« Thamos, roi d’Egypte : déjà les promesses magnifiques de La Flûte enchantée », peut-on lire dans le programme du festival de Saint-Denis. Peut-être, mais il faut vraiment savoir, pour faire le rapport, que ces chœurs et entractes instrumentaux sont destinés à illustrer une pièce oubliée, où Thamos (Tamino) et Sethos (Sarastro) ont des ennuis avec une Reine de la nuit nommée Mirza. Comme Thamos ne dure que trois quarts d’heure, le chef Jérémie Rhorer, très à son affaire avec son Cercle de l’Harmonie et l’excellent chœur Les Eléments, le fait précéder de l’ouverture de La Flûte enchantée (pourquoi s’en priver ?) et de la Symphonie n° 31 « Paris », mais surtout d’une Sortie d’Egypte pour solistes, chœurs et orchestre d’un contemporain franco-allemand de Mozart, Henri-Joseph Rigel. L’effet est intrigant : après cette pièce descriptive et suggestive (on croit voir s’ouvrir la Mer Rouge), Thamos, réduit à sa seule musique, est un monument d’abstraction, et pourtant il permet bien davantage à l’auditeur de se faire son propre théâtre. On nous dira que le théâtre selon Mozart échappe à l’anecdote, et que c’est cela qui fait son génie. Le rapprochement des deux œuvres en donne une preuve supplémentaire.
François Lafon
Le concert est repris au festival de Beaune, Cour des Hospices, le 3 juillet à 21h. |