Vendredi 18 mai 2012
Concerts & dépendances
Côté salle et côté scène avec les musiciens
Rolf Liebermann, la légende dorée vendredi 24 decembre 2010 à 09h43

Sur la façade ouest (en travaux) du Palais Garnier, une immense photo de Rolf Liebermann. L’exposition du centenaire, à la Bibliothèque-musée, est à la hauteur de ce « directeur de la dernière chance », qui en sept ans (1973-1980) a fait d’une maison en ruines un palais des merveilles. Ceux qui disent « J’y étais » y retrouvent ceux qui soupirent « J’aurais voulu y être », et tous célèbrent ensemble la Fête de la fédération. L’exposition ne passe pourtant pas sous silence les difficultés rencontrées par celui que des campagnes douteuses qualifiaient de Juif allemand. D’une cimaise à l’autre, on rêve aux moments de grâce (Les Noces de Figaro « de » Strehler, Lulu par Chéreau et Boulez, Faust décapé par Jorge Lavelli), et l’on s’attarde moins sur les spectacles ratés, où l’on ne perdait pourtant pas toujours son temps : Nicolaï Gedda en Orphée de Gluck, malgré la mise en scène (signée René Clair) et la chorégraphie (de Balanchine) ; la création in loco du Moïse et Aaron de Schoenberg, fût-ce en français et avec un Moïse essoufflé (le comédien Raymond Gérôme), Shirley Verrett en transes, même dans un Trouvère sans grâce, le duo Jon Vickers - Gwyneth Jones, bien peu baroqueux mais grandiose dans Le Couronnement de Poppée, sont aussi des grands souvenirs. Que reste-t-il de tout cela, hormis les documents exposés ? Liebermann croyait en l’opéra filmé, mais les spectacles diffusés à la télévision (Les Contes d’Hoffmann et Lulu par Chéreau, Faust et Oedipus Rex par Lavelli, Le Chevalier à la rose avec Christa Ludwig, la reprise des Noces de Figaro en 1980) sont introuvables. Seul témoignage disponible en DVD : le Don Giovanni réalisé par Joseph Losey, prototype du « filmopéra », en play-back et décors naturels. N’empêche : vécue ou fantasmée, l’ère Liebermann, comme les années De Gaulle, est un fleuron intouchable de la légende collective. Le catalogue de l’exposition est particulièrement soigné : textes clairs, photos nombreuses (et rares, pour certaines), maquettes, distributions complètes (y compris les reprises). Un cadeau de Noël tout trouvé.


François Lafon

Exposition L’ère Liebermann à l’Opéra de Paris. Bibliothèque-Musée de l’Opéra, Palais Garnier, angle rues Auber et Scribe. Tous les jours de 10h à 17h, jusqu’au 13 mars 2011. Catalogue aux éditions Gourcuff Gradenigo (49 euros).

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