C'est hors-les-murs, au nouveau théâtre Jules-Julien, que le Capitole de Toulouse donne un West Side Story un peu spécial : les dialogues, très condensés, sont en français et les airs en anglais. Ce sont de jeunes collégiens et lycéens qui ont monté ce spectacle sous la direction de professionnels, dans un projet pédagogique en partenariat avec le Rectorat de l'académie de Toulouse. Le résultat est intéressant et révélateur de ce qui est en jeu dans l'écriture de l'histoire au delà des faits et de la matière brute. Réécrire, pour l'histoire, signifie d'abord montrer comment des faits s'insèrent dans une logique ou une constante. West Side Story honore cette dimension : l'affrontement des clans est souvent l'origine des tragédies d'amour. Roméo et Juliette de Shakespeare, le West Side Story original et la transposition qu'en propose le Capitole sont les variantes d'une même donnée. L'histoire a aussi une visée éducative. En mettant à découvert les mécanismes dont résulte la violence des cités, elle les dénonce et suscite, en réaction, plus de civisme. Les jeunes, qui ont, dans cette aventure, rencontré de plain-pied les actions et les acteurs de leur vie en Haute-Garonne, ont ainsi pu étalonner de manière pratique leur propre civisme. Le témoignage de certains d'entre eux, rapporté dans le livret, l'atteste : « On a appris beaucoup de choses et de la discipline » , « cela m'a permis de rencontrer des gens avec qui je n'aurais jamais parlé. » L'histoire est encore un des lieux où la culture peut s'exprimer, l'art se déployer. En rapportant une histoire qui pourrait être la leur, les jeunes ont appris à chanter, à danser et à se produire sur scène. Ils ont découvert que l'art n'est pas le privilège d'un petit nombre. Ils ont compris que le travail (ils ont répété pendant un an) était le maître mot du génie. On le constate à la défaveur des deux professionnels qui tiennent le rôle de Maria (Maria Failla) et Tony (Corey Johnson), et dont la prestation est peu concluante. Ce n'est pas pour des raisons musicales que ce spectacle se donne à guichets fermés (l'orchestre, sous la direction de Scot Alan Prouty, est à peine à la hauteur). Il y a bien sûr les parents qui sont venus encourager leurs enfants. Mais il y a encore tout un public qui pressent que l'éducation passe par la culture et que celle-ci peut nous apprendre à écrire notre propre histoire de manière plus heureuse.
Katchi Sinna
West Side Story (basé sur le livret de Arthur Laurents, la musique de Leonard Bernstein et la chorégraphie de Jerome Robbins), au Théâtre Jules-Julien, Toulouse, jusqu'au 26 juin (05 61 25 79 92).
Crédit photo : Patrice Nin |