Samedi 19 mai 2012
Le cabinet de curiosités par François Lafon
La musique est partout, à nous d'aller la chercher
Un Sésame nommé Mozart samedi 12 mai 2012 à 09h21

Dans Alger sans Mozart de Michel Canesi et Jamil Rahmani, le duo de romanciers qui a inspiré à André Téchiné son film Les Témoins, quelques personnages emblématiques incarnent le « ni avec toi ni sans toi » qui caractérise les rapports entre la France et l’Algérie, cinquante ans après la déclaration d’indépendance. Révélateur de l’éloignement des deux pays : la culture en général et le cinéma en particulier (un des personnages-clés est cinéaste). Le livre pourrait s’appeler Alger sans Camus, ou Alger sans Truffaut. Mais assassiner Mozart l’universel, c’est plus fort. Sofiane, le jeune Algérien tourné vers l’avenir : « Pour finir, elle a mis son compositeur préféré, Mozart, celui qu’elle écoute tous les soirs et qui me réveille parfois quand elle laisse ses fenêtres ouvertes. J’aime pas trop, c’est une musique de vieux, ça va pas assez vite » (p. 115). Louise, l’Algéroise restée au pays : « Ils voulaient interdire le cinéma, la danse, le théâtre, la télévision, la musique, les parfums, les bijoux, nous imposer un deuil éternel. Tu imagines une vie réduite à quatre murs, aux odeurs de cuisine et de ménage ? Tu imagines Alger sans Mozart ? » (p. 225). Sofiane à Louise : « C’est beau ! Qu’est ce que c’est ? » ; Louise : « Mozart, justement : Cosi fan tutte… Quand tu seras grand, je t’expliquerai ce que ça veut dire. » (p.151). Le livre est édité par Naïve, le label de disques. En 2010, l’Algérie et la Chine ont signé un protocole d’accord pour la réalisation d’un nouvel opéra, l’Opéra municipal (1853) étant dévolu au répertoire dramatique local. On pourrait l’inaugurer avec L’Enlèvement au sérail.

François Lafon

Canesi et Rahmani : Alger sans Mozart. 400 p., 18 €

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Le Grand Tout de Sergiu Celibidache lundi 07 mai 2012 à 11h00

Chez Actes Sud : Sergiu Celibidache, La Musique n’est rien. Textes et entretiens pour une phénoménologie de la musique. Trois cent trente-six pages pour brosser le portrait du fougueux successeur de Furtwängler à la tête du Philharmonique de Berlin, évincé par Karajan et devenu le-chef-qui-refuse-d’enregistrer-des-disques, laissant l’image d’un gourou de la baguette versé ans la spiritualité zen, entouré de disciples prêts à renoncer aux biens de ce monde et donnant des concerts comme on célèbre un office. De conférences en interviews, le credo de Celibidache apparaît comme un mantra cent fois répété : « La musique n’est pas le son. Cependant, elle ne peut se matérialiser sans lui » ; « La musique n’est pas belle, elle est vraie » ; « Tout dans la musique est unique dans son devenir. La Cinquième de Beethoven n’existe pas, mais elle devient dans l’instant ». Visionnaire ou illuminé ? Le débat reste ouvert. « Le microphone n’arrive à saisir que 78% des faits vivants dans l’espace musical. Etant lui-même une masse métallique, il crée ses propres épiphénomènes : c’est une dénaturation totale des faits authentiques », explique-t-il en 1985 à L’Autre Journal (Paris). Paradoxe : il acceptait que ses concerts soient diffusés en direct à la radio. Après sa mort en 1996, son fils a autorisé la publication en CD des archives de l’Orchestre de la Radio de Stuttgart (DG) et du Philharmonique de Munich (EMI). Constatation : le courant passe malgré la « masse métallique ». Souvenir : la Septième Symphonie de Bruckner à l’Opéra Bastille en 1989. Lenteur extrême et son inouï. Comme il le disait lui-même, citant Husserl : « C’est ainsi ! Non pas C’est beau, beau est polyvalent, mais C’est ainsi ! »

François Lafon

Sergiu Celibidache, La Musique n’est rien. Textes et entretiens pour une phénoménologie de la musique, réunis et traduits par Hadrien France-Lanord et Patrick Lang. Actes Sud, 336 p., 29€

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Le Messie de Handel et l'évidence céleste lundi 30 avril 2012 à 09h25

Parution, aux Editions du Pommier (collection Co-loc), de Figures du Messie, un recueil choral à propos du Messie de Handel révisé par Mozart, donné au Châtelet en mars 2011 dans une mise en images virtuelles d’Oleg Kulik. Quelques belles signatures - parmi lesquelles Florence Delay, Vincent Delecroix, Jean-Claude Guillebaud, Bernard Sichère, Gilles Cantagrel - dans le sillage des têtes pensantes de l’opération : Michel Serres (directeur de la collection et prêcheur au sein du spectacle), Benoit Chantre (dramaturge dudit spectacle), et le philosophe René Girard, grand maître de la théorie du bouc émissaire et du désir mimétique. C’est dire le sérieux du propos, ainsi que la vocation pastorale de cette réflexion autour du plus célèbres des oratorios, composé en trois semaines par un Handel inspiré. On en oublierait presque que ce Messie relooké était musicalement lourd et dramatiquement opaque, comme pour montrer que l’évidence céleste n’est pas de ce monde. A la fin de l’article qu’il consacre à cette parution dans son blog La République des livres, Pierre Assouline rappelle que dans la maison jumelle de celle où Handel a composé Le Messie, Jimi Hendricks a vécu en 1968 et 1969 avec sa petite amie anglaise Kathy Etchingham, et « se prend à rêver de ce que la guitare de Jimi aurait pu faire de l'"Alleluia" du Messie de son voisin de palier, avec le génie qu'il déploya lorsqu'il s'empara du Star Spangled Banner à Woodstock. ». L’évidence céleste, peut-être.

François Lafon

Figures du Messie. Editions Le Pommier, collection Co-loc, 206 pages, 17 €.

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Rossini l'intouchable mercredi 11 avril 2012 à 09h43

« Qui connaît Rossini ? Aucune biographie digne de ce nom n’existe en français. » « Non, la musique de Rossini n’est pas une musique facile. », « Non, Rossini n’est pas le gai luron insouciant que ses opere buffe laissent deviner. » Le ton et donné : dans leur petit livre bien écrit, bien documenté, Jean et Jean-Philippe Thiellay se posent en redresseurs de torts tout autant qu’en gardiens du dogme. Passée l’introduction, le récit se fait plus aimable, mais pas moins militant : « La vraie renaissance rossinienne, que l’on pourrait tout autant appeler une résurrection, s’est faite en plusieurs temps. » Allez, après cela, insinuer qu’après avoir été sous-évalué, le Cygne de Pesaro est surévalué. La bibliographie rossinienne n’attend plus qu’une analyse critique de ce regain de fascination.

François Lafon

Rossini, par Jean Thiellay et Jean-Philippe Thiellay. Actes-Sud-Classica, 212 p., 18,50 €

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Tchaïkovski, Prokofiev : question de parti pris vendredi 13 janvier 2012 à 10h10

Simultanément dans la collection Actes Sud/Classica, biographies de Tchaïkovski et Prokofiev. Jérôme Bastianelli, en charge du premier, dramatise le propos. De quoi est mort Tchaïkovski ? Choléra (thèse officielle) ? Suicide (thèse officieuse) ? Le non dit, les femmes (et les hommes), le poids du destin structurent un récit en forme de thriller psychologique. Cela se lit en une heure et n’a jamais l’air d’un résumé de la somme définitive (pour l’instant) signée André Lischké chez Fayard. Avec Prokofiev, Laetitia Le Guay aurait pu en faire autant. Nœud du mystère : pourquoi le beau Serge est-il revenu en URSS se jeter dans les bras de Staline ? Elle adopte au contraire la forme classique : récit chronologique, refus de la dramatisation. La toile de fond, il est vrai, est suffisamment animée (exil, révolution), le personnage assez complexe et son oeuvre assez variée. Le format court (150 à 200 pages) surexpose les partis pris. A la fin de son brillant exercice, Jérôme Bastianelli se demande d’ailleurs, fort honnêtement, si la mort de Tchaikovski éclaire en quoi que ce soit sa vie et son œuvre.

François Lafon

Jérôme Bastianelli : Tchaïkovski - Laetitia Le Guay : Prokofiev. 2 volumes Actes Sud/Classica, 18 et 19 €.

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Massenet sans ricaner lundi 07 novembre 2011 à 09h36

Selon qu’on aime ou non Massenet, on le qualifie d’héritier de la grande tradition française, ou de faiseur d’opéras à l’usage des boutiquiers 3ème République. Comme dans les deux cas on a tort et raison à la fois, Jaques Bonnaure évite de tomber dans le piège commun aux biographes : l’hagiographie. C’est en cela que son petit livre, chez Actes Sud, est exemplaire. « Saint-Saëns, qui a vécu quatre-vingt-six ans, est né avec La Juive et mort avec Wozzeck. Massenet, qui n’a vécu que soixante-dix ans, est tout de même né avec Nabucco et mort avec Pierrot Lunaire, en pleine explosion du cubisme », constate-t-il. Il en conclut que c’est parce qu’il n’a jamais sauté le pas, qu’il est resté un artiste bourgeois, que l’auteur de Manon et de Werther s’est fait honnir et encenser avec une telle constance. Comme il l’avait fait dans son Saint-Saëns (même éditeur), Bonnaure adopte un ton mi-figue mi-raisin pour raconter la vie de ce bourreau de travail, couvert d’honneurs et professeur admiré (Chausson, Koechlin, Enesco, Hahn, Magnard sont ses élèves), capable de traiter tous les sujets à condition qu’ils appuient une seule et simple idée : l’amour excuse bien des égarements. Cette mesure, qui lui évite d’évaluer Esclarmonde à l’aune de La Walkyrie et Chérubin à celle des Noces de Figaro, donne envie d’écouter Massenet sans s’agacer ni ricaner a priori, ou tout en moins d’en faire l’effort.

François Lafon

Jacques Bonnaure : Massenet. Ates Sud/Classica, 192 p., 18 €

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Le Lied, comment le dire ? mercredi 12 octobre 2011 à 09h32

Dès l’avant-propos de Le Lied, poètes et paysages, André Tubeuf annonce la couleur : « Pour se tisser son univers, d’un bout du siècle à l’autre, le lied saura se passer des matériaux du monde. Qu’est-ce qui lui importe dans la nuit ? La lune, comme aux poètes ? Non, le silence ». Un peu plus loin : « L’eau, elle, est élément. Il n’y a pas moyen qu’elle se tienne tranquille, still, soit qu’elle aille (mouvement), soit qu’elle appelle (voix). Si elle se tait, gare ! C’est qu’un trou d’eau a repris un vivant. » Dans le chapitre Voyage d’hiver : « Notre oreille ? Ce témoin, ce double, ce frère, depuis quand nous conduisait-il sans même marcher, lui que rien de concerté ne semble mener. » Enfin, à propos de Mahler : « Comment le lied a-t-il pu persévérer dans son immobilisme magique et fécond, quand tout dans l’Histoire tournait le dos à ce qui lui permet d’exister : une tournure de la sensibilité ; une pratique de la mi-voix, une confiance dans la confidence ; une oreille pour écouter les cœurs, une voix du cœur pour parler ; enfin et surtout ces bons sentiments, chassés de la littérature, mais de tout art aussi, et peut-être bien de la vie ? » Lors de sa parution, en 1993 chez François Bourin, le livre était intitulé Le Lied allemand. Dix-huit ans après, pour cette réédition revue par l’auteur, ce dernier et/ou l’éditeur n’ont plus jugé utile de préciser que le lied était allemand. Tubeuf, bien connu des lecteurs mélomanes, n’y est pas moins ésotérique qu’ailleurs, mais plus qu’ailleurs se dégagent de ses périodes qui s’écoutent chanter des associations de mots et d’idées qui vont au cœur du sujet. Il n’y a peut-être pas de plus droit chemin pour y arriver.

François Lafon

André Tubeuf : Le Lied, poètes set paysages. Actes Sud, 512 p., 29€

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Moussorgski notre miroir lundi 05 septembre 2011 à 10h14

Une biographie en pointillé, une psychologie contradictoire, une œuvre déroutante. Comme Rabelais et quelques autres, Moussorgski garde ses secrets. Sa musique a été arrangée, améliorée, recomposée même, par Rimski-Korsakov, par Ravel, par Chostakovitch. Seule certitude : il était génial, en dépit de son amateurisme, de son laisser-aller, de son ivrognerie. Notre époque, qui aime l’inachevé, l’inclassable, le fragment, l’a rendu à son mystère. On joue son œuvre sans retouches, et tant mieux si cela sonne bizarre ; on se penche avec intérêt sur son cas d’asocial, de déclassé, d’épave. Ses biographes - beaucoup plus rares que ceux de Tchaïkovski, l’autre grand Russe du XIXème siècle -, ont tenté toutes les pistes, sans qu’aucune ne s’impose. Chez Actes-Sud, le journaliste Xavier Lacavalerie tente l’impossible. Il n’a que cent-cinquante pages - plus une bio-disco - à sa disposition (format de la collection), mais il peine à les remplir. Que dire, à moins de détailler les divers états de la partition de Boris Godounov ou les curiosités harmoniques d’Une Nuit sur le mont Chauve, ce que d’autres ont fait avec beaucoup de professionnalisme ? Alors il parle de lui, raconte longuement sa découverte de Boris, ou détaille sur dix pages la façon dont les Russes portent des toasts avant de rouler sous la table. Décryptage : Moussorgski nous parle de nous, et c’est en cela qu’il est immortel. C’est un peu court, mais cela résume bien notre époque.

François Lafon

Xavier Lacavalerie : Moussorgski. Actes-Sud/Classica, 192 p., 18 €

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Murakami-Janacek, effets secondaires lundi 29 aout 2011 à 10h14

« La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C'était la Sinfonietta de Janacek. Etait-ce un morceau approprié quand on est coincé dans des embouteillages ? Ce serait trop dire. D'ailleurs, le chauffeur lui-même ne semblait pas y prêter une oreille attentive. » Ainsi commence 1Q84 (en référence à 1984 de George Orwell, « Q » et « 9 » se prononçant de la même façon en japonais), le roman de Haruki Murakami en trois tomes, dont les deux premiers viennent de sortir en France. Résultat au Japon : 12 000 CD de la Sinfonietta vendus en un mois, rush sur les téléchargements de sonneries de téléphone portable, passages en boucle dans les restaurants à la mode, etc. En 2005, à la sortie du roman Kafka sur le rivage, Schubert, Beethoven, Radiohead et Kafka avaient déjà, dans une moindre mesure, bénéficié de l’aubaine. Car l’effet Murakami ne s’applique pas qu’à la musique : 1984 d’Orwell bien sûr, mais aussi L’Ile de Sakhaline de Tchékhov, qui a son importance dans le roman, se retrouvent parmi les best-sellers. « La musique est très présente quand j'écris. J'ai autour de moi 10.000 vinyles environ. La majeure partie sont des disques de jazz et, pour le reste, de la musique classique. Les CD ne m'intéressent pas vraiment. Les enceintes sont d'immenses modèles JBL très anciens (cela fait trente-cinq ans que je n'utilise qu'elles). Le matin, je me lève à 4 heures, puis je m'installe à mon ordinateur tout en écoutant de la musique à faible volume. Sur les murs se trouvent des peintures à l'huile représentant Clifford Brown et Lester Young, ainsi qu'un vieux poster de Glenn Gould », explique Murakami à Didier Jacob dans son blog Rebuts de presse. « J'ai écrit les livres 1 et 2 en ayant en tête les cycles 1 et 2 du Clavier bien tempéré de Bach. J'ai construit chacun des douze chapitres en mode mineur et majeur. ». L’histoire ne dit pas si Le Clavier bien tempéré est devenu un tube au Japon. Elle ne présume pas non plus du succès en France de ce roman fleuve dont les ventes ont dépassé celles d’Harry Potter dans son pays d’origine. Les fans occidentaux de Murakami savent bien que le rôle de la musique n’a rien d’anecdotique dans ses oeuvres. La Sinfonietta elle-même… Mais chut ! Ecoutez-la d’abord, et si ça vous chante, lisez le livre.

François Lafon

1Q84, de Hariti Murakami. Traduit du japonais par Hélène Morita. Belfond, 2 vol., 23 € chacun.
Janacek : Sinfonietta. Orchestre Philharmonique Tchèque, Karel Ancerl (dir.) – 1 CD Supraphon

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Seichô Matsumoto : mortelle, la musique concrète lundi 08 aout 2011 à 09h23

Lecture d’été : Le Vase de sable de Seichô Matsumoto, le « Simenon japonais ». C’est une histoire policière dans le Japon encore traditionnel et déjà branché des années 1960. Dans Tokyo Express, le roman le plus célèbre de Matsumoto, la clé de l’énigme réside dans les horaires des trains. Cette fois, c’est de musique qu’il s’agit, plus particulièrement de musique concrète. Parmi les suspects : un jeune compositeur à la mode et un non moins jeune critique aux dents longues. « L’idée d’une variation systématique d’une œuvre, due à divers paramètres importants qui font toute la musique, est indépendante de l’inspiration et de la théorie des compositeurs. Ce nouveau moyen d’avant-garde est en train de substituer l’absence d’idée du compositeur au problème accessoire de la disparition des raisons qui font que l’on a besoin des interprètes. Ce danger, au moins, existe. », écrit celui-ci à propos d’un concert de celui-là, dans un style abscond que l’on imagine ironique de la part de Matsumoto. De son côté l’inspecteur chargé de l’enquête se renseigne sur la musique concrète : « Inventée en 1948 par un ingénieur français du nom de Pierre Schaeffer, elle provoqua un grand choc dans le monde musical. Le mot « concret » ne signifie pas « description » ou « contenu concret », car chaque bruit est choisi et utilisé comme un « objet sonore », lit-il dans un dictionnaire, tout en avouant ne pas y comprendre grand-chose, ce qui d’après l’auteur « était normal, puisqu’il ne connaissait rien à la musique ». Sans vouloir déflorer le dénouement, il est question par la suite d’une loi sur les ondes électromagnétiques (« quiconque veut ouvrir une station radioélectrique doit en demander l’autorisation préalable au ministères des Postes et Télécommunications ») et de leurs effets possibles sur le corps humain. En 1974, le cinéaste Yoshitaro Nomura, ancien assistant d’Akira Kurosawa, a tiré un film du roman de Matsumoto. Le jeune compositeur n’y fait plus carrière dans la musique concrète, mais dans la musique classique. Paradoxe : vingt-cinq ans après son invention, la musique concrète n’était plus à la mode, mais, utilisée comme bande sonore d’un film, elle aurait encore risqué d’écorcher les oreilles d’un public « qui ne connait rien à la musique ». Il aurait fallu aussi que l’illustrateur sonore du film trouve un équivalent à la manière particulière dont cette musique est utilisée dans l’intrigue. Le récent succès de la semaine Pierre Henry, au festival Paris, quartiers d’été, a montré que ces « objets sonores » étaient entrés dans les mœurs. Le Vase de sable n’en reste pas moins un excellent polar.

François Lafon

Le Vase de sable, de Seichô Matsumoto, traduit du japonais par Rose-Marie Fayolle. Picquier poche, 198 p., 7,50 €.

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