéra des fausses symétries par une spécialiste des symétries trompeuses et des déplacements à fleur de nerfs. Une nouvelle donne, après nombre de transpositions séduisantes mais forcément boiteuses (Michael Hanneke à Madrid, Christophe Honoré à Aix-en-Provence…) ? Plateau vide, éclairages violents, mur de fond de scène peint en blanc, cercles et diagonales colorés au sol, chacun des six solistes doublé par un danseur (de Rosas, la compagnie de la chorégraphe, celle-ci ayant récusé – ou été récusée par - ceux de l’Opéra). On attend une troisième dimension, un révélateur du mariage à jamais détonnant de la plus belle musique du monde et de la comédie de dupes à l’italienne, on espère que le difficile dialogue entre théâtre et danse, entre incarnation et abstraction va s’établir, que si mouvement il y a, il ne va pas, comme souvent, être redondant. Et puis on déchante :  chanteurs et danseurs hors-sol, perdus sur l’immense plateau, les uns hésitant entre théâtre et oratorio (seuls Philippe Sly-Guglielmo et Ginger Costa-Jackson-Despina parviennent, un peu, à exister), les autres entre statisme et folle énergie - signature habituelle de la chorégraphe, mais ici échouant à donner vie et sens au chef-d’œuvre. Dans la fosse, Philippe Jordan tisse la dentelle et marche sur des œufs : est-ce bien le même qui, à Bastille, dirige un flamboyant Lohengrin (voir ici) ? 

François Lafon

Opéra National de Paris – Palais Garnier,  jusqu’au 19 février. En direct au cinéma le 16 février, et sur Mezzo et Mezzo Live HD le 23 février. En différé sur France Musique le 5 mars