Prima la musica, poi le parole, à moins que ce ne soit le contraire. Il va y a voir quatre siècles que la question se pose. Strauss en a même fait le sujet d’un opéra (Capriccio). Bohuslav Martinu, dans son opéra comique Mirandolina, traite le sujet avec finesse, mais ne résout pas davantage le problème. Alors qu’il séjourne à Nice, en 1954, il relit La Locandiera de Goldoni - l’histoire d’une aubergiste qui tourne la tête des messieurs nobles mais épousera un garçon de son milieu. Il en élague le texte et le met en musique. Apparemment, il retourne la formule : Prime le parole, poi la musica. On ne perd pas un mot du dialogue, qui est en soi un petit chef-d’oeuvre. Mais il y a l’orchestre, qui ne fait pas que soutenir ce parlando léger et élégant, et qui accumule finesses harmoniques et complexités rythmiques, sous prétexte de clins d’œil à l’opéra baroque. On y repère même des leitmotives baladeurs et autonomes, lesquels ne prennent plus la peine de servir, comme chez Wagner, de poteaux indicateurs psychologico-dramaturgiques. Alors ? En écoutant un disque (il y en a un, enregistré au festival de Wexford, en Angleterre) ou en suivant sur la partition, on peut faire comme l’héroïne de Capriccio : ne pas choisir. Au théâtre, on a bien sûr tendance à suivre l’action, et à ne retenir de l’orchestre que le rythme d’ensemble, qui va bon train. L’ouvrage fonctionne, en tout cas, comme le prouve le spectacle monté sans fioritures par Stephen Taylor, et donné à Bobigny par l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris. C’est un bon exercice pour les étudiants de haut niveau de l’Atelier et de l’Orchestre Ostinato : une mesure pour rien et tout s’écroule. Mais alors pourquoi Mirandolina est-il tombé dans l’oubli ? Peut-être parce que les opéras qui font carrière sont justement ceux qui occultent, au lieu de la mettre en lumière, la question primordiale.
François Lafon
A la MC 93, Bobigny, les 28 et 30 juin à 20h.
Crédit photo : Opéra national de Paris / Mirco Magliocca
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