Samedi 19 mai 2012
Le cabinet de curiosités par François Lafon
La musique est partout, à nous d'aller la chercher
Folle Nuit à Gaveau dimanche 27 novembre 2011 à 12h18

Des concerts d’une heure (places à 10 €), un public familial qui attend gentiment (et longtemps) que la salle ouvre avant de se précipiter aux meilleures places, des piles de disques vendues à chaud : la Folle Journée de Nantes ? Non, mais presque : la Folle Nuit à Paris, salle Gaveau, soit onze concerts en un week-end, avec les artistes des disques Mirare, le label créé par René Martin (Monsieur Folle Journée) et son fils François-René. Samedi à 19h, le jeune pianiste Adam Laloum, signataire chez Mirare d’un joli CD Brahms joue Mozart avec l’Ensemble orchestral de Paris dirigé par Joseph Swensen. Public à la fois ravi et énervé par le galop dans les escaliers qui mènent à la salle. Réplique piquée au vol : « Curieuse formule pour du classique. Aussi kitsch qu’un concert de Mylène Farmer à Bercy» (???). Laloum attaque en douceur avec la 4ème Sonate, petit bijou de jeunesse commençant par un bel Adagio. Sonorité pleine, toucher sensible, articulation impeccable. Puis vient le 24ème Concerto, un des plus riches mais pas des plus chantants. Le pianiste se bat avec un orchestre brouillon, on ne retrouve que par moments les qualités de la Sonate. Peu importe : gros succès. On n’est pas venu là pour jouer au critique.

François Lafon


www.sallegaveau.com

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Jan Lisiecki, seize ans, pianiste confirmé jeudi 15 septembre 2011 à 10h46

« Je suis très content d’être avec vous ce soir. Pour vous dire merci, je vais vous jouer une Valse de Chopin ». Jan Lisiecki, pianiste canadien d’origine polonaise né le 23 mars 1995, est un jeune homme sans façons. Pour l’ouverture de la saison de l’Orchestre de Paris, à Pleyel, il joue le 1er Concerto de Chopin, qui a fait l’objet de son premier CD, il y a deux ans. Sonorité claire, phrasés déliés, rubato naturel, aucune affectation : il joue comme il est, un grand ado poussé en graine. Dans la salle, tout le staff d’Universal : Jan Lisiecki vient d’enregistrer pour Deutsche Grammophon les Concertos n° 20 et 21 de Mozart. Depuis ses débuts, en 2004, son calendrier ne désemplit pas. Le 21 octobre, il ouvre la saison de l’Orchestre Métropolitain de Montréal dirigé par Yannick Nézet-Séguin, avant de s’envoler pour le Japon. Dans le premier mouvement du Concerto de Chopin, il fait une énorme fausse note. Regard inquiet du chef Paavo Järvi. Est-on si sérieux, quand on a seize ans ?

François Lafon

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Star'Ac sous les lambris lundi 13 juin 2011 à 14h32

« Je suis la Geneviève de Fontenay du classique ». Aie ! « Une Star’Ac du piano ». Re-aie ! Pour présenter Les Virtuoses du cœur (Aie puissance 3), Jean-Michel Jamet ne recule devant aucune référence. L’idée de cet ex-homme d’affaires (Marionnaud, American Express) reconverti dans la musique est pourtant judicieuse : puisque le piano est l’instrument bourgeois par excellence et que nombre de gens disposant d’un (très) grand salon organisent chez eux des récitals privés, pourquoi ne pas organiser un concours à l’échelle nationale ? Où que vous soyez en France, l’association vous met en relation avec un jeune virtuose de la région, qui va venir jouer chez vous. Le public répond à un questionnaire (« Programmeriez-vous cet artiste à la salle Pleyel ? ») permettant d’éliminer ou de sélectionner les impétrants, dont certains sont d’ores et déjà parrainés par des anciens (Marie-Josèphe Jude, François Chaplin). Viendront ensuite, jusqu’en mars 2012, des finales départementales, régionales et nationales. Deux mille concerts éliminatoires sont prévus jusqu’en octobre, déplaçant quelque cent mille spectateurs, lesquels sont invités à participer à une double bonne action, puisque une partie de leurs droits d’entrée est reversé à l’association Coline en ré, destinée à offrir des soins chirurgicaux aux enfants des pays défavorisés. « Entre Star’Ac et Un dîner presque parfait, lit-on dans Le Figaro, mais sans caméra ». Eh oui ! Un pianiste trimant sur son clavier ne sera jamais aussi glamour que Jennifer ou Nolwenn Leroy.

François Lafon

www.lesvirtuosesducoeur.com

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Toiles de maîtres mardi 08 mars 2011 à 10h29

Scott Ross, Anner Bylsma, Kenneth Gilbert, René Jacobs, Pierre-Yves Artaud, Yvonne Loriod : les années 1980, une époque (a posteriori ?) bénie, où la musique était encore agitée de batailles idéologiques, où elle était vivante en somme. De 1987 à 1991, la Sept, relayée plus tard par Arte, avait commandé à Olivier Bernager et François Manceaux une douzaine de Leçons de musique données par ces pionniers du baroque et ces combattants de l’avant-garde. Des interprètes plus traditionnels mais non moins représentatifs de leur temps complétaient la série : Yuri Bashmet, Marek Janowski, Nikita Magaloff, Hermann Baumann, Gérard Poulet, José Van Dam. Devenus des moments d’histoire, ces documents sont rediffusés sur Arte, paraissent en DVD et sont consultables sur le site okarinamusique.com. Neuf réalisateurs s’y étaient collés, avec pour résultat commun d’offrir des gros plans sur les rapports maîtres-élèves plutôt que d’élever des monuments à la gloire des têtes d’affiches. Il y a des moments extraordinaires, comme celui où Scott Ross, bonnet sur la tête, déjà atteint par la maladie, lâche dans un sourire : « C’est que je suis génial », ou comme celui où Roger Muraro rappelle à Yvonne Loriod comment il avait été recalé au Conservatoire. La façon de filmer, la texture des images achèvent de nous replonger dans un temps perdu et pourtant très proche : outre Muraro, les élèves s’appellent Nicholas Angelich, Renaud Capuçon, Nicolau de Figueiredo, Olivier Baumont ou Emmanuel Pahud.

François Lafon

Les Leçons particulières de musique. 12 DVD Harmonia Mundi - Diffusion sur Arte tous les dimanches à 10h45, du 13 février au 15 mai - okarinamusique.com
 

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Commentaire
Vu René Jacobs et Yvonne Loriod sur Arte. C\'est vraiment un travail patrimonial important et pour les bonnes raisons que signale François Lafon dans son article. Merci d\\\\\\\'avoir commenté ce travail important
Posté par David Graben mardi 08 mars 2011 à 13h16

Stephen Hough ou la gaytitude du pianiste vendredi 12 fevrier 2010 à 08h23

Message sur le site du pianiste anglais Stephen Hough : « En écoutant votre enregistrement des deux Valses énigmatiques dont vous êtes l'auteur, le terme homosexualité m'est venu à l'esprit ». Hough, qui est gay et ne s'en cache pas, répond en citant la boutade de Vladimir Horowitz : « Il y a trois sortes de pianistes : les juifs, les homosexuels et les mauvais ». Il se demande ensuite s'il est possible d'opposer des pianistes comme Horowitz, Sviatoslav Richter et Shura Cherkassky à Arthur Rubinstein, Emil Guilels et Rudolf Serkin, les trois premiers, bien que mariés, n'ayant pas la réputation d'avoir été des hommes à femmes. Il ne va pas, en revanche, jusqu'à se demander si la judéité d'Horowitz ou de Rubinstein s'entend dans leur manière de jouer les Mazurkas de Chopin, ni, a fortiori, si aucun de ces géants du clavier a réuni les trois particularités. Dans les cent-cinquante-trois commentaires qu'a jusqu'ici suscités l'article de Hough, les internautes se déchaînent. On se pose des questions sur le lesbianisme présumé de Dame Myra Hess (1890-1965), on disserte sur la masculinité latente de Martha Argerich, on cite Oscar Wilde, et l'on remarque que dans son film Richter l'insoumis, Bruno Monsaingeon évite de préciser les préférences sexuelles de l'artiste. Tout cela fait froid dans le dos, non ? Par bonheur, personne n'a relevé que c'est en jouant ses propres œuvres que Hough a mis la puce à l'oreille de son sagace auditeur. On échappe ainsi aux considérations sur l'homosexualité coupable qui irrigue la Symphonie « Pathétique » de Tchaikovski ou la gaytitude transcendée de Szymanowski dans Le Roi Roger. Dans Contre Sainte-Beuve, Marcel Proust, conteste l'idée que l'œuvre est le reflet de la vie : « L'homme qui fait des vers et qui cause dans un salon n'est pas la même personne », affirme-t-il. Mais chacun sait que Proust était juif et homosexuel.

Crédit Photo: Eric Richmond

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L'œil écoute. Et l'oreille ? lundi 30 novembre 2009 à 15h53

En haut de la gamme, le pianiste Leif Ove Andsnes joue un peu partout dans le monde des « Tableaux (…d'une exposition de Moussorgski) ré-encadrés » par le plasticien et vidéaste sud-africain Robin Rode. En bas, les Solistes français moulinent les Quatre Saisons de Vivaldi devant de larges publics, sensibles avant tout à leur aspect rock'n roll et à leur gestuelle virevoltante. La question est la même : comment échapper à la fatalité qui veut qu'au concert, il y a beaucoup à écouter, mais pas grand-chose à voir ? Il y a quelques années, au Théâtre Mogador, l'Orchestre de Paris avait testé un système d'éclairages colorés illustrant les diverses atmosphères des chefs-d'œuvre du répertoire : fiasco total. Même pour les enfants de la civilisation de l'image, la musique s'écoute les yeux fermés, ou tout au moins les yeux ailleurs, et pas seulement parce que les artistes en plein effort (ou pire : en pleine inspiration) ne sont pas toujours beaux à voir.

Pictures reframed, par Leif Ove Andsnes (piano) et Robin Rode (ilustration visuelle) - Théâtre des Champs-Elysées, Paris, le 11 décembre
Les Solistes français - Grand Rex, Paris, le 14 février

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