Samedi 19 mai 2012
Le cabinet de curiosités par François Lafon
La musique est partout, à nous d'aller la chercher
Massenet, l'angoissé de ces dames vendredi 06 janvier 2012 à 17h18

Exposition Massenet au Palais Garnier. Plus précisément La Belle époque de Massenet, à l’occasion du centenaire de la mort du compositeur de Manon et Werther. De photos en affiches, de manuscrits reliés pleine peau en bijoux et costumes, on suit ce roi de la série B honoré comme un grand pro, on admire son talent à faire entrer l’antiquité (Thaïs), le Moyen-âge (Le Jongleur de Notre-Dame), le siècle des Lumières (Chérubin), la mythologie (Ariane), l’exotisme (Le Roi de Lahore), le romantisme (Werther), le wagnérisme (Esclarmonde), le vérisme (La Navarraise) dans le moule érotico-bien-pensant de son temps. Impression en sortant : une drôle de Belle époque. Ce n’est pas tant le Jules de ces dames (il détestait d’ailleurs ce prénom qui lui allait si bien), l’idole du Paris petit-bourgeois que l’on quitte, qu’un angoissé entouré de ses non moins souffrantes créatures. En cela, l’exposition prélude à la Manon torturée de Natalie Dessay, la semaine prochaine à l’Opéra Bastille.

François Lafon

Bibliothèque-Musée de l’Opéra de Paris, Palais Garnier, jusqu’au 13 mai.
Catalogue : La Belle époque de Massenet, sous la direction de Mathias Auclair et Christophe Ghristi. Editions Gourcuff- Gradenigo, 39 €

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Louvre : les Belphégor de l’Opéra de Paris jeudi 15 decembre 2011 à 18h12

Mais pourquoi les archives de l’Opéra de Paris sont-elles pour la plupart introuvables en DVD ? Problèmes de droits, rétention de l’INA, médiocrité technique, manque d’intérêt (présumé) du public ? Treize d’entre elles – les plus anciennes jamais rediffusées – sont projetées cette saison à l’Auditorium du Louvre. Jusqu’à la fin janvier, quelques pépites : Les Noces de Figaro « de » Strehler repris en 1980 pour le départ de Rolf Liebermann (Solti dirigeant Janowitz, Von Stade, Popp, Bacquier, Van Dam), l’Otello de Verdi avec Placido Domingo et Margaret Price (1978), L’Enfant et les sortilèges (Ravel) et Oedipus Rex (Stravinsky) revus par Jorge Lavelli avec Seiji Ozawa au pupitre (1979), le Moïse de Rossini programmé par Massimo Bogianchino pour son arrivée à l’Opéra en 1983 (Samuel Ramey, Shirley Verrett, Chris Merritt), Adrienne Lecouvreur de Cilea avec Mirella Freni (1994), Guerre et Paix de Prokofiev en grand large sur la scène de Bastille (2000). La Scala de Milan, le Bolchoï de Moscou, le Mariinski de St Pétersbourg, le Staatsoper de Vienne ont ainsi été revisités, ces dernières saisons. On a même revu, à l’occasion de la résidence de Patrice Chéreau au Louvre, la Lulu de 1979, superbement filmée par Bernard Sobel, que l’on croyait à jamais cadenassée. Le DVD d’opéra n’a jamais bien marché, répètent les éditeurs : retransmissions mal travaillées, pléthore de spectacles inutiles, absence de bonus, prix prohibitifs. Les directs (MET ou Bastille) font en revanche recette en salles : il fallait bien le musée des musées pour exposer ces chefs-d’œuvre du passé.

François Lafon

Une Saison à l’Opéra de Paris. Six opéras filmés, du 17 décembre au 22 janvier. www.louvre.fr

(photo : Les Noces de Figaro, mise en scène Giogio Strehler)

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Opéra de Paris : le langage des chiffres lundi 18 juillet 2011 à 12h13

A la rubrique « Activité » de l’opuscule « L’Opéra National de Paris en 2010 », on trouve, entre autres statistiques, un bilan de fréquentation. Pour le ballet, le classique est en tête : 100% de jauge physique (à ne pas confondre avec la jauge financière, qui peut différer de 1 ou 2%) pour La Bayadère, Casse-Noisette ou Le Lac des cygnes. 100% aussi pour les grands noms : John Neumeier (La Dame aux Camélias), Pina Bausch (Le Sacre du Printemps), Anjelin Preljocaj (Siddharta) ou le Béjart Ballet Lausanne. 74% seulement, en revanche, pour Kaguyahime, pourtant signé Jiri Kylian. Bilan tout aussi parlant pour l’opéra. Parmi les nouvelles productions, Wagner reste une valeur sûre (100% pour L’Or du Rhin et La Walkyrie, pourtant malmenés par la critique), Natalie Dessay rassemble ses fans (100% pour La Somnambule), alors que le « Werther du siècle » (Jonas Kaufmann, Benoit Jacquot) ne fait que 96%, tout près du difficile Faust de Philippe Fénelon (95%). Mais Mathis le peintre de Paul Hindemith, pourtant très médiatisé, ne dépasse pas les 85%, et La petite Renarde rusée de Janacek (une reprise, dans la superbe mise en scène d’André Engel) tient le pompon rouge avec 61% de fréquentation. Tous ces chiffres doivent bien sûr être relativisés (Garnier ou Bastille, nombre de représentations). L’opéra aura attiré 406 333 spectateurs, le ballet 325 007. 500 000 touristes auront par ailleurs admiré le Palais Garnier, qui reste un des monuments les plus visités de France. L’Opéra Bastille se visite aussi, mais tente moins de monde.

François Lafon

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Carmen, suite et peut-être pas fin vendredi 26 fevrier 2010 à 08h31

Encore Carmen ? Oui, mais pas n'importe laquelle, celle dont l'Opéra de Paris ne s'est jamais remise, celle « de » Raymond Rouleau, donnée au Palais Garnier du 10 novembre 1959 au 14 juillet 1970. Un site lui est consacré, préfigurant la sortie d'une monographie consacrée à l'événement, et ne nous laissant rien ignorer des distributions qui ont succédé à celle, très médiatique, de la première (Jane Rhodes sous la direction de son époux Roberto Benzi), ni du buzz, comme on dit aujourd'hui, suscité par le spectacle. Un extrait du papier de Denise Bourdet (l'épouse du dramaturge Edouard Bourdet, l'auteur du Sexe faible) dans Le Figaro littéraire suffit à rappeler que Raymond Rouleau n'avait rien à envier à Luchino Visconti, avec lequel il partageait la scénographe Lila de Nobili : " Le cortège entre dans les arènes, la foule le suit, et sur la scène désertée on aperçoit un groupe de mendiants accroupis contre un mur dont ils ont la couleur et l'immobilité de pierre. Ils restent là sans bouger pendant la scène finale, et ce n'est que sur le dernier cri de don José, Oh ma Carmen adorée, qu'ils se redressent silencieusement et se retournent pour regarder le meurtrier tandis que le rideau tombe."

Après cela, en 1980, l'opéra le plus joué au monde retournera à l'Opéra-Comique pour quelques représentations avec Teresa Berganza et Plácido Domingo, puis connaîtra à l'Opéra Bastille deux productions qui n'ajouteront rien à sa gloire. En 1990, quand Grace Bumbry, qui a chanté le rôle à Garnier et a alterné avec Jane Rhodes lors d'une tournée du spectacle au Japon, viendra essuyer les plâtres de l'Opéra Bastille dans Les Troyens de Berlioz, elle n'aura de cesse de trouver en vidéo le film de Jacques Becker Falbalas, où Rouleau joue un couturier bourreau des cœurs, et le programme de Dialogues d'exilés de Bertolt Brecht, le dernier spectacle joué à Paris pas l'acteur-metteur en scène. Elle garde un souvenir ébloui de celui qui, tel un Maurice Pialat du théâtre, aimait tant faire pleurer les actrices.

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Palais Garnier, Opéra Bastille : lequel est le plus jeune ? mardi 05 janvier 2010 à 05h19

L'impératrice Eugénie et Charles Garnier, devant le nouvel opéra en construction : « Qu'est-ce que c'est que ce style ? Ce n'est ni du grec, ni du Louis XV, pas même du Louis XVI. » « Non, ces styles-là ont fait leur temps. C'est du Napoléon III. Et vous vous plaignez ? ». Le 5 janvier 1875, quand son Palais est enfin terminé, Garnier est toujours là, mais l'empire n'est qu'un souvenir, et c'est Mac-Mahon, président de la république, qui l'inaugure. Seul bémol : on a oublié d'inviter l'architecte, qui doit payer sa place. Le spectacle est copieux : ouverture de La Muette de Portici d'Auber, les deux premiers actes de La Juive d'Halévy, ouverture de Guillaume Tell de Rossini, scène de la Bénédiction des poignards extraite des Huguenots de Meyerbeer, le tout arrosé d'un ballet de Delibes, La Source.

Cent-quatorze ans et cent-quatre-vingt-neuf jours plus tard, le 13 juillet 1989, l'Opéra Bastille est inauguré par François Mitterrand dans le cadre du bicentenaire de la Révolution, en présence de tous les chefs d'état de la planète. On n'a pas oublié d'inviter l'architecte Carlos Ott, mais personne ne se soucie de lui. On n'imagine d'ailleurs pas le président lui demandant de quel style est son monument, et on ne le voit pas répondre : « C'est du Mitterrand ». La principale préoccupation du chef de l'état, ce jour-là, est la longueur du spectacle. Comme il déteste la musique et qu'il craint que ses alter ego ne partagent son aversion, le défilé de stars (Alfredo Kraus, Shirley Verrett, Barbara Hendricks, Plácido Domingo, etc.) réglé par Bob Wilson et intitulé La Nuit avant le jour, ne dure qu'une heure.
Aujourd'hui 5 janvier 2010, cent-trente cinq ans après son ouverture, le Palais Garnier est un des monuments les plus visités de Paris, c'est à dire du monde. On y vient pour le spectacle autant que pour le coup d'œil sur la salle et les foyers. Vingt-et-un an et cent-soixante-seize jours après son inauguration, l'Opéra Bastille, lui, fait son office, sinon d'opéra populaire (utopie de départ), du moins de grande salle aux normes internationales. Rénové par tranches sur une période de quinze ans, le premier est solide comme le pont neuf. Le second, à peine ouvert, a commencé à se fissurer. On attend sa fermeture pour révision générale. Le Palais Garnier a été classé monument historique le 16 octobre 1923. Classera-t-on un jour l'Opéra Bastille ? Et d'ailleurs, tiendra-t-il assez longtemps ?

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La loi du balancier mardi 15 septembre 2009 à 11h51

En juin dernier, Gerard Mortier a quitté la direction de l'Opéra de Paris avec Am Anfang (« Au commencement »), une « installation » du plasticien Anselm Kiefer, où l'on ne chantait ni ne dansait. Le public, bourgeoisement installé dans la salle, n'était même pas censé assister à l'intégralité de l'événement, qui se prolongeait sur les six plateaux coulissants de l'Opéra Bastille. Le sujet ? La mort des idéologies, la quête de la transcendance à travers les gravats de l'expérience humaine, la renaissance après la catastrophe. Trois mois plus tard, Nicolas Joel reprend les rênes de la maison, et, en guise de renaissance, donne Mireille de Gounod dans le cadre symbolique du Palais Garnier. Le passage du relais frise la perfection. « Ouf, Mortier est parti, disent les anciens. Finies les programmations prise de tête, dehors les mises en scène de Christoph Marthaler et de Krzystof Warlikowski. Avec Joel, l'opéra, le vrai, retrouve droit de cité ». « Aie, répliquent les modernes. Gounod et Puccini sont de retour. ».

En fait, il est très fort, Joel. En montant lui-même Mireille façon opéra de grand papa, avec farandoles et folklore provençal, il récupère le public qui a fui l'opéra selon Mortier. Parallèlement, en reprenant à la Bastille le Wozzeck de Berg mis en scène, sous Mortier, par … Marthaler, il montre aux modernes qu'il ne les oublie pas. Et comme il est encore plus fort qu'on ne l'imagine, il peut se glorifier de faire salle comble avec Mireille (diffusé, qui plus est, en léger différé sur France 3 le soir de la première), tandis que Wozzeck se joue devant un parterre clairsemé. Et puis, si vous vous ennuyez en voyant Mireille mourir d'insolation sous le soleil du midi, vous pouvez toujours imaginer la version qu'en aurait donné un metteur en scène branché : transportée dans les quartiers nord de Marseille, cette histoire de loi des pères, de mariage arrangé et de carcan religieux trouverait des résonances tout à fait actuelles. On ne pourrait – hélas ! – pas changer la musique, indigeste à force de vouloir plaire.
Photo : Opéra national de Paris/ A. Poupen

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