Concerts & dépendances Côté salle et côté scène avec les musiciens
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La Renaissance est leur royaume, mais à chacun sa spécialité : la musique vocale pour l’ensemble Clément Janequin de Dominique Visse, les instruments à vent pour Les Sacqueboutiers de Toulouse de Jean-Pierre Canihac. Pour les réunir, ce concert des Rencontres des Musiques Anciennes de Blagnac : autour de Rabelais, des extraits de Gargantua offrent un canevas aux musiques de Clément Janequin, Lassus ou Sermisy. Pour Dominique Visse et ses acolytes, rien de nouveau, c’est le répertoire qu’ils cultivent depuis leur création. La nouveauté ici c’est justement qu’ils sont rejoints par les instruments des Sacqueboutiers, un cornet à bouquin, une chalémie (l’ancêtre du hautbois), une saqueboute (grand-père du trombone), un basson, plus une organiste/claveciniste et un percussionniste.
Sur la scène, les musiciens des Sacqueboutiers, tout de noir habillés, sont derrière les cinq chanteurs des Clément Janequin, vêtus, eux, d’un simple habit de moine, pieds nus. Un comédien, habillé, lui, comme le fou du Roi, est chargé de lire les textes. C’est un mélange inattendu : au XVIè siècle, les « hauts » instruments à vent sont utilisés pour accompagner la musique des offices ou les grands occasions, pas pour mettre de la couleur dans les chansons polyphoniques. Tout ceci est parfaitement « inauthentique » mais musicalement complètement réussi. Grâce a ces subtiles combinaisons entre voix et instruments, ce concert-lecture est bien plus qu’une simple farce gargantuesque (même si on rit beaucoup) une vraie découverte musicale. On découvre que les quatre instruments « hauts » ne servent pas uniquement à donner de la voix, mais qu’ils sont aussi capables de chanter, de chuchoter, de caresser. Comme soutien des voix, ils savent se fondre dans le style si particulier des Janequin et trouver même une dimension comique dans leur jeu. Pour chaque page, un accompagnement sur mesure, sauf pour la Chasse de Janequin où aucun instrument peut rivaliser avec le génie des Janequin pour traduire ce festival d’onomatopées et d’effets spéciaux.
Pablo Galonce
Blagnac, le 21 mars. www.odyssud.com
Crédit photo : (c) Patrice Nin
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Quand il joue du piano, Jean-Efflam Bavouzet ne se la joue pas. C’est l’impression que l’on a en sortant du Théâtre de la Ville, où il vient de donner un récital à haut risque. Au programme, trois morceaux de bravoure que n’aurait pas désavoués Sviatoslav Richter : la 31ème Sonate de Haydn, un de ces chefs-d’œuvre qui - comme le disait Richter - n’a l’air de rien mais va tellement plus loin que les pièces pour clavier de Mozart, Gaspard de la Nuit de Ravel et la redoutable 6ème Sonate de Prokofiev, créée sous les doigts d’acier du compositeur et défendue par … Richter, qui y déployait son écrasante virtuosité. Bavouzet, lui, intrigue son public avec Haydn, le terrifie avec Ravel et l’anéantit avec Prokofiev. La salle, bondée, en redemande, et a droit en bis à Reflets dans l’eau de Debussy (alors que Prokofiev, rappelle l’artiste, ne sauvait que Ravel parmi les musiciens français) et à la Toccata de Massenet (mais oui, trois minutes qui en disent plus que Manon tout entier). Le pianiste n’a pas exactement les moyens d’un Richter, mais chaque son qu’il produit respire l’intelligence, la culture, l’humour aussi. Inexplicable, mais évident. On en oublie même la sonorité ingrate du Yamaha (tiens, comme Richter) qu’il a choisi. Comme il ne se la joue pas, mais prend tous les risques et nous entraîne sur son manège fou, il nous console de toutes les vessies médiatiques que l’industrie musicale tente de nous faire prendre pour les lanternes salvatrices.
François Lafon |
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« Quand l’amour va, tout va », ce qui n’est pas le cas à Lyon entre le directeur administratif de l’Orchestre National, Laurent Langlois, et son directeur musical, Jun Märkl. On a d’abord cru qu’il s’agissait d’un choc de personnalités, de la rencontre explosive d’un maestro jaloux de ses prérogatives (son arrivée à la tête de l’Orchestre ne s’était pas passée sans remous) avec un patron engagé par la mairie pour dépoussiérer l’institution. Venu de Rouen, Laurent Langlois s’est notamment fait un nom en conférant au festival Octobre en Normandie une aura iconoclaste qui n’était pas pour déplaire aux édiles locaux et nationaux. A Lyon, il a été accueilli comme le Grand Méchant Loup, et s’est apparemment ingénié à mériter ce titre, en imposant ses hommes, en ne regardant pas à la dépense, en faisant passer ses réformes à la hussarde au lieu d’optimiser les forces en présence. Lyon Capitale.fr précise que si le contrat de Jun Märkl est consultable sur Internet, celui de Laurent Langlois ne l’est pas. Ambiance.Dernier chapitre en date de la guerre des nerfs : l’engagement d’une directrice de la Communication derrière le dos de Märkl, lequel n’a déjà pas apprécié que sa photo sur le programme de la saison prochaine soit remplacée par … la tête de Guignol. Résultat : dépôt d’un recours devant le Tribunal administratif. Bon, ce n’est pas la première fois qu’une bataille de chefs pourrit la vie d’une institution : on se rappelle celle qui a opposé Hugues Gall et Myung-Whun Chung à l’Opéra de Paris, et qui s’est terminée (assez rapidement, heureusement) par le départ du second. Ce sera le cas à Lyon, puisque Märkl n’a pas renouvelé son contrat, qui se termine fin 2011. En attendant, les habitants du quartier de La Part-Dieu vérifient chaque matin si l’Auditorium est toujours debout. On se demande ce que le chef américain Leonard Slatkin, qui avait été approché avant l’arrivée de Langlois pour prendre les rênes de l’Orchestre, pense de tout cela. |
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Création parisienne de Faust, à l'Opéra. Faust, une création ? Oui, celui de Philippe Fénelon, un des derniers en date, après ceux de Pascal Dusapin (Faustus, the last night) et de John Adams (Doctor Atomic). Gounod et Berlioz sont bien loin. Il ne s'agit pas d'une vraie création, puisque l'œuvre a déjà été donnée en 2007 au Capitole de Toulouse. Est-ce pour cela qu'on n'en parle pas beaucoup ? Pas seulement, bien sûr. Ce Faust, inspiré de Lenau et non de Goethe, est un grand morceau de poésie philosophique, dont Fénelon a fait une sorte d'oratorio en sept tableaux, un prologue et un épilogue, paré d'une musique truffée de références et de citations, et illustré par une mise en scène spectaculaire mais glacée du scénographe Pet Halmen, qui en accentue le côté rituel. C'est-à-dire qu'on n'est pas là pour s'amuser, mais au moins pour réfléchir, en tout cas pour faire appel à toute la culture philosophique dont on dispose. Toujours le même paradoxe : pour offrir à l'opéra un hypothétique avenir, on tente de l'exorciser, de le rendre digne de le faire coexister avec la musique « pure ». Alors que faire ? Obliger Dusapin et Fénelon à composer comme Andrew Lloyd Weber, voire à faire des « à la manière de » Puccini ? « Ridicule ! », direz-vous (et vous aurez raison de le dire). Fénelon est un passionné d'opéra, il a écrit des textes éclairants sur les chefs-d'œuvre du répertoire (Histoires d'opéras – Actes Sud, 2007). Alors pourquoi son Faust est-il si raide, si pompeux, si conforme au « Je t'aime, moi non plus » dont le genre souffre depuis un demi-siècle ? Est-ce parce qu'à la création de son Salammbô tiré de Flaubert, en 1998 à l'Opéra Bastille, il a été qualifié de Saint-Saëns du XXème siècle ? Quand verra-t-on un ouvrage nouveau créer l'événement, et ne pas être soupçonné de répondre seulement à une obligation du cahier des charges ?
Crédit photo : Opéra national de Paris/ Mirco Magliocca
Faust de Philippe Fénelon. Mise en scène et décors : Pet Halmen. Direction musicale : Bernhard Kontarsky- A l'Opéra de Paris, Palais Garnier, les 20, 23, 29 et 31 mars. |
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C'est pas juste ! Comme la beauté, qu'on a ou qu'on n'a pas, comme la personnalité de la voix, pour un chanteur ou un acteur. Pas facile, au piano d'aller au-delà du timbre de l'instrument, et pourtant Nicholas Angelich a un son bien à lui. Au Théâtre des Champs-Elysées, samedi, il a commencé par la 12ème Sonate « Marche Funèbre » de Beethoven. Le Steinway était bizarrement réglé, le mécanisme faisait du bruit dans l'aigu, et le pianiste se chauffait pour l'opus 111, la dernière sonate de Beethoven, une de ces musique qui ont l'air de contenir toutes les autres, passées et à venir. Eh bien, tout de suite le son était là, personnel, reconnaissable du haut en bas du clavier. Dans les passages fous de l'opus 111, les doigts couraient (pas une fausse note !), sans jamais perdre le timbre. Ce n'est pas si fréquent, même chez les plus célèbres. Après l'entracte, Rachmaninov : deux Préludes, les neuf Etudes-Tableaux op. 39. Angelich est chez lui : études (les doigts courent, les mains se croisent) + tableaux (on croit voir la musique). Cette musique de pianiste devient de la musique tout court. Encore une fois, le son a une présence qui n'est à nul autre, il fait oublier la sécheresse de l'acoustique du TCE, comme à l'opéra, où l'on peut faire carrière sur la magie d'un timbre (Pavarotti en est la preuve). Cela ne veut pas dire que Nicholas Angelich n'ait pas d'autres qualités. Ce samedi, son Beethoven était un peu distant. Bon. En bis, il a joué Chopin et Schumann - clin d'œil aux bicentenaires de l'année. Ce son dans la première des Scènes d'enfants ! Encore ? Eh oui, on n'en sort pas. |
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Gustavo Dudamel change d'impresario. Pour les gazettes et le public, ça ne vaut pas les détournements de fond au festival de Pâques de Salzbourg, ni même le transfert de Lang Lang chez Sony pour la modique somme de trois millions de dollars. Et pourtant… « Dude », comme on l'appelle outre-Atlantique, quitte l'agence britannique Askonas Holt pour suivre Stephen Wright, lui-même dissident de l'agence en question, dans sa nouvelle écurie Van Walsum Management. Scénario classique. Oui, mais autour, les gros poissons s'agitent. Simon Rattle, locomotive d'Askonas Holt et parrain de Dudamel dans le métier, a tout fait pour le retenir ; Deutsche Grammophon, sa maison de disques, l'aurait bien vu intégrer sa propre agence, dirigée par des transfuges de la multinationale IMG Artists. Dude a résisté. Dans sa corbeille de mariage, il apporte le Philharmonique de Los Angeles, le Symphonique de Göteborg et l'Orchestre des Jeunes Simon Bolivar : trois continents pour un seul homme. Du coup, Van Walsum Managment devient l'agence où il faut être. Kazushi Ono, directeur musical de l'Opéra de Lyon et ex-artiste IMG, y est déjà, le hautboïste François Leleux et le chef François-Xavier Roth aussi, mais on annonce des stars, et de première grandeur. Moralité : Dudamel n'est pas un garçon influençable. Conclusion : si vous ne voyez plus le nom de Dudamel à l'affiche du Philharmonique de Berlin (l'orchestre de Rattle), ne vous étonnez pas. Si Kazushi Ono dirige à Los Angeles, ne vous étonnez pas non plus. Si Dude change de maison de disques (idem)… Souvent l'on s'étonne de voir tel artiste faire équipe avec tel autre, ou ne plus travailler avec son partenaire de toujours. Les amateurs de football le savent : un transfert n'est pas qu'une affaire de gros sous. |
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Trois dates dans la carrière du ténor britannique Philip Langridge. En juillet 1982, au festival d'Aix-en-Provence, il tient le rôle principal dans Les Boréades de Jean-Philippe Rameau. L'événement fait un certain bruit, l'ouvrage ayant dû attendre deux-cent-dix-huit ans pour être représenté. En juin 1985, il est Ottavio dans Don Giovanni, monté par Jean-Pierre Ponnelle dans le cadre du festival Mozart lancé par Daniel Barenboim au Théâtre des Champs-Elysées. En 1994 enfin, il chante Peter Grimes de Benjamin Britten à l'English National Opera dans une mise en scène à la pointe sèche de Tim Albery. Grand style français, discipline mozartienne, tradition anglaise. Dans Les Boréades, il indique la voie aux ténors aigus qui vont lui succéder dans ce répertoire enfin redécouvert. Dans Don Giovanni, il fait d'Ottavio, que l'on montre généralement en porte-traîne de Donna Anna, un double chevaleresque du Grand Seigneur méchant homme. Dans Peter Grimes, il mêle l'ambiguïté de Peter Pears, le créateur du rôle, et la violence de Jon Vickers, le « recréateur » de ce marin qui pourrait bien être un assassin. Philip Langridge est mort à soixante-et-onze ans, le 5 mars, d'un cancer fulgurant. A Noël, il était encore sur la scène du Metropolitan Opera de New York, en Sorcière mangeuse d'enfants dans Hänsel et Gretel d'Humperdinck. Il aura décidément tout chanté, et bien.

Pour le voir et l'entendre :
Britten : Peter Grimes - 1 DVD Arthaus Musik – Rameau : Les Boréades - 3 CD Erato |
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La malédiction du Nibelung serait-elle conjurée à l'Opéra de Paris ? Depuis 1957, impossible d'y donner les quatre volets de La Tétralogie. La dernière fois, en 1976, l'entreprise n'était pas allée plus loin que La Walkyrie, laissant exsangues des pointures telles que Georg Solti, Peter Stein et Klaus Michael Grüber (censés monter deux opéras chacun). Pourquoi s'obstiner, puisqu'on en a vu depuis des cycles complets au Théâtre des Champs-Elysées (en concert et sur scène), au Châtelet (par deux fois) et, récemment, au festival d'Aix ? Tout simplement parce qu'une maison qui ne vient pas à bout de ce monument qui est à l'opéra ce que Le Soulier de satin est au théâtre est suspectée de ne pas être bien tenue. Aujourd'hui donc, L'Or du Rhin. La Walkyrie suivra fin mai, et les deux autres « journées » la saison prochaine. Dans la fosse : Philippe Jordan, pour ses débuts de directeur musical. Sur le plateau, la mise en scène de Günter Krämer, gloire du théâtre en Allemagne. Gros succès à la première, jeudi 4 mars. L'orchestre est allant et précis : Jordan a dû écouter son père Armin, chef wagnérien de type « méditerranéen ». Les chanteurs sont à la hauteur, avec l'Anglais Kim Begley en Dieu du feu façon Fratellini, et une incroyable contralto chinoise, Qiu Lin Zhang, en Terre Mère aux allures de Sissi Impératrice. Car Krämer mélange les genres et brouille les codes. Pour nous montrer que le monde des dieux et des géants est un univers impitoyable, il fait appel au cirque, au cabaret, à la BD, à la SF. Il n'innove pas vraiment, mais achève de nous persuader qu'une lecture innocente du grand œuvre wagnérien est désormais impossible. Si La Tétralogie fascine toujours autant, c'est parce qu'elle nous tend un miroir à peine déformant. Ce qu'on y voit n'est pas flatteur. Tirez le rideau !
Crédit photo : Opéra national de Paris/ Elisa Haberer
Wagner : L'Or du Rhin. A l'Opéra de Paris Bastille, les 10, 13, 16, 19, 22, 25, 28 mars. |
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La troisième édition du Concours de direction d’orchestre Gustav Mahler de Bamberg s’est terminée hier soir avec la remise des prix et le concert du lauréat, Ainars Rubikis. Jonathan Nott, directeur musical de l’Orchestre Symphonique de Bamberg et fondateur du concours nous explique ses objectifs.
Dans le monde il existe déjà d’autres concours de direction d’orchestre, qu’est-ce que Bamberg a de différent ?
D’abord, pour les candidats, tous les frais sont payés, ils n’ont donc rien à débourser pour l’inscription, ils partagent le même hôtel que le jury avec lequel ils peuvent parler librement. J’ai aussi voulu qu’il n’y ait pas trop de pièces à diriger, de cette manière chacun des douze candidats peut apprendre quelque chose, tirer un enseignement de cette expérience pendant au moins les quarante-deux minutes dont il dispose dans la première phase du concours. Bien sûr, il faut un vainqueur, mais ce qui m’intéresse c’est ce que tous les candidats sortent d’ici enrichis. D’ailleurs, la relation avec eux ne se termine pas une fois qu’ils sont éliminés : on garde le contact et la fin du concours est plutôt le début d’une relation.

Pourquoi Gustav Mahler est l’axe de ce concours ?
D’abord par l’histoire : avant que le nom soit changé pendant la Deuxième Guerre Mondiale, cet orchestre était l’Orchestre Allemand de Prague que Gustav Mahler a dirigé pendant un an. Mais aussi, plus profondément, parce Mahler était un grand chef qui a fait beaucoup pour la musique de son temps. Enfin parce que sa musique permet de mesurer les qualités d’un chef par sa complexité et sa densité : vous changez la couleur d’une seule ligne, toutes les autres changent aussi. Mahler est sur le fil très mince qui divise la musique du passé et la musique de nos jours : quand on écoute une symphonie de Beethoven, on doit se transporter mentalement à son époque pour mieux la comprendre ; quand on écoute Mahler, on a le sentiment d’être dans notre époque. C’est pourquoi la musique contemporaine occupe une place très importante dans le concours : un chef de nos jours doit savoir diriger non seulement Mahler mais aussi les compositeurs de nos jours. L’époque où un chef pouvait se concentrer sur un seul répertoire voire un seul compositeur est finie.
Le risque avec un concours comme celui-ci n’est pas justement de primer la jeunesse plutôt que la qualité d’un chef ?
J’espère que ce n’est pas notre cas puisque par exemple cette année nous avons choisi le candidat le plus âgé. En même temps, pour un candidat de 21 ans seulement, un deuxième prix qui lui ouvrira de portes est peut-être plus intéressant que le premier prix qui le mettrait tout suite sous les feux de la rampe et la pression médiatique.
Le palmarès :
1er prix (20.000 euros) : Ainars Rubikis, Lettonie (né en 1978)
2ème prix (10.000 euros ) : Aziz Shokhakimov, Ouzbékistan (né en 1988)
3ème prix (5.000 euros) : Yordan Kamdzhalov, Bulgarie (né en 1980)
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A ma droite, le candidat ouzbèque, Aziz Shokhakimov, 22 ans, râblé, plein d’énergie, qui emploie la baguette pour fouetter les musiciens, les inciter à donner toujours plus dans l’expression. A ma gauche, le candidat Letton, Ainars Rubikis, 32 ans, un véritable poids plume qui combine précision et élégance des gestes. Le combat se fait en trois rounds : d’abord une page contemporaine d’environ cinq minutes, puis une répétition en quinze minutes du Scherzo de la Quatrième symphonie de Mahler, et enfin le troisième mouvement de cette même oeuvre mais cette fois-ci exécuté sans aucune interruption et sans aucune indication verbale des candidats : un numéro sur la corde raide et sans filet.
Pour cette finale du Concours de Direction d’orchestre de Bamberg, le public est venu en masse, un public de connaisseurs : sur les 70 000 habitants de la ville, 7 000 sont des abonnés de l'Orchestre. Et il se passionne pour la confrontation des deux styles.
Premier sur le ring, Aziz Shokhakimov s’attaque à Con brio de Jörg Widmann, page ultravirtuose, en faisant justice au titre de l’oeuvre. Il s’en sort, mais on se demande s’il est vraiment à l’aise dans ce répertoire. Dans Mahler en revanche son style musclé montre ses limites : ses gestes sont appuyés pour épaissir les traits et essayer ainsi de faire oublier les inévitables couacs par une surenchère d’émotion. Mais à force de demander toujours plus aux musiciens, l’ensemble s’écroule. La faute à l’inexpérience ?
Ainars Rubikis monte à son tour sur le podium avec l’énorme partition de Towards Osiris, l’oeuvre contemporaine qu’il défend sans qu’apparemment le compositeur (Matthias Pintscher, par ailleurs membre du jury) soit choqué : tout semble fluide. Mais ce n’est rien à côté de son Mahler. Après le style très appuyé de son rival, sa direction subtile, tout en finesse, fait mouche et tire le meilleur de l’Orchestre de Bamberg, transfiguré. Dans le scherzo, il est à la fois pointilleux dans ses indications et imagé quand il évoque l’atmosphère fête de ce mouvement : « C’est comme le Violoniste sur le toit, amusez-vous ! » Son combat, il le gagne par KO dans le quatrième mouvement : c’est de la musique de chambre et on reste émerveille par la souplesse d’un orchestre qui se plie à la moindre de ses indications. Après ce numéro, le chef quitte la scène sous un tonnerre d’applaudissements. Le jury est lui aussi sous le charme et Ainars Rubikis devient le Premier Prix de cette troisième édition. A 32 ans, c’est encore un jeune chef (jusqu’à quelle âge un chef est encore « jeune »?) qui peut montrer désormais une excellente carte de visite. Saura-t-il bien l’utiliser ?
Crédit photos : Matthias Hoch |
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