Dimanche 26 octobre 2014
Le cabinet de curiosités par François Lafon
La musique est partout, à nous d'aller la chercher
Anita Cerquetti, « J’ai dit : ca suffit » mercredi 15 octobre 2014 à 09h20

« Première, oui, seconde, jamais ! » C’est ainsi qu’Anita Cerquetti refuse en 1956 de signer comme remplaçante de Maria Callas. En 1953, à vingt-deux ans, elle a chanté en alternance avec elle le rôle d’Aïda à Vérone, mais trois ans plus tard la Cerquetti a compris qu’elle a droit à la pleine lumière : Luchino Visconti l’a choisie pour interpréter la grande scène du troisième acte du Trouvère, dans Senso, elle a triomphé dans l’Abigaille de Nabucco dirigé par Tullio Serafin, dans Norma avec Franco Corelli, dans Amélia du Bal masqué… Ironie du sort : c’est en remplaçant la Callas au pied levé dans Norma à Rome qu’elle atteint, en janvier 1958, une renommée internationale, au niveau de Maria Callas et de Renata Tebaldi. Mais au-delà de la gloire, apparaît la lassitude. « Pendant ces dix années, je n’ai fait que des débuts. Un soir, je chantais un opéra. Le lendemain, je répétais celui de la semaine suivante. » Anita Cerquetti donne sa dernière représentation publique en octobre 1960. La mort de son père, puis celle de son mentor, Mario Rossini, en 1959, l’ont amenée à se mettre en retrait. Dans ce monde de l’opéra, elle ne supportait plus l’indifférence, encore moins les rivalités : il lui manquait l’humain, cet humain qu’elle donnait à tous ses rôles. « Je n’avais rien, que la musique. A un certain point, se ressent le besoin de quelque chose d’autre. J’ai pris une décision, j’ai dit : ça suffit ! » D’Anita Cerquetti, disparue le 13 octobre, il ne reste que quelques disques, quelques entretiens et le superbe hommage que le cinéaste Werner Schroeter lui a rendu dans Poussières d’amour.

Albéric Lagier

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Carlo Bergonzi, le la à tous les autres samedi 26 juillet 2014 à 13h30

Le 27 avril 1978, attroupement à la salle Pleyel : « Peter Lindroos, souffrant, est remplacé dans Un Bal masqué par Carlo Bergonzi ». Soirée historique, triomphe pour le ténor que Rolf Liebermann, alors directeur de l’Opéra, refusait d’engager, le trouvant mauvais acteur. Retour trois ans plus tard au Théâtre des Champs-Elysées pour un non moins triomphal Andrea Chénier de Giordano, toujours en version de concert. « Le » ténor verdien de l’après-guerre, a-t-on dit de lui : timbre cuivré, style impeccable. Son secret, d’après ceux qui n’aiment pas les ténors italiens : il avait commencé comme baryton, et en avait conservé le naturel. A Busetto, où le jeune Verdi avait appris la musique, Carlo Bergonzi formait les jeunes générations au sein de l’Accademia verdiana et tenait une auberge nommée I Due Foscari (sixième opéra du Maître - 1844). Il vient de mourir à Milan, à quatre-vingt-dix ans et treize jours. Ecoutez ses nombreux enregistrements, à commencer par l’intégrale des trente-et-un airs de ténor du répertoire verdien (1972-74 – Philips) : peu de ratés, la référence à peu près partout. Même remarque pour ses Puccini, pour son Paillasse avec Karajan : Carlo Bergonzi ne chantait que l’opéra italien, mais dans ce domaine, il a donné le la à (presque) tous les autres.

François Lafon
Photo © DR

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Cathy Berberian, diva monteverdienne lundi 07 juillet 2014 à 19h56

Réédition en coffret « Das Alte Werk » des trois opéras de Monteverdi par Nikolaus Harnoncourt, enregistrés en studio de 1968 à 1974. Trois monuments fondateurs, cellules-mères de toutes les interprétations modernes (c'est-à-dire baroques) de ces chefs-d’œuvre auparavant amputés et déformés. En bonus, une rareté : Cathy Berberian chante Monteverdi (1975), reprenant des extraits de L’Orfeo et du Couronnement de Poppée, complétés par le Lamento d’Ariana, la Lettera amorosa et le Concerto pour voix et instruments "Con che soavita". Cheveux platine (elle les aura bleus, ou verts), croulant sous les bijoux, « la » Berberian retrouve ainsi son statut de diva redécouvreuse, mascotte et fer de lance de l’entreprise harnoncourienne, aussi incontestable en Messagère de malheur (L’Orfeo) ou en impératrice déchue (Le Couronnement) qu’elle l’était dans la Sequenza III composée pour elle par son époux Luciano Berio, les tubes des Beatles savamment baroquisés ou les onomatopées cartoonesques de Stripsody, grand moment de nonsense musical inspiré par les comics strips américains, avec lequel elle terminait ses récitals en apothéose. Elle allait même, comme elle n’avait pas la voix puissante, jusqu’à refuser de chanter sans micro, ce qui à l’époque (elle a disparu en 1983, à 57 ans) la discréditait aux yeux des « vrais » amateurs. C’est dire le vide qu’elle a laissé sur les austères (chacune à sa manière) planètes baroque et contemporaine.

François Lafon

The Legendary Monteverdi Cycle 1968-74. 9 CD Warner Classics « Das Alte Werk »

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Sophie Karthäuser – Cédric Tiberghien, haute école vendredi 23 mai 2014 à 00h11

A la salle Gaveau, « Cantabile, récital lyrique Mozart », par l’Orchestre des Pays de Savoie sous la baguette de son chef permanent Nicolas Chalvin. Sous ce titre à la fois bateau et énigmatique, un programme « comme à l’époque » : entre chacun des quatre mouvements de la 33ème Symphonie, Cédric Tiberghien vient jouer le 17ème Concerto pour piano, et Sophie Karthäuser chanter des airs de concert, les deux solistes se retrouvant à la fin pour l’air Ch’io mi scordi di te, avec piano obligé. Mélange du plus grand Mozart et de l’un peu moins grand, ballet inhabituel d’interprètes. L’Orchestre est enthousiaste mais perfectible, Tiberghien ne sucre pas le sucre dans le déjà expressif Concerto, mais entre en totale empathie avec la chanteuse, timbre doré, technique de haute école, émotion maîtrisée. Un concert pas du tout comme les autres, en fin de compte.

François Lafon

Salle Gaveau, Paris, 22 mai Photo © DR
 

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Micheline Dax, plus lyrique qu’on ne croit mercredi 30 avril 2014 à 10h32

Disparition de Micheline Dax, quatre-vingt dix ans, reine du théâtre de boulevard et voix de Miss Piggy dans le Muppet Show. Son apparition, appuyée sur une console géante dans le spectacle Les Branquignols (1972 - Théâtre La Bruyère, rôle de Mme de Mortemouille) est de ces chocs qui vous marquent longtemps. Siffleuse aussi (Les plus grands airs sifflés – 1995, Parlophone), mais surtout chanteuse, et pas seulement de variétés. « Quelle tessiture ? » « Soprano léger » répondait-elle d’une voix de baryton-basse. Pour preuve, cette Veuve joyeuse de Lehar (La Voix de son maître – 1967, avec Michel Dens et Suzanne Lafaye) où elle chante Missia Palmieri en français avec l’accent anglais (une tradition oubliée). Ou bien La Vie parisienne d’Offenbach à la télévision (31 décembre 1967, DVD Editions Montparnasse) avec la Compagnie Renaud-Barrault, où elle succède à Suzy Delair dans le rôle "à voix" de Métella. Rien à voir donc avec Françoise Rosay – autre voix de mêlécasse autrefois lyrique – qui avait chanté Salammbô de Reyer et Thaïs de Massenet au Palais Garnier avant d’occuper durablement, au cinéma, les emplois de maîtresse femme. Encore que… En 1972, dans le dessin animé Tintin et le lac aux requins, elle prêtait sa voix à Bianca Castafiore.

François Lafon

Vidéo : Micheline Dax dans Vos gueules les mouettes de Robert Dhéry

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Tom Krause, un baryton très moderne lundi 09 decembre 2013 à 10h05

Disparition, à soixante-dix-neuf ans, du baryton finlandais Tom Krause. Un pensionnaire à plein temps de l’Opéra de Paris dirigé par Rolf Liebermann (1973-1980) : quand Gabriel Bacquier était pris ailleurs, il était le Comte dans Les Noces de Figaro ; quand José Van Dam n’était pas là, il chantait Figaro. Besoin d’un Amfortas (Parsifal) ? Tom Krause. D’un quadruple méchant des Contes d’Hoffmann dans la mise en scène de Patrice Chéreau ? Tom Krause encore. D’un Dandini dans La Cenerentola de Rossini ? Tom Krause toujours. Tard dans sa carrière, il a été appelé par Hugues Gall et Gerard Mortier, assistants de Liebermann devenus eux-mêmes patrons : Frère Bernard dans Saint François d’Assise d’Olivier Messiaen (1992) Titurel dans Parsifal (2001). Un « troupier », à l’ancienne, et pour cela un peu sous-estimé : un pis-aller presque. Mais aussi un pionnier, protéiforme, multi-styles, polyglotte, bon comédien. Sa carrière internationale et sa discographie en attestent : Strauss et Mozart avec Georg Solti, Les Noces de Figaro avec Karajan (Le Comte cette fois), Brahms avec Bernard Haitink. Thésaurisé par les collectionneurs : un récital Sibelius de premier ordre (Decca, réédité par Eloquence), comme pour rappeler que Tom Krause n’était en aucun cas un artiste de deuxième ordre.

François Lafon

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Domingo chez Verdi : retour à un âge d’or samedi 09 novembre 2013 à 09h32

Voici un coffret pour nostalgiques : au moment même où Plácido Domingo, dans sa nouvelle tessiture de baryton, sort un nouveau disque d’airs de Verdi, Sony réédite ces six opéras du compositeur (Luisa Miller, La Force du Destin, Aida, Otello, Le Trouvère, les Vêpres siciliennes), parus à l’origine chez CBS. C’était la grande époque de Domingo ténor verdien, et même de Domingo « le » ténor verdien tout court tant il était demandé dans cet emploi. Mais ce coffret ne réveille pas seulement l’admiration qu’on peut avoir pour le grand chanteur. Produits de la fin des années 1960 au début des années 1990, ces six opéras restituent un certain âge d’or de l’opéra enregistré. Il suffit d’entendre les premières mesures de cet Otello sous la baguette électrisante de James Levine pour comprendre tout ce qu’un enregistrement sur le vif (pour ne pas parler d’un DVD) ne peut plus nous offrir : une prise de son calibrée, une finition soignée qui invite aux écoutes répétées, une distribution (Renata Scotto en Desdemona et Sherril Milnes en Iago, excusez du peu) qui, dans le studio, donne le meilleur pour accompagner Domingo dans son rôle fétiche. Bref, du disque d’opéra comme un objet produit de A à Z par des maisons de disques qui pouvaient encore se permettre d’enfermer pendant des semaines entières chanteurs et orchestre pour un résultat aussi beau que possible. A l’époque des live recordings vite faits et autres captations diffusées sur Internet ou dans les cinémas, comment ne pas se sentir nostalgique ?

Pablo Galonce

Domingo, The Verdi Opera Collection. 15 CD Sony Classical

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Dietrich Fischer-Dieskau face caméra lundi 30 septembre 2013 à 11h14

Premier volume, chez EuroArts/Idéale Audience, d’une collection consacrée aux portraits et documentaires réalisés par Bruno Monsaingeon : Dietrich Fischer-Dieskau. Un coffret de six DVD ou Blu-ray dont le cinquième, Paroles ultimes, est un curieux objet cinématographique, dont le projet a effrayé (presque) tout le monde, y compris les grandes chaînes culturelles. Paroles donc, et ultimes, puisque cette autobiographie en un prologue et quinze scènes résultant de six heures d’interviews réalisées en 2008/2009 à Berg (Haute-Bavière) a été interrompue par la maladie et la mort du protagoniste. Pendant une heure et demie, face caméra, le chanteur se raconte, seul ou presque, les questions étant autant que possible coupées : enfance, guerre, débuts, scène, direction d'orchestre, disque, Lied, opéra, carrière, enseignement, Furtwängler, Kubelik, Karajan (très peu), Böhm, Julia Varady (qu’il épouse en 1977). Propos éclairants, pas toujours tendres (Furtwängler en prend pour son grade), conscience évidente d’être un cas unique, mais aucune autocongratulation. Seule incompréhension, partagée par de nombreux chanteurs : la mise en scène d’opéra contemporaine. Montage et idées alla Monsaingeon : voir DFD s’écouter lui-même chantant Schumann – paroles murmurées, œil heureux ou sourcils froncés - est en soi une leçon de chant. Cela pourrait être réservé aux fans et aux professionnels, c’est un document comme on aimerait en avoir sur nombre d’artistes et écrivains. A essayer sur ceux - jeunes et moins jeunes - pour qui Fischer-Dieskau n’est – au mieux - qu’un nom omniprésent sur ces objets d’un autre temps : les disques.

François Lafon

Coffret de 6 DVD ou Blu-ray, livre de 204 pages. EuroArts/Idéale Audience

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La diva et le self made man dimanche 14 juillet 2013 à 18h53

Manne pour la presse anglo-saxonne, traditionnellement plus « gossip » (ragots, commérages) que la nôtre : le divorce Roberto Alagna - Angela Gheorghiu. Dans The Independent (centre droit, public middle class), celle-ci accuse son ex-époux de violence conjugale. Réplique du Guardian (centre-gauche, public un peu plus upper class) : un article intitulé « Les assertions sérieuses d’Angela Gheorghiu ne devraient pas être prises au sérieux. » Communiqué du ténor sur Facebook : « Les accusations publiées dans un article récent paru dans The Independent et qui ont été largement reprises par ailleurs, sont sans fondement et diffamatoires. Désormais cette affaire est entre les mains des avocats. » Intéressant quand même de comparer les fact files (fiches d’information) accompagnant l’article de l’Independent :
Angela Gheorghiu, 47 ans, née à Adjud, Roumanie – Soprano - Etudes : Université Nationale de Musique de Bucarest - Débuts professionnels : Cluj-Napoca, Opéra National de Roumanie, 1990 - Débuts internationaux : Londres, Royal Opera House, 1992 - Récompenses : Artiste féminine de l’année, Classic Brit Awards, 2001, 2010 ; Officier de l’Ordre des Arts et Lettres ; Star of Romania.
Roberto Alagna, 50 ans, né en Seine-Saint-Denis, France – Ténor - Etudes : largement autodidacte, débuts dans des cabarets. - Débuts professionnels : Glyndebourne Opera Touring Company, 1988, après avoir remporté le Concours Luciano Pavarotti. - Récompenses : Laurence Olivier Award for Outstanding Achievement in Opera, 1995; Chevalier de la Légion d’Honneur, 2008.
L’artiste officielle et le self made man. Le(la)quel(le) croire, lorsqu’on est abonné à un journal centre droit middle class ?

François Lafon
 

Photos Roberto Alagna © JM Lubrano - Angela Gheorghiu © Cosmin Gogu

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Ravel mélodiste, enfer et balles coupées jeudi 24 janvier 2013 à 23h32

Dans le sillage de L’Enfant et les sortilèges au Palais Garnier, l’Atelier lyrique de l’Opéra explore « le monde de Ravel » à l’Amphithéâtre Bastille. Mélodies isolées, petits et grands cycles par huit voix et trois pianistes, avec, pour les Chansons madécasses, deux super-solistes de l’Orchestre, le flûtiste Frédéric Chatoux et le violoncelliste Aurélien Sabouret. Comme il n’y a pas de petit Ravel, les chanteurs sont sans cesse sur la corde raide. Voix ou diction ? Les deux, et ce n’est pas toujours évident. Pas possible non plus de se laisser aller à la musique ni de faire confiance au texte. Que le poème soit de Paul Morand, Mallarmé ou Tristan Klingsor, Ravel pratique la balle coupée, le contre-coup. Curieusement, ce sont les étrangers qui s’en tirent le mieux, tel le ténor portugais Joao Pedro Cabral, excellent diseur des pourtant redoutables Histoires naturelles de Jules Renard. Comme si les Français tombaient sans s’en apercevoir dans les pièges de l’art si français de Ravel.

François Lafon

Photo © DR

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