« Les temps sont durs, votez MOU (Mouvement Ondulatoire Unifié) ». En 1965, face à Charles De Gaulle, François Mitterrand, Jean Lecanuet, Jean-Louis Tixier-Vignancourt, Pierre Marcilhacy et Marcel Barbu, le Parti d’en Rire présente deux candidats à l’élection présidentielle. Clip de campagne (déjà), sur un air obstiné…
Prévue le 20 avril, la reprise de l’opéra de Wagner Rienzi dans la mise en scène de Philip Stölzl au Deutsche Oper Berlin a été reportée au 21. Et alors ? Alors le 20 avril est le 123ème anniversaire de la naissance d’Adolf Hitler, lequel idolâtrait cet ouvrage narrant l’épopée d’un tribun providentiel terminant sa carrière dans les ruines, et dont il aurait emporté la partition jusque dans le Bunker fatal. De plus le Deutsche Oper, inauguré en 1961 pour servir d’opéra à Berlin-Ouest (le Staatsoper Unter den Linden étant de l’autre côté du Mur) est construit sur l’emplacement du Deutsches Opernhaus, fleuron de la propagande goebbelsienne détruit en 1943. Oups ! C’est ce même Deutsche Oper qui a été menacé en 2006 d’une fatwa pour avoir programmé un Idoménée de Mozart mis en scène par Hans Neunfels, où l’on voyait les têtes coupées de Jésus, Bouddha, Neptune et Mahomet trôner sur des chaises.
Le Débarquement, De Gaulle sur les Champs-Elysées, De Gaulle avec Adenauer, l’hommage de Malraux à Jean Moulin, Jacques Anquetil gagnant le Tour de France, la manifestation gaulliste du 30 mai 1968, la construction de la Tour Montparnasse, des paysans au travail, Mitterrand et Helmut Kohl main dans la main, Giscard et Chirac en coup de vent, Sarkozy aux Invalides : « Vous n’êtes pas morts pour rien », Simone Veil plaidant pour l’IVG, une petite gymnaste en équilibre sur une barre. Commentaire : « C’est le courage qui donne la force d’agir » (voix de Nicolas Sarkozy). Musique : le Prélude de la 1ère Suite pour violoncelle BWV 1007 en sol Majeur (1720) de Jean-Sébastien Bach. Mstislav Rostropovitch avait joué la Sarabande de la 2ème Suite le 11 novembre 1989 devant le Mur de Berlin en cours de démantèlement. Mémoire collective pour ce clip de l’UMP. La musique aussi est politique.
« Joie ! Belle étincelle des dieux /Fille de l'Élysée,/Nous entrons l'âme enivrée/Dans ton temple glorieux. » Extrait de l’Ode à la joie de Schiller (1785), mis en musique par Beethoven (9ème Symphonie, 1824), devenu l’Hymne européen (1986). Rien à voir avec la campagne présidentielle, les paroles ayant d’ailleurs été supprimées par le Conseil européen, dans le but d’éviter les problèmes linguistiques et les récupérations nationalistes. A moins qu’on ne confie l’affaire à Rowan Atkinson, alias Mr Bean…
Vernissage, à la Cité de la Musique, de l’exposition Paul Klee, Polyphonies. Le sujet est en or, mais truffé de pièges. Fils d’une chanteuse et d’un professeur de piano, époux d’une pianiste, violoniste lui-même, fou de poésie et de théâtre, Klee aurait pu devenir compositeur ou virtuose professionnel, s’il n’avait été un génie du dessin et de la peinture. Avec le mélange d’intellectualisme et de simplicité qui le caractérise, il a, jusqu’à sa mort, rêvé, représenté, idéalisé, caricaturé des musiciens, du Pianiste en détresse (1909) à l’ultime Timbalier (1940). Mais il aussi et surtout recherché les polyphonies secrètes qui structurent la musique et la peinture. Ce sont ces fines correspondances que, sans mise en scène ostentatoire, suivant une sage chronologie, l’exposition rend sensibles. Pas de fléchage pédagogique ni de balises stylistiques, mais une immersion visuelle et sonore dans le monde du Bauhaus, dans le Paris de Robert Delaunay et Tristan Tzara, dans cette modernité dont Klee a été un des acteurs, lui qui, en musique, fréquentait Stravinsky et Bartok tout en ne jurant que par Bach et Mozart, détestait le XIXème siècle tout en idolâtrant Wagner, et s’extasiait sur Pelléas et Mélisande. Dans l’espace pédagogique du Musée des instruments : Klee en mains, - avec ardoises magiques, memories sonores et visuels, puzzles et projections -, où l’on se met à soupçonner Paul Klee de parler plus naturellement aux enfants qu’aux parents.
François Lafon
Paul Klee (1879 – 1940), Polyphonies, Musée de la Musique, du 18 octobre au 15 janvier 2012. Catalogue (superbe) Actes Sud/Cité de la Musique, 45€. Cycle de concerts à la Cité de la musique du 19 au 27 octobre.
Décès de Jean Roy, dans sa quatre-vingt-seizième année. Pour les mélomanes : l’une des quatre grandes voix (le quatuor Panigel-Goléa-Bourgeois-Roy) de La Tribune des critiques de disques, sur France Musique. La plus discrète, mais aussi la plus pondérée, celle dont on retenait chaque mot. L’homme était discret en effet, jusqu’au mystère. Une sacrée personnalité cependant : dans un sourire, il tranchait, et le verdict était définitif. Il avait été haut fonctionnaire, tout en militant pour la musique, essentiellement la musique française, dans de nombreuses publications : La Revue Musicale, Le Journal musical français, Télérama, Diapason, et enfin Le Monde de la Musique où il a passé plus de vingt ans. Il a aussi et surtout écrit des livres : Berlioz, Bizet, Le Groupe des Six. Il était très lié à Darius Milhaud, à Henri Sauguet, à Charles Koechlin, à Henri Dutilleux. En toute discrétion, toujours, sans jamais jouer les conseillers occultes : « Nous parlions de choses et d’autres, de musique surtout ». Longtemps, il a dirigé le Dépôt légal : « Tout ce qui concernait l’art et la littérature passait par moi : le bonheur ». « Tu ne feras jamais carrière au Dépôt légal », lui disait François Mitterrand, son ami de toujours. Réponse de l’intéressé : « Je ne vis pas pour faire carrière, je vis pour les belles choses qui m’intéressent ». Il y a deux ans encore, il participait chaque semaine sur Radio Classique à l’émission Le Goût des autres, une version relookée de La Tribune des critiques de disques. Courrier d’une auditrice : « Jean Roy a un jugement extrêmement moderne sur les oeuvres et les interprétations. A propos, quel âge a-t-il ? »
La musique est malmenée ces temps ci, les émissions disparaisses, la tribune des critiques de France Inter, il y a deux ans votre émission le gout des autres, que j’enregistrais, (je n’écoute plus radio classique depuis) maintenant la triste nouvelle de la disparition de Jean Roy, qui ma fait aimer la musique avec Armand Panigel et ces amis.
Heureusement grâce a tous ces talents, vos talents, des gents comme moi transmettrons à nos enfants la passion des musiques, merci à vous tous les acteurs du monde musical, pour vos passions, merci Jean Roy sa voix existe encore au fond de moi.
Patrice Collet
Posté par Patrice Collet vendredi 30 septembre 2011 à 21h14
C\'est avec beaucoup de tristesse que j\'ai appris dans \"Le Monde\" la disparition de monsieur Jean Roy. Ecouter le \"Goût des autres\" sur Radio Classique, émission toujours instructive, en devenait passionnant dès qu\'il figurait parmi les intervenants. \" La finesse ! \" : voilà bien la vertu qu\'il semblait affectionner dans les enregistrements qu\'il plébiscitait. Mais à l\'entendre, et à vous lire, n\'était-elle pas finalement celle de l\'homme lui-même ?
Posté par andanteconanima vendredi 28 octobre 2011 à 11h19
L’Opera North, basé à Leeds (Yorkshire), vient d’annuler la création de Beached (Echoué), musique de Harvey Brough, livret de Lee Hall (photo). C’est ce dernier, célèbre en Angleterre pour avoir signé le scénario du film Billy Elliott, qui est en cause. Alors qu’il était censé travailler en collaboration avec trois cents élèves d’une école de la région, il a refusé de couper le coming out d’un des personnages : « Bien sûr que je suis gay/ Si vous insinuez que je préfère les garçons aux filles/ et qu’en plus je suis issu de la classe ouvrière/ je ne peux qu’être d’accord ». « C’est de la censure homophobe », affirme Mr Hall. « Pas du tout, réplique Mr Mantle, directeur de l’école en question. Il n’y a d’ailleurs pas que cela : on n’a pas le droit de soumettre à des enfants de quatre à onze ans des répliques parlant de drogue et de sexe, le tout dans un langage cru ». Le critique Norman Lebrecht, dans son blog Slipped Discs, s’amuse de l’aventure. « Si l’homophobie entre à l’opéra, celui-ci va perdre une bonne partie de son public. C’est un risque qu’aucun théâtre ne peut prendre », dit-il en substance. En 1853, à La Fenice de Venise, La Traviata était créé en costumes Louis XV, pour éviter que le spectacle d’une courtisane contemporaine ne choque le public. Peut-être pourrait-on transposer Beached à l’époque du Satiricon.
Paris à la pointe de la culture ? Le 104 n’en finit pas de se chercher, la Cité de la mode est désespérément vide, le Louxor n’arrive pas à redevenir un cinéma, La Gaîté Lyrique-nouvelles-technologies essuie les plâtres, le projet de Maison de l’Histoire de France suscite un tollé. Et la Philharmonie dans tout ça ? Il y a un mois, la presse entonnait le péan : nouveau départ pour le chantier laissé en plan au bord du périphérique. Bouygues est sur l’affaire et Jean Nouvel piaffe. Ouverture prévue en 2014, et non plus en 2012. Coût estimé de l’opération : 350 millions d’euros. On est loin des 110 millions prévus en 2002. Que ne ferait-on pas pour offrir à la musique un palais digne d’elle ! Les mélomanes respirent. Et à ceux qui s’obstinent à demander pourquoi on construit cette merveille si loin du centre (lire : des beaux quartiers), on n’ose expliquer que ce n’est pas tant la musique - surtout la grande - qui intéresse nos édiles, que le symbole. La Philharmonie sera une des portes du Grand Paris. Quel Grand Paris ? On verra plus tard. En attendant, quoi de plus rassembleur qu’un palais de la musique ? Et si vous trouvez qu'un bastion – même relooké – de la culture bourgeoise est un symbole un peu orienté, libre à vous de l’interpréter comme vous le voudrez.
Culture : ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût, le jugement (Petit Robert). « La culture, c’est ce qui demeure dans l’homme lorsqu’il a tout oublié » (Edouard Herriot). Ministère de la Culture : créé en France en 1959 sous la dénomination ministère des Affaires culturelles, devenu ministère de la Culture et de l’environnement en 1976, ministère de la Culture et de la communication en 1978, ministère de l’Education nationale et de la culture en 1992, ministère de la Culture et de la francophonie en 1993, ministère de la Culture et de la communication en 1997. Le 19 janvier dernier, à l’occasion de ses vœux à la presse, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la communication depuis le 23 juin 2009, déclare : « Cinquante ans durant, l’exigence constante de la démocratisation culturelle a bâti un socle à partir duquel il est possible aujourd’hui d’inventer de nouveaux horizons. Ce nouvel horizon, mon idéal, mon rêve pour la culture de demain, c’est ce que j’appelle, je vous l’ai dit : « la culture pour chacun ». Je dis « la culture pour chacun », et non pas seulement « la culture pour tous ». Car la culture doit toucher chacun dans sa particularité, sa personnalité, sa différence, que ce soit d’origine, de milieu, de territoire, de sensibilité, ou encore de génération. » Tollé général. « Le terme est d’André Malraux, lors de son intervention historique à l’Assemblée nationale du 27 octobre 1966 », se défend le ministre. « Oui, mais sorti de son contexte ». Du coup, le Forum présidé par Frédéric Mitterrand le 4 février 2011 dans la Grande halle de La Villette devient Culture 2011, culture pour tous, culture pour chacun, culture partagée. Il ne manque plus que l’ « élitaire pour tous » programmé par Antoine Vitez quand son ami Jack Lang l’a nommé directeur du théâtre de Chaillot en 1981. Mais l’effet papillon, apparemment, ne porte pas aussi loin.
François Lafon
Photo : DR d'après une peinture népalaise du XVIIème siècle (http://www.sscnet.ucla.edu/southasia/Culture/culture.html)
Ce n’est pas Clochemerle, mais ce n’en est pas loin. Partie d’Alsace en juillet dernier, la grogne s’est généralisée : les salons de coiffure font la grève de la musique d’ambiance. Tant mieux, diront certaines clientes, qui n’en peuvent plus d’entendre bêler Lady Gaga par-dessus le ronron du casque. Mais les professionnels prennent la situation au sérieux, et le mouvement risque de s’étendre aux boutiques d’alimentation, aux supermarchés, aux bars et aux restaurants. Tout cela est la faute à la Spre (Société pour la perception de la rémunération équitable), dont la redevance est déjà passée de 18,5% à 37,5% des droits d'auteurs en 2010,et qui va en plus demander en 2011 un supplément de 47 euros par employé pour une boutique de plus de deux employés. TVA, plus Sacem, plus Spre, cela commence à chiffrer ! « Ce nouveau barème, qui date du 5 janvier 2010, n'aura pas beaucoup d'impact, puisque 87% des salons de coiffure en France ont moins de deux employés. L'augmentation, de 24 à 90 euros, est certes forte, mais elle part d'une base qui est très faible et qui n'avait pas augmenté depuis 1987 ! Les artistes ont le droit d'être rémunérés », se défend Pierre Jabouley, directeur de la Spre. Mais la révolte est d’autant mieux attisée que son instigateur, le vice-président de l’Union nationale des salons de coiffure Bernard Stalter, est par ailleurs président de la Chambre de Métiers et du Conseil économique et social d'Alsace. De son côté la Sacem, mise en cause par certains frondeurs relayés par la presse (France Soir y est même allé de sa couverture du 7 décembre), précise dans un communiqué officiel que « La récente revalorisation significative des barèmes de la rémunération équitable résulte d'une décision règlementaire du 5 janvier 2010 votée par la Commission de l'article L 214-4 du Code de la Propriété Intellectuelle et publiée au Journal Officiel du 23 janvier 2010. Aucun représentant de la Sacem ne siège au sein de cette Commission, présidée par un représentant de l'Etat, Monsieur Gilles Andréani, et composée à part égale de représentants des bénéficiaires du droit à rémunération (artistes et producteurs phonographiques) et de représentants des organisations d'utilisateurs de phonogrammes dont la liste a été déterminée par voie ministérielle. ». « Qu’à tout cela ne tienne, répondent quelques petits malins, il suffira aux commerçants de ne passer que des morceaux diffusés par Jamendo ou Dogmazic, deux sites proposant des albums en téléchargement gratuit. Et tant pis si Jamendo soutire aux artistes 50% des recettes publicitaires générées par leurs disques. » Une autre solution serait de changer de répertoire et de s’en tenir à des enregistrements tombés dans le domaine public : Fréhel ou André Claveau pour les variétés, Furtwängler et Artur Schnabel pour le classique. Le classique ? Mais vous voulez donc la mort de tous les salons de coiffure, d’Alsace et d’ailleurs ?