Dans un orchestre, le premier violon passe aux autres instruments le « la » du hautbois. C’est en même temps sur lui que s’appuient les différents pupitres pour suivre le chef. Le premier violon est, d’une certaine manière, un chef : concertmaster – konzertmeister disent les Anglosaxons. Le rôle du chef d’orchestre, quant à lui, est de veiller au caractère symphonique de l’exécution, c'est-à-dire à ce qu’elle ne tourne pas à la cacophonie ! A Pleyel, jeudi 3, dans le Cinquième Concerto de Beethoven, le pianiste roumain Radu Lupu ne s’est pas contenté de donner la réplique à l’orchestre qui dialoguait avec lui sous la baguette du chef Paavo Järvi. Il l’a aussi brillamment dirigé. D’abord par ses mimiques à l’attention des autres musiciens, ses coups d’œil, ses gestes furtifs de la main gauche, mais aussi en suscitant l’inventivité de tous par une interprétation vraiment personnelle, et pourtant jamais en marge de la partition. De la salle, on se délectait de voir les musiciens intéressés, pris au jeu, se laisser emmener comme pour une ultime découverte de ce concerto rebattu. Radu Lupu fait tout cela en gardant sa place, sans ravir son rôle légitime à Paavo Järvi qui dirigeait l’orchestre avec sa compétence habituelle, c'est-à-dire avec l’autorité naturelle d’un vrai chef. De la première à la dernière note, on se sentait en présence d’un maître dans l’art de faire sonner son piano et de le faire résonner avec tout l’orchestre. Et cette version du Cinquième concerto restera une référence.
Katchi Sinna
Paris, Salle Pleyel, le 3 juin |