Le cabinet de curiosités par François LafonLa musique est partout, à nous d'aller la chercher
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Annonce, lundi 26 mars, de la saison 2012-2013 de l’Opéra Comique. Salle pleine : presse, artistes, abonnés, responsables de collectivités. Au programme : contemporain (un opera buffa de Stefano Gervasoni), baroque (David et Jonathas de Charpentier, Venus et Adonis de Blow), pièces connues créées in loco (La Voix humaine de Cocteau-Poulenc), mais aussi et surtout répertoire maison tombé en désuétude (Ciboulette de Reynaldo Hahn, Le Roi d’Ys de Lalo, Marouf, savetier du Caire de Henri Rabaud, Cendrillon de Pauline Viardot). Sur scène, avec les directeurs Jérôme Deschamps et Olivier Mantei, la dramaturge maison Agnès Terrier explique, commente, replace chaque œuvre dans son contexte. Il ne s’agit pas seulement de donner une résonnance contemporaine à un répertoire du passé - préoccupation majeure des directeurs d’opéras - mais aussi d’en justifier la survie. Questions dans la salle à propos de la reprise par le public des chœurs de Ciboulette (une ancienne tradition remise à l’honneur), ou de la réfection d’une statue de Massenet endommagée par les pigeons. Public-maison pas mort ! Va-t-il jusqu’à apprécier l’acteur et metteur en scène Michel Fau déguisé en diva et chantant Carmen en guise d’intermède ? Lui aussi, pourtant, procède de l’esprit Opéra Comique canal historique.
François Lafon
www.opera-comique.com
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Pour illustrer l’exposition « Au royaume d’Alexandre le Grand », le Louvre révèle un double scoop musical : un triple extrait (deux arias et un récitatif) de la Médée du poète et compositeur athénien Carcinos le Jeune (vers 360 av. J.-C.), découvert en 2002 dans une boite de fer au fond des réserves du musée, ainsi qu’une longue partition « magique, envoûtante jusqu’à inspirer le frémissement » selon le dossier de presse, issue elle aussi du département des antiquités égyptiennes. C’est Anne Bélis, chercheur au CNRS, qui a été chargée de décrypter ces merveilles, qu’elle interprète avec son ensemble Elyma. Il y a une bonne vingtaine d’années qu’Elyma tente de restituer ces sons d’il y a deux-mille-quatre-cents ans, en s’appuyant principalement sur la fragmentaire mais précieuse Introduction à la musique d’Alypius d’Alexandrie (vers -360 elle aussi, c'est-à-dire, approximativement, du temps de Philippe de Macédoine, père d’Alexandre). Le résultat, avec prononciation restituée du grec ancien et reconstitution d’instruments d’époque, est incantatoire et passablement troublant. Il contribue en tout cas à préciser la vague idée que nous nous faisons de ces mystérieuses cérémonies musico-dramatico-religieuses, desquelles est pourtant issu tout le théâtre occidental.
François Lafon
« Les musiques qu’aimait Alexandre le Grand », Musée du Louvre, 8 décembre de 20h30 à 22h. Exposition « Au royaume d’Alexandre le Grand. La Macédoine antique », jusqu’au 16 janvier 2012.
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Toute la presse en parle : Pink Floyd, les Beatles, Coldplay, Katy Perry et Beyoncé, locomotives EMI d’hier et d’aujourd’hui, se retrouvent chez Universal, qui vient de manger tout cru le département « musique enregistrée » de son concurrent. Personne, en revanche, ne mentionne Maria Callas, Elisabeth Schwarzkopf, Samson François ou Natalie Dessay, lesquels se retrouvent dans la même situation, mais dans le domaine plus que jamais marginal de la « grande musique ». On ne cite pas non plus Herbert von Karajan ou Dietrich Fischer- Dieskau, qui n’ont pas attendu la fusion pour manger aux deux râteliers, ni, a fortiori, Roberto Alagna et Rolando Villazon, lancés par EMI (et sa filiale française Virgin), et passés chez Universal une fois la gloire venue. Le temps est loin de la lutte à mort entre Callas (EMI) et Tebaldi (Decca), et plus loin encore celui où le Beethoven à la française d’Yves Nat (EMI) et celui, plus germanique que nature, de Wilhelm Backhaus (Decca) coexistaient sans se rencontrer. « En tant qu’Anglais, j’ai grandi avec les disques EMI » affirme Lucian Grainge, PDG d’Universal Music, qui ajoute : « Universal s’engage à préserver le patrimoine culturel et la diversité artistique d’EMI ». En temps de crise, pour le disque comme ailleurs, ce genre de propos n’engage pas à grand-chose.
François Lafon
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Vernissage, à la Cité de la Musique, de l’exposition Paul Klee, Polyphonies. Le sujet est en or, mais truffé de pièges. Fils d’une chanteuse et d’un professeur de piano, époux d’une pianiste, violoniste lui-même, fou de poésie et de théâtre, Klee aurait pu devenir compositeur ou virtuose professionnel, s’il n’avait été un génie du dessin et de la peinture. Avec le mélange d’intellectualisme et de simplicité qui le caractérise, il a, jusqu’à sa mort, rêvé, représenté, idéalisé, caricaturé des musiciens, du Pianiste en détresse (1909) à l’ultime Timbalier (1940). Mais il aussi et surtout recherché les polyphonies secrètes qui structurent la musique et la peinture. Ce sont ces fines correspondances que, sans mise en scène ostentatoire, suivant une sage chronologie, l’exposition rend sensibles. Pas de fléchage pédagogique ni de balises stylistiques, mais une immersion visuelle et sonore dans le monde du Bauhaus, dans le Paris de Robert Delaunay et Tristan Tzara, dans cette modernité dont Klee a été un des acteurs, lui qui, en musique, fréquentait Stravinsky et Bartok tout en ne jurant que par Bach et Mozart, détestait le XIXème siècle tout en idolâtrant Wagner, et s’extasiait sur Pelléas et Mélisande. Dans l’espace pédagogique du Musée des instruments : Klee en mains, - avec ardoises magiques, memories sonores et visuels, puzzles et projections -, où l’on se met à soupçonner Paul Klee de parler plus naturellement aux enfants qu’aux parents.
François Lafon
Paul Klee (1879 – 1940), Polyphonies, Musée de la Musique, du 18 octobre au 15 janvier 2012. Catalogue (superbe) Actes Sud/Cité de la Musique, 45€. Cycle de concerts à la Cité de la musique du 19 au 27 octobre.
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Procédant à son grand ménage de printemps, une dame anglaise se débarrasse d’un lot de vieilles partitions auprès de l’association humanitaire Oxfram. Or voilà que la bénévole chargée du tri y découvre une seconde édition, rarissime, des six Sonates pour clavecin composées à Londres par le jeune Mozart (huit ans) et dédiées à « Sa Majesté Marie-Charlotte, Reine de Grande-Bretagne » (en français dans le texte). Elle alerte la prestigieuse société Sotheby’s, qui organise immédiatement une vente aux enchères. Appel affolé de la donatrice, affirmant que la précieuse partition s’était glissée par erreur dans le lot en question. La vente est annulée, et Oxfram s’engage à lui rendre la partition, à condition qu’elle prouve qu’elle en est bien la propriétaire. Moralité : aider les pauvres, c’est bien, mais il ne faut quand même pas leur donner des goûts de luxe.
François Lafon
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"The Philadelphia Orchestra goes to US Bankruptcy Court", lit-on dans la presse américaine. Ce qui veut dire en français que l’Orchestre de Philadelphie est en faillite : crise, défection du public et des donateurs, multiplication par deux du coût des retraites et de la couverture médicale des musiciens. Les sociétés de concert américaines, à la différence de leurs homologues européennes, sont des entreprises privées, financées par le mécénat. Entre 2008 et 2009, les revenus de l’institution sont tombés de 53,1 million à 29,4 millions de dollars. Quelques autres orchestres américains, comme celui de Detroit, l’ont précédé, certes, mais Philadelphie ! Cent onze ans d’âge, membre des Big Five (les Cinq Grands, avec New York, Chicago, Boston et Cleveland), le plus stable (huit directeurs musicaux, dont Leopold Stokowski pendant 26 ans et Eugene Ormandy pendant 44 ans) ! Cela fait un choc. L’Orchestre et l’Académie de Musique qui en dépend possèdent un pécule de 140 millions de dollars, qui pourrait largement éponger le déficit. Mais il s’agit d’un capital constitué au fil des années par les donateurs, dont les revenus servent à financer certaines opérations, mais dont le fonds ne peut être utilisé à renflouer l’institution. Un état de fait contesté par certains musiciens (et leurs avocats), qui pensent que la faillite nuit à l’image de l’Orchestre, et qu’il vaudrait mieux en revoir les statuts. En attendant, la saison continue (à Detroit, l’Orchestre s’est arrêté six mois). Bonne nouvelle : la caisse ne sera vraiment vide qu’en juin, et l’administration compte bien, d’ici-là, trouver un accord avec les créanciers. Une campagne de dons devrait aussi être lancée : pour continuer à éblouir les mélomanes, l’Orchestre de Philadelphie n’a besoin que de 215 millions de dollars.
François Lafon
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Dans le top ten des professions propices à la dépression, le site anglais health.com place les artistes et les écrivains en cinquième position, après les aides à domicile, les employés de la restauration et le personnel médical, avant les professeurs, les financiers et les vendeurs de magasin (la distribution des places serait-elle différente en France ?). S’appuyant sur cette étude, le quotidien The Guardian s’intéresse plus spécifiquement aux musiciens. Si 9% des artistes en tous genres ont connu une crise grave dans l’année, 7% seulement des musiciens pratiquant leur art à plein temps (des membres d’un orchestre, par exemple) ont craqué durant la même période. Encore s’agit-il de musiciens de sexe masculin, les femmes étant par nature plus résistantes. En revanche les artistes travaillant au cachet - et vivant donc dans la crainte du lendemain - rejoindraient (tous sexes confondus) les employés de la restauration à la deuxième place des activités à risque. Usage de drogue et d’alcool, comportements suicidaires seraient le lot de ces malheureux « nés avec une peau trop mince » pour supporter comme tout un chacun les aléas de la vie. Conseil ultime du Guardian : pour être un musicien heureux et en bonne santé, n’hésitez pas à plonger dans les zones ténébreuses de votre personnalité, mais n’en faites pas votre résidence principale. Reste à savoir pourquoi ces grands fragiles choisissent de vivre dans une insécurité - sociale autant que mentale - qui nuit à leur santé. Si l’on a l’éternité devant soi, on peut même se demander pourquoi les artistes sont des artistes.
François Lafon
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Charles Louis de Antoni, cent-neuf ans et ancien trompettiste dans l’Orchestre de l’Opéra Comique, serait le doyen des Français. « Serait », car aucun organisme officiel ne recense les citoyens les plus âgés : pas plus tard que la semaine dernière, le titre, jusque-là détenu par le Guadeloupéen Philibert Parnasse, mort à cent-neuf ans, avait échu à Marc Chevalier, cent-huit ans, viticulteur en retraite. Les trompettistes ont la réputation de ne pas vivre vieux, eu égard aux efforts qu’ils doivent fournir pour souffler dans leur instrument. Rien en revanche n’est censé empêcher les viticulteurs de dépasser le siècle, pourvu qu’ils n’abusent pas des produits de leur négoce. Tous deux étaient jusqu’ici battus par Eugénie Blanchard, cent-quatorze ans, religieuse sur l’île de Saint-Barthélemy (Petites Antilles) et détentrice du titre de doyenne des Français depuis 2008 et de l’humanité depuis 2010, mais celle-ci vient de mourir. Si, comme on l’a annoncé, la France compte en 2060 deux cent mille centenaires, dont quatre-vingt pour cent de femmes, combien y-aura-t-il de trompettistes parmi ces dernières ? « On a une image très datée de la famille des cuivres, et de la trompette en particulier – une image faite de virilité qui a perduré tout au long de son histoire. C’est sans doute la raison pour laquelle il y a peu de femmes trompettistes dans les orchestres français. Les pupitres de cuivres ne sont cependant plus des “chasses gardées” masculines. Le souffle nécessaire et l’effort physique demandés pour jouer de cet instrument ne sont, en effet, pas des obstacles à sa pratique », déclare Angela Anderlini, quarante-et-un ans, trompettiste au sein de l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg depuis 1993.
Photo : Jeune et jolie, la trompettiste Alison Balsom |
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Maria Callas, en live, à Londres. C’est ce que nous promet le Novello Theatre, dans le West End, à partir du 30 septembre. La pièce s’appelle Onassis, et met en scène l’armateur aux grosses lunettes sous les traits de Robert Lindsay, un acteur très populaire outre-Manche. Martin Sherman, l’auteur, est connu pour affectionner les sujets porteurs : sa pièce Bent, traitant de la déportation des homosexuels pendant la guerre, reste son plus grand succès. Il est aussi, à égalité avec Terence McNally (Masterclass), un spécialiste de Maria Callas : c’est à lui que Franco Zeffirelli a fait appel pour écrire le scénario de son film Callas forever, avec Fanny Ardant dans le rôle principal. Une première version de la pièce de Sherman, intitulée Aristo, a remporté un succès mitigé il y a deux ans à Chichester. L’intrigue, tirée d’un livre de Peter Evans au titre alléchant de Nemesis, the true story, met en valeur les rapports entre l’argent (Onassis) et le pouvoir (les Kennedy), Callas, dans tout ça, symbolisant la culture, la vraie, celle qui n’a pas de prix mais que le milliardaire s’est tout de même offerte. Anna Francolini, l’interprète du rôle, est considérée comme une « nature » dans les milieux anglais du théâtre. Elle rêve de jouer La Mégère apprivoisée, et aurait bien aimé faire partie de la famille princière de Monaco. On ne sait pas encore si, en scène, elle donnera le change, mais on est au moins sûr qu’elle possède les clés de son personnage.
François Lafon
Novello Theatre, Aldwich, Londres. Avant-premières à partir du 30 septembre, générale le 12 octobre. Tél. 0844 482 5170. |
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Entractes sans ennui jusqu’au 31 décembre au Théâtre des Champs-Elysées, avec l’exposition Jean-Louis Barrault et la musique, à l’occasion du centenaire de la naissance du grand homme. Pourquoi le TCE, où Barrault n’a jamais joué ? Parce que c’est là qu’ont lieu actuellement les concerts Janine Roze (ceux du dimanche matin, et, parfois, du soir), lancés, grâce à Barrault, au Théâtre d’Orsay, et que Janine Roze est une fidèle. Elle a réuni des documents connus, et d’autres très rares, dont les guest stars sont Pierre Boulez - Monsieur musique de la Compagnie Renaud-Barrault -, Arthur Honegger, Francis Poulenc et Darius Milhaud, qui écrivaient pour Barrault des musiques de scène de la même manière qu’André Masson ou Christian Bérard lui brossaient des décors, Grace Bumbry en Carmen (au MET de New York), ou le couple Jean-Louis-Madeleine dansant à Saint-Germain avec Boris Vian. On y découvre aussi que si Barrault n’a pas joué au TCE, il en a fréquenté les toits, en 1937, alors qu’il répétait Numance de Cervantès à la Comédie des Champs-Elysées. Ce sont deux fresques en grand large courant autour de la salle, qui donnent une sensation de mouvement perpétuel, comme pour montrer que Barrault n’a jamais cessé de valser avec la musique, ou plutôt autour d’elle, lui qui avouait : « Je ne connais pas la musique. J’ai été mal élevé, d’une façon un peu sauvage, sans orientation. J’aime la musique physiquement, d’abord parce que je suis danseur, instinctivement danseur ». Quatre Concerts du dimanche matin, une projection de La Vie parisienne au Palais Royal, une Symphonie fantastique au musée d’Orsay, le ballet de José Martinez tiré des Enfants du paradis au Palais Garnier illustrent en musique le parcours Barrault, une vie sur scène, qui dure toute la saison, et nous emmène du Théâtre de l’Atelier à la Comédie Française, du Grenier des Grands-Augustins au Théâtre Marigny, de la Cinémathèque à l’Odéon, du Théâtre du Rond-Point au Centre National du théâtre. Tout cela à fond privés, ceux de Pierre Bergé, entre autres, qui a contribué à forger la légende tandis que Saint-Laurent créait pour Madeleine Renaud des robes simples et chic. « Barrault ? Connais pas », entend-on jusque dans les couloirs du Conservatoire (de musique, bien sûr, mais même d’art dramatique). Question de génération, certes. Mais maintenant, on n’a plus d’excuse.
François Lafon |
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