Frustration du critique : avoir envie de s’enthousiasmer, et ne pas y arriver. Ce soir : quatre-cent-cinquantième représentation de Pelléas et Mélisande à l’Opéra Comique, deuxième de la nouvelle présentation signée Stéphane Braunschweig (mise en scène) et John Eliot Gardiner (direction). Tout se passe comme dans un rêve, c'est-à-dire comme le voulait Debussy. L’orchestre (le « Révolutionnaire et Romantique ») est transparent, expressif, descriptif quand il le faut, mystérieux quand le chef le veut. Les voix se promènent dans cette forêt sonore sans jamais « faire opéra » : on ne perd pas un mot, pas un souffle. La mise en scène est minimale, desservie par des éléments de décor sortis de La Psychanalyse pour les nuls (le phare planté dans le cratère de la fontaine !), mais pertinente dans la mise en avant de l’amour fou qui fait de Pelléas et de Mélisande des petits frères des ados découvrant la vie dans L’Eveil du printemps de Wedekind. L’ouvrage, en plus, est dans son jus, sur le plateau exigu de cette salle Favart qui n’a pas dû beaucoup changer depuis ce soir de 1902 où, comme l’a raconté Mary Garden (la première Mélisande) : « Nous jouions un drame poétique et le public gloussait comme aux Folies-Bergère ». Aujourd’hui, on ne glousse plus à Pelléas, mais on peut s’y ennuyer. Ce n’est pas le cas, loin de là. Alors ? Il y a un quart de siècle, à l’Opéra de Lyon, Gardiner a dirigé un autre Pelléas de rêve, mis en scène par Pierre Strosser. Celui-là est entré dans l’histoire. Et celui-ci ? Pour l’orchestre, certainement, ce qui n’est déjà pas mal.
François Lafon
A l’Opéra Comique, Paris, les 18, 22, 24, 27, 29 juin.
Diffusé en direct par Mezzo le 24 juin, et rediffusé les 2 et 9 juillet.
Crédit photo : Elisabeth Carecchio |