Dimanche 26 mai 2019
Ainsi parlait Frédéric Nietzsche
Philo, musique et tragédie : un opéra époustouflant de Wolfgang Rihm
Dionysos

Il y a deux Marilyn aux rires suraigus, une Ariadne à la fois aguicheuse et meurtrie, un Apollon blond en costume blanc, des Esmeralda sorties de chez Madame Claude, des choristes échappés du Mars Attacks ! de Tim Burton, des nourrices aux mamelles pendantes, et puis N., une sorte de bourgeois installé et coincé qui attend vingt minutes avant de lancer un borborygme, de découvrir qu’on peut disserter de la vérité et de finir en bouc dépecé par Apollon. Cet opéra-fantaisie en quatre scènes de Wolfgang Rihm a des allures de fourre-tout, mais ce n’est qu’une apparence. Car N., c’est à la fois Dionysos et Nietzsche, dont le compositeur a utilisé le recueil poétique Dithyrambes de Dionysos comme seules paroles de son opéra, et cet époustouflant spectacle « met en scène », si l’on peut dire, les réflexions du philosophe sur l’esthétique, le désir, la volonté de puissance, l'humanité, la bestialité, l'instinct créateur et, naturellement, l’art et la tragédie. Rien de rébarbatif toutefois dans ce petit précis de philosophie, mais, au contraire, une recherche de la musique juste, de notes qui touchent le spectateur tout en suscitant ses propres interrogations : scène après scène, Wolfgang Rihm décline la musique, passe de l’aigu ricanant à la plénitude d’harmonies funèbres, d'aspérités atonales à des accords presque mahlériens. Ajoutons enfin que cette expérience des plus passionnantes, qui vit le jour à Salzbourg en 2010, doit aussi beaucoup à la mise en scène de Pierre Audi, aux décors de Jonathan Meese, aux costumes, à la direction d’Ingo Metzmacher et à l’exceptionnelle interprétation de Mojca Erdmann et Johannes Martin Kränzle.
Gérard Pangon
PS : Ich bin dein Labyrinth, le documentaire qui accompagne la captation, est une excellente introduction à la démarche de Wolfgang Rihm.

Dionysos - Scenes and Dithyrambs
Mojca Erdmann (soprano), Elin Rombo (soprano), Virpi Räisänen (mezzo-soprano), Julia Faylenbogen (alto), Johannes Martin Kränzle (baryton), Matthias Klink (ténor)
Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Konzertvereinigung Wiener Staatsoper
Direction musicale : Ingo Metzmacher
Mise en scène : Pierre Audi
Réalisation : Bettina Ehrhardt
2 DVD Euroarts 2972608
2 h 02 min + bonus 53 min

mis en ligne le mercredi 12 février 2014

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