A Pleyel : « Pierre Boulez, un certain parcours ». Après le livre, les concerts anniversaire (Boulez a quatre-vingt-cinq ans), avec l’Orchestre de Paris et l’Ensemble Intercontemporain. Le premier, jeudi 27 mai, visite le panthéon boulézien : Messiaen, Bartok, Stravinsky, Berg, Debussy, Ravel, Webern, Varèse. Le second, le lendemain, parcourt « une autre génération », puis pose la question « Et maintenant ? ». L’autre génération, c’est celle de Boulez : Berio, Carter, Donatoni, Stockhausen, Ligeti, Kurtag et lui-même. Les pièces ou extraits durent en moyenne six minutes. Mais comme chacune est destinée à un ensemble différent, du piano solo au grand orchestre, les changements de plateau durent deux fois plus longtemps que la musique. Le public, conquis d’avance, patiente. Même jeu après l’entracte pour « Et maintenant ?» : huit minutes de déménagements entre Distances de Jean-Baptiste Robin (pour orchestre de chambre) et Virga de Helen Grime (pour grande formation). Avant Concertate il suono de Marc-André Dalbavie (pour orchestre géant « éclaté »), Jean-Pierre Derrien, de France Musique, interviewe Boulez et Dalbavie. Sujet : l’inadéquation des salles traditionnelles à la géométrie variable requise par la musique de notre temps, un des chevaux de bataille favoris de Boulez. « Si la salle Pleyel était équipée d’un plateau tournant, il n’y aurait plus de problème », conclut celui-ci, tandis que Dalbavie enchaîne sur l’impossibilité de spatialiser correctement sa musique. Est-à dire que le concert a été conçu comme une démonstration de ces difficultés ? Dirigées avec un mélange de science et de flamme qui rend Boulez-chef inimitable, chacune des œuvres s’est retrouvée comme surexposée. Le choix est judicieux, le programme équilibré. Deux pièces, pourtant, font oublier les autres : le 3ème mouvement du Kammerkonzert de Ligeti et Notation II de… Boulez, cette dernière œuvre étant d’ailleurs bissée par son auteur. Là aussi, la démonstration est cruelle, mais elle est plus noble.
François Lafon |