Schumann a, pendant de nombreuses années, étudié l’œuvre de Bach, et qu’il se soit longuement penché sur les complexités du contrepoint, les carnets de Clara Schumann en témoignent. Les trois œuvres contrapuntiques livrées en 1845 révèlent le dessein de Schumann – tout comme de Mendelssohn - de donner une vision romantique de l’orgue, et du contrepoint. Encore aujourd’hui sous-estimées, et peu jouées, elles sont surtout intrigantes. Ecrites pour l’orgue (Fugues sur le nom de Bach) ou pour un piano à pédalier (les Etudes et les Esquisses), elles jettent un pont entre l’univers pianistique et onirique de Schumann et un monde plus cérébral moins fréquenté. Navigant entre Florestan et Eusebius, l’interprète est confronté aux interrogations d’une grande liberté de registration, que Schumann ne détaille guère, et du respect des intentions du compositeur, qu’il n’a jamais vraiment précisées : il faut pour cela suivre Schumann dans ses travaux, ses réflexions éparses… Olivier Vernet réussit à faire face à ce défi, en partie technique et en partie subjectif, d’une réinterprétation incontournable des pages et des intentions de Schumann, ce qui n’est rien d’autre que nous faire partager la poésie d’un artiste alors en plein questionnement. Aussi à l’aise dans certaines pages résolument pianistiques (la très émouvante 5ème Etude) que d’autres proprement organistiques (les Fugues), il est servi par une prise de son proche de l’instrument, qui respecte les équilibres subtils des registres, des basses et des aigus. Cette interprétation à la fois sensible et intelligente rend justice à ces pages que Bach, s’il était revenu au XIXème siècle, aurait pu écrire.
Albéric Lagier
Robert Schumann
Etudes en forme de canon pour piano-pédalier op. 56 ; Esquisses pour piano-pédalier op. 58 ; Fugues sur le nom de Bach op. 60 Olivier Vernet (orgue) 1 CD Ligia Digital (2010) 1 h 01 min
mis en ligne le mardi 04 janvier 2011
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman, deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.