Mercredi 19 décembre 2018
A la parisienne
Résurrection, trois siècles et demi après, du somptueux Orfeo de Rossi
L'Orfeo

S’il est admis qu’en France, tout finit en chansons, il ne l’est pas moins que tout commence par un ménage à trois (au théâtre, s’entend). On ne s’étonnera donc pas que Luigi Rossi, quarante années (1647) après Monteverdi, ait pimenté son Orfeo, créé à Paris par la volonté de Mazarin pour promouvoir l'opéra italien, d’un empêcheur d’aimer en rond, Aristée, que l’on retrouvera, un peu plus de deux siècles plus tard, dans le non moins parisien Orphée aux enfers d’Offenbach. Ledit Aristée n’est même pas loin de voler la vedette à Orphée lui-même, lequel avait dû attendre Monteverdi pour accéder au rôle-titre (les versions plus anciennes de Caccini et Peri s’intitulaient Euridice … laquelle retrouve d’ailleurs ici un éclat particulier). Le  livret de Francesco Bui n’en en tout cas est que plus vivant, et la musique de Rossi plus avenante. Car à Nancy (où elle a été filmée), Versailles, Bordeaux et Caen, reconstituée et somptueusement dirigée par Raphaël Pichon, cette œuvre aussi inconnue que souvent citée offre à nos oreilles trois heures de délices efflorescents. On n’en dira pas tout à fait autant de la mise en scène actualisée (décidément, on n’y échappe plus) de la Hollandaise Jetske Mijssen, fort juste cependant et assez discrète, bénéficiant en outre d’une direction d’acteurs soignée, mais peu festive pour un ouvrage qui avait profité à sa création des machines magiques du grand Torelli, en dépit d’un dernier acte « infernal » (un enfer alla Cocteau) assez réussi. Plateau à la hauteur de l’enjeu, mené par Judith Van Wanroij en Orfeo androgyne, Giuseppina Bridelli en Aristée déchaîné (des castrats à la création), Francesca Aspromonte en Eurydice sur laquelle on ne peut que se retourner. 
François Lafon

L'Orfeo
Judith van Wanroij (Orfeo), Francesca Aspromonte (Euridice), Giuseppina Bridelli (Aristeo), Dominique Visse (Veccia), Victor Torres (Endimione, Caronte), Marc Mauillon (Momo)
Pygmalion
Direction musicale : Raphaël Pichon
Mise en scène : Jetske Mijnssen
Réalisation : Stéphane Vérité
1 DVD + 1 Blu-ray Harmonia Mundi 9859058.59
3 h 04 min

mis en ligne le samedi 21 juillet 2018

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