Concerts & dépendances Côté salle et côté scène avec les musiciens
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Attention, fragile ! Chaque fois que l'on mettait les pieds à l'Opéra Royal du château de Versailles, on nous rappelait que cette bonbonnière géante était tout en bois, et que la moindre surcharge faisait encourir le pire à une machinerie qui relevait de la pièce de musée. On s'en voulait presque, en assistant aux Grandes Journées annuelles de Centre de Musique Baroque, de contribuer à la dégradation d'un des plus précieux joyaux du patrimoine national. Eh bien, tout cela est terminé. Au terme de trois années de travaux, le chef-d'oeuvre de Gabriel (1770) est devenu un théâtre comme les autres. La programmation, vantée par Jean-Jacques Aillagon, directeur de l'Etablissement public de Versailles, en fait foi : on y verra la Trilogie de Mozart et Da Ponte, la chorégraphie imaginée par le danseur Joan Cruz de Garaio Esnaola sur Les Quatre Saisons de Vivaldi (déjà disponible en DVD chez Harmonia Mundi), Le Bourgeois Gentilhomme dans la version archéologique de Benjamin Lazar et Vincent Dumestre, Le Malade imaginaire avec Michel Bouquet, qui a fait les beaux soirs du Théâtre de la Porte Saint Martin la saison dernière, et même un récital de la chanteuse Camille. Une MJC en talons rouges, en somme, recyclant des spectacles déjà vus. Le bel endormi subit désormais la loi commune des théâtres : comme un violon, il s'abîmera si l'on ne s'en sert pas. La magie y survivra-t-elle ? |
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Tiens, un centre commercial. Tiens, mais c'est La Bohème. La Bohème dans un centre commercial ? Mardi 29 septembre, Arte nous offre, en direct de Bâle, l'opéra de Puccini dans une version démocratique. Les chanteurs, munis d'un micro HD et reliés à l'orchestre par écouteur, évoluent comme tout un chacun, sauf qu'ils sont en costumes 1900, ce qui fait bizarre quand ils se retrouvent au MacDo pour fêter Noël. L'expérience - qui a l'air a priori moins incongrue que celle de La Traviata à la gare de Zürich tentée par Arte l'année dernière – serait presque réussie si Rodolphe chantait juste et Mimi en mesure (problèmes de micros, certainement).

Mais voilà que la chanteuse chargée du rôle de Musette fend la foule et se livre, tout en détaillant sa « Valse », à une démonstration exhaustive de tout ce qu'il ne faut plus faire à l'opéra : œillades appuyées, coups de rein aguicheurs, pâmoisons dans les bras des messieurs mûrs qui se trouvent là. On dirait que cette Bohème ne descend dans la rue que pour convaincre le bon peuple que l'opéra, ce n'est pour lui. Au moins ledit peuple (des figurants, peut-être) a-t-il gentillesse de ne pas siffler, ce que le public huppé n'aurait pas manqué de faire (quoique…). Les téléspectateurs, eux, sont conviés à visionner le spectacle sur Internet, en confectionnant eux-mêmes leur montage. Sitôt dit, sitôt fait : en lieu et place de Mimi toussant sur un parking, la contemplation du pont d'autoroute surplombant le décor donne à tout cela un petit côté Marguerite Duras. Détruire l'opéra, dit-elle ... |
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Un beau dimanche de septembre. Terrasses bondées, promeneurs béats. La salle Pleyel est bondée, elle aussi. L'effet soleil n'agit pas sur les concerophages. Au programme, Valéry Gergiev et le London Symphony Orchestra. La machine orchestrale est huilée, La Mer de Debussy huileuse. A l'entracte, un confrère résume la situation : voilà une Mer karajanesque. Traduction : cela coule davantage que cela ne scintille. Seconde partie : la 8ème Symphonie de Chostakovitch. Crescendos énormes, ostinatos déments, coups de cymbales comme dans L'Homme qui en savait trop (l'attentat en moins). Le même confrère à la sortie : « cette fois, c'était bernsteinien ». Entre soi, on se comprend. Tu te rappelles, Karajan et Bernstein (pas ensemble, ils se détestaient) ici même ? C'était le bon temps. Le fils du confrère met le holà : « Moi, je n'y étais pas. Herr von K. et Mr B., je ne les connais que sur disque, et ça ne fait pas le même effet ». Lui aussi a trouvé la Mer huileuse et sunserround la Symphonie de Chostakovitch, lui aussi est impressionné par l'orchestre. Son père a le dernier mot : « le problème avec les jeunes, c'est qu'ils manquent de références ». |
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A quoi sert la série Musique en images, créée en il y a vingt ans par Christian Labrande, à l'Auditorium du Musée de Louvre, maintenant que l'on trouve à peu près tout en DVD ou, mieux encore, sur Internet ? Peut-être à classer ce qui ailleurs est inclassable, à retrouver l'impression de rareté qui fait les délices de l'amateur, le tout sur un écran de cinéma, un grand écran qui vous domine, comme dirait Jean-Luc Godard, et non une télévision posée par terre. Pour "Fortune de Gustav Mahler", du 19 au 27 septembre, Henry-Louis de La Grange, pour qui l'auteur du Chant de la Terre n'a pas de secrets, a retrouvé des documents incroyables : une interview d'Anna Mahler réglant ses comptes avec sa mère Alma, Glenn Gould accompagnant la monumentale contralto Maureen Forrester, Maurice Béjart faisant travailler à Jorge Donn sa chorégraphie de la 5ème Symphonie, et même, clin d'œil réservé aux happy few, Willem Mengelberg dirigeant en 1931 l'Adagietto de L'Arlésienne de Bizet, dont Mahler s'est inspiré pour l'Adagietto de ladite 5ème. Le reste est à peine moins alléchant. |
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