Mercredi 17 juillet 2019
Concerts & dépendances
Aix 3 : Carmen, les pro et les anti
mardi 18 juillet 2017 à 01h11
Au festival d’Aix-en-Provence, septième et avant-dernière représentation de Carmen dans la mise en scène de Dmitri Tcherniakov. Ovation finale mais pro et anti comme à la première. Comme d’habitude, Tcherniakov a décalé le cadre pour mieux cerner le sujet. L’opéra est là, intrigue et musique, mais devenu jeu de rôle thérapeutique, auquel se prête un cadre au bord de la rupture conjugale. Le jeu ira trop loin, laissera des victimes, et recommencera avec un autre cobaye, éternel reboot (réinitialisation) rappelant le film de David Fincher The Game. « Du truc », disent les anti, « un traitement de choc rendant au plus joué (et donc galvaudé) des opéras sa charge virale originelle », répliquent les pro. Tous ont raison, en partie du moins : manipulateur virtuose des codes et mythologies, Tcherniakov relit les œuvres du passé à la lumière des standards actuels. Le procédé est à la mode, le public se lasse, mais Tcherniakov a plus de talent que la plupart des autres, et encore une fois, cela fonctionne. Impressionnante cette descente aux enfers d’un Monsieur Tout le Monde écrasé par une société banalisante, glaçante cette remise à niveau (celui de la société actuelle) d’une œuvre, d’une histoire, d’un folklore considérés comme trésor national. Stéphanie d’Oustrac est formidable en séductrice pour rire (ou plutôt pour soigner) dépassée par les événements. Michael Fabiano, Don José-cobaye, Elsa Dreisig, épouse tentant le tout pour le tout (jusqu’à jouer … Micaela) ne sont pas moins crédibles, et Pablo Heras-Casado enflamme un Orchestre de Paris et un Chœur Aedes sur leur trente-et-un. Car - scandale pour les anti et ultime justification pour les pro - la musique elle aussi sort revivifiée de l’aventure. 
François Lafon

Festival d’Aix-en-Provence, Grand Théâtre de Provence, jusqu’au 20 juillet (Photo © Patrick Berger/Artcompress)