La Morra et Diabolus in musica chantent Johannes Ciconia
Johannes Ciconia
Opera omnia
Même si cette musique a déjà été enregistrée - la plupart du temps de façon confidentielle, il faut bien le dire -, son approche n’est pas des plus simples. Alors que faire ? Chercher à la comprendre ou se contenter de l’écouter ? Privilégier la raison ou l’émotion ? La question n’est pas originale, mais là, elle est aiguë. Petit manuel simplifié d’exploration musico-médiévale. Solution 1 - Commencer par se plonger dans les encyclopédies et les bouquins spécialisés, découvrir qu’à Liège, des Johannes Ciconia, il y en a eu deux, le père et le fils, que le plus jeune est allé jusqu’à Venise et Padoue et qu’il a fait preuve d’invention dès la fin du XIVème siècle en liant l’Ars Nova franco-flamand et les madrigaux italiens. Ecouter ensuite cet album, tendre l’oreille pour repérer jeu sur les rythmes et dissonances, équilibre des voix et polyphonies timides. Solution 2 – Commencer par s’immerger dans cet enregistrement, se dépouiller de tout a priori et de toute connaissance préalable, se laisser porter, se laisser envahir, découvrir des sonorités inouïes avec des aigus en apesanteur, des mélodies qui bousculent les habitudes avec grâce et subtilité. Imaginer ensuite la « naissance » de cette musique, le travail sur les manuscrits et sur les voix qui permet d’arriver à une telle excellence, à cette manière étonnante de distiller une musique à la portée de tous pour peu qu’on ait une curiosité artistique normalement développée. Alors ? Solution 1 ? Solution 2 ? Qu’importe. Il ne faudrait pas passer à côté.
Gérard Pangon
Musique profane : madrigaux ; canons – Musique sacrée : motets et mouvements de messes La Morra – Diabolus in musica Direction musicale : Corina Marti et Michael Gondko (La Morra) ; Antoine Guerber (Diabolus in musica) 2 CD Ricercar RIC 316 2 h 38 min
mis en ligne le samedi 27 aout 2011
De A comme Albéniz à Z comme Zimerman, deux ou trois choses et quelques CD pour connaître.