Deux images. La première, vue à la télé : un orchestre symphonique joue Doll-Dagga Buzz-Buzz Ziggety-Zag du rocker metal Marilyn Manson. Commentaire : « Changez d’époque : Citroën DS 5, hybride et diesel ». Le son colle à l’image, le chef, qui ressemble à Klaus Tennstedt, a une gestique de pro. La seconde, dans un salon feutré de l’hôtel Plaza-Athénée, le 7 décembre. Henri Dutilleux reçoit le Marie-José Kraviz Prize for New Musik, décerné par l’Orchestre Philharmonique de New York en la personne d’Alan Gilbert, son directeur musical. Le compositeur, âgé de quatre-vingt-quinze ans, improvise un discours de remerciement. Il s’excuse de devoir se présenter en chaise roulante et rappelle à quel point l’Amérique, et particulièrement le NYPO, lui ont été fidèles. Montant du prix : 200 000 $. Peter Eötvös, co-lauréat, composera pour l’orchestre une pièce en l’honneur d’Henri Dutilleux. Sur Facebook, les organisateurs d’Orchestres en fête se demandent si la pub pour la DS 5 donne une image positive ou négative de la musique classique. Commerce (Citroën) d’un côté, mécénat (l’économiste et philanthrope Marie-Josée Kraviz) de l’autre. Continuité (l’orchestre) et rupture (le rock metal) d’un côté, rupture (la musique contemporaine) et continuité (Dutilleux, élève d’Henri Büsser et Philippe Gaubert) de l’autre. Questions de point de vue.
Retransmission de Lohengrin à Bayreuth hier soir sur Arte. Premier direct télévisé de l’histoire du festival. Le spectacle mis en scène par le vétéran Hans Neuenfels a fait ses preuves l’année dernière. On a glosé sur ce roi à la couronne de carton, régnant, dans un univers blanc (asile psychiatrique, abri antiatomique ?), sur un peuple de rats. Un monde ultra germanique, entre Hoffmann et science fiction. Musicalement, une réussite aussi, avec le formidable Andris Nelsons (32 ans) au pupitre et une distribution parmi les plus équilibrées de l’histoire récente du festival. Bonne réalisation aussi : caméras plongeant à pic sur le plateau, habillage des rats pendant le prélude du 2ème acte, montage du décor en accéléré pendant celui du 3ème, interviews « à contenu » pendant les entractes. Peu après l’entrée de Lohengrin au premier acte : écran noir, grand silence. Au bout de deux minutes, auto-promo du programme culturel d’Arte, suivi d’un morceau de récital du ténor Jonas Kaufmann : La Flûte enchantée, Fidelio. Retour à Bayreuth au bout d’un quart d’heure : un orage avait coupé la ligne. L’année dernière, c’était Kaufmann qui chantait Lohengrin : voix sombre, nuances infinies, jeu subtilement décalé. Cette année, c’est Klaus Florian Vogt, la découverte du moment : voix claire, sincérité communicative, victoire à l’arraché. L’antithèse de la star Kaufmann, partie conquérir d’autres lauriers. Le temps est bien révolu où, à Bayreuth, les stars étaient en troupe.
Forum Yahoo questions réponses, 18 septembre : « Une publicité pour Tropicana passe en ce moment à la radio. On entend un homme vanter les mérites des jus de fruit de la marque, et la pub comporte deux extraits musicaux, le premier est de la musique classique, il y a une femme qui chante (opéra ?). Le second est plus actuel, c'est le nom du premier que je cherche. C'est une musique connue, mais impossible de se rappeler du nom. »
Comment ça marche.net, 25 septembre : « Bonjour. Je recherche le nom de la musique classique de la pub Tropicana. Il me semble que c'est " Bach - Suite n°1 en Sol majeur BWV 1007 Prélude" Mais je n'en suis pas certain. De plus on y entend (dans la pub) une voix de femme».
Musique de pub.tv, 8 septembre : « J’ai entendu ce matin-même sur Virgin Radio une pub pour Tropicana. 2 chansons passent dans cette même pub, c’est la 2nde que je recherche. J’ai enregistré le très court passage de 6 sec. En fait, j’ai déjà entendu cette chanson autre part et je crois que « l’envolée » à la voix est plus importante un peu plus tard. »
Scénario de la pub en question : pour cueillir les fruits et préparer Tropicana, on fait comme ci (musique classique). Mais après, dans votre estomac, ça fait comme ça (musique de dance). Il y a plusieurs scénarios, plusieurs « duos » de musique. Rien que des tubes, bien sûr : la 1ère Suite pour violoncelle de Bach, l'Ave Maria de Schubert, le 21ème Concerto pour piano de Mozart. Message officiel : à qualité classique, résultat détonnant. En d'autres termes, le classique c’est ennuyeux, le moderne c’est beaucoup mieux. L'important, c'est qu'il y ait des internautes qui flashent sur la partie classique. Merci Tropicana !
Il y a trois pub différentes pour tropicana qui passent à la radio; dans une de ces trois versions, la première chanson classique, c\\\'est l\\\'Ave Maria de Schubert interprété par Maria Callas (ce qui peut ressembler à de l\\\'opéra).
Moi je recherche la première musique classique d\\\'une autre version, qui est un morceau joué au piano; dans la troisième version, c\\\'est en effet la suite n°1 en sol majeur pour violoncelle de Bach.
Posté par Claire mercredi 06 avril 2011 à 12h06
MERCI CLAIRE POUR AVE MARIA DE SCHUBERT JE LA CHERCHAIS !
Posté par JERICHO dimanche 15 mai 2011 à 21h40
Ce morceau qui est encore recherché est : le Concerto pour piano no.21 de Mozart.
541 000 spectateurs samedi pour le premier acte de Rigoletto, diffusé en direct et en prime time. Pour l’amour de l’opéra, France 3 se retrouve pour la première fois 9ème dans les audiences de la soirée (un trente-cinquième des téléspectateurs), derrière W9 (Les Simpson) et TMC (Navarro). Les actes 2 et 3 ont été donnés le lendemain, respectivement à 14h15 et à 23h30, pour suivre l’action en temps réel, ce qui montre que la production n’a pas cherché l’audience à tout prix (les résultats n’ont pas été meilleurs dans les 148 pays où l’opéra a été retransmis). Placido Domingo en tête d’affiche, Zubin Mehta à la baguette et Marco Bellochio à la caméra, l’effet « dramatique en direct » hérité de l’époque héroïque de la RTF : on est mal venu de faire remarquer que la montagne a accouché d’une souris. Et pourtant… Est-ce le marbre des palais de Mantoue qui a refroidi le feu sacré ? Est-ce Domingo, dont la reconversion en baryton est - vocalement - problématique ? Est-ce Verdi qui ne s’accommode pas du gros plan permanent voulu par Bellochio ? Toujours est-il qu’une fois encore, l’opéra a rejeté le confort moderne. Reste la beauté du geste, ce qui n’est pas si mal dans le paysage audiovisuel actuel.
Les voilà qui recommencent! Après Tosca (1992) et La Traviata (2000), c’est Rigoletto que les télés de cent-trente-huit pays vont diffuser en direct, dans les lieux et aux heures où l’action est censée se passer. C’est moins absurde que la récente Traviata (encore elle) en direct de la gare de Zürich ou La Bohème filmée live dans un centre commercial. Pour Tosca, les fans s’étaient levés à six heures du matin, heure à laquelle se passe le 3ème acte. Cette fois, le dénouement s’adresse aux couche-tard : 23h30 dimanche 5 septembre, depuis le Castello du San Giorgio à Mantoue (photo). Le premier acte aura été donné la veille au soir au Palazzo Te, et le 2ème le jour même en matinée, au Palazzo Ducale. Cela s’appelle événementialiser l’événement. Et dire que si Verdi n’avait pas été obligé par la censure de transposer l’action dans un duché, sous prétexte que le spectacle d’un roi débauché n’était pas un bon exemple pour le peuple, Rigoletto se serait passé à Paris, à la cour de François 1er, comme dans la pièce de Victor Hugo ! La distribution est attirante, avec deux rescapés de Tosca : Placido Domingo - désormais baryton- dans le rôle-titre, et Ruggero Raimondi - toujours basse - en Sparafucile. La mise en scène est signée Marco Belloccio, ex-jeune loup du cinéma d’auteur, et Zubin Mehta, basé au Teatro Scientifico Bibiena avec l’Orchestre National de la RAI, retrouve les écouteurs qu’il portait pour diriger Tosca à distance. Les amateurs du direct et de ses aléas ne manqueront pas le triple rendez-vous, car la version DVD sera probablement nettoyée. Ainsi dans Tosca, seuls les nostalgiques du magnétoscope peuvent encore visionner le moment, au deuxième acte, où Domingo, suprêmement professionnel, opère un rétablissement acrobatique après s’être pris les pieds dans un câble mal fixé.
Sur France 3, le 4 septembre à 20h35 (acte I), et le 5 septembre à 14h15 (acte II) et 23h30 (acte III)
Si les mises en scène de Christoph Marthaler vous dépriment, si vous ne vous êtes pas remis de Tristan et Isolde à fond de cale (Bayreuth), de Kata Kabanova dans l’arrière-cour (Salzbourg), de La Traviata à la MJC (Paris), regardez sur Arte + 7 Papperlapapp, le « babillage en papauté » imaginé par Marthaler pour le festival d’Avignon, dont il est cette année l’invité d’honneur. Cette animation de la cour du Palais de Papes en forme de patchwork géant, cette réflexion in loco sur l’état actuel du théâtre et du sacré, ponctuée de musiques artistement choisies, peut être utilisé comme un mode d’emploi de Marthaler metteur en scène d’opéra. Il y a un moment où le groupe de touristes qui investit ce saint lieu se recueille devant un caddy de ménagère, avant d’être dispersé par une sonnerie d’alarme. Or qu’y-a-t-il dans ce caddy suspect ? Une baguette de pain, qu’un des assistants va briser et manger sur un autel jouxtant une énorme machine à laver, tandis que résonne le leimotiv du Graal de Parsifal. Si le symbole vous laisse froid, vous n’êtes décidément pas prêt à embrasser la foi marthalérienne. A moins que votre résistance ne soit le premier signe de votre conversion.
En zappant, arrêt sur la chaîne catholique KTO (prononcer Katéo). Dom Thomas Diradourian, professeur à la Communauté St Martin, parle de la Liturgie des heures, laquelle incite à adopter le rythme de prière de la vie monastique. « Le chant grégorien, dit-il en substance, est la musique de la prière, car c’est celle qui laisse le moins d’espace entre la parole divine et le chant ». Et de citer Saint Augustin (« Quand la parole se termine, le chant commence ») pour ajouter que c’est sa simplicité qui fait de cette musique le portail de l’harmonie céleste : « Jordi Savall, qui aime faire voisiner dans ses concerts les harmonies d’ici et d’ailleurs, m’a conforté dans l’idée que ce sont partout les formes les plus primitives, les plus répétitives de la musique qui sont utilisées à des fins de prière ». Soit. La suite est moins claire : « Imaginez l’architecte de Notre-Dame de Paris regardant les plans d’une église moderne. Ne serait-il pas tenté de penser qu’il a tout compris avant les autres ? On ne pourrait le contredire, tout en tenant compte de sa compréhensible difficulté à apprécier la noblesse de la modernité ». En bref - et compte tenu de la « noblesse de la modernité » - la beauté parfaite (donc divine) est dans le grégorien, comme elle est dans la nef et les tours de Notre-Dame. Cela induit qu’en se complexifiant, la musique a perdu sa vertu première, qui est l’accès à l’indicible. Mais Notre-Dame n’a déjà plus grand-chose à voir avec la simplicité du grégorien. Et Bach, avec ses harmonies compliquées ? Et Mozart, qui intercale de véritables airs d’opéra dans sa Messe en ut ? Et Bruckner le mystique, dans ses symphonies répétitives autant que contemplatives ? Et Olivier Messiaen, qui recherche les Couleurs de la Cité céleste en empilant savamment litanies et chants d’oiseaux ? Tout autant que ceux de la providence, les desseins de l’art sont, aurait dit Borges, un jardin aux sentiers qui bifurquent.
L'Orchestre Philharmonique de New-York a trouvé le bon filon : c'est Alec Baldwin qui présente depuis le mois d'octobre ses concerts hebdomadaires retransmis par la radio WFMT. « Dans un monde où la musique a de moins en moins de visibilité, un tel ambassadeur est de l'or pur », se réjouit Alan Gilbert, le directeur de l'Orchestre, tandis que l'acteur réplique modestement : « Je ne me considère pas comme un membre du NYPO. Tout juste comme le passeur de balles ». Et de renchérir : « Il aurait été plus évident d'aller chercher des acteurs de théâtre comme Glenn Close, Kevin Kline ou Sigourney Weaver, mais non, c'est justement la star d'un des shows télévisés les plus frivoles qu'ils sont allés chercher ». On ne sait pas encore si l'audience des concerts a fait un bond, mais la presse et le net ont largement relayé l'information, et le buzz fonctionne à plein. Avis à ceux qui voudraient encore prendre un air doctoral pour parler de la musique.
Plan fixe sur une Citroën qui s'éloigne et franchit un pont. Le mot « fin » apparaît. Une voix off féminine annonce que le bonus écologique et la prime à la casse du gouvernement vont bientôt baisser. En fond sonore, Maria Callas chante « Dammi tu forza, o cielo », au 2ème acte de La Traviata : « Donne-moi du courage, ô ciel. Et maintenant il faut lui écrire. Que lui dire ? » Pour une fois, la publicité utilise l'opéra avec un peu de finesse. Nous sommes loin du Barbier de Séville parfumé au café ou de La Reine de la Nuit comptant les grains de riz. A moins qu'il ne s'agisse d'une coïncidence. Comme dit Jean-Luc Godard, qui s'y connait en collages sémantiques : « Avec une musique adéquate, n'importe quelle image prend un relief insoupçonné ».
Dans son blog pluridisciplinaire mezetulle.net, la philosophe et musicographe Catherine Kintzler, auteur d'ouvrages autorisés sur Jean-Philippe Rameau aussi bien que sur le port du voile islamique, commente le match au cours duquel le Quinze de France de rugby l'a emporté sur les Springboks d'Afrique du Sud, le 27 novembre à Toulouse. L'oreille aux aguets même en pleine mêlée, elle ne manque pas – comme la plupart des commentateurs -, d'attribuer une part de la déroute des Springboks au massacre de l'hymne sud-africain par le chanteur de reggae Ras Dumisani. Mais quel autre chroniqueur, sportif ou non, a relevé que le baryton-basse toulousain Jean-Philippe Lafont - qui a chanté, lui, La Marseillaise de manière à dynamiser ses compatriotes -, a été qualifié de ténor par le présentateur de France 2 ? Comme d'habitude, la musique fait figure de maillon faible. En l'occurrence, elle a pourtant été déterminante.