Voilà. Il y a un grand palais à colonnes qui n’arrête pas de s’ouvrir et de se fermer. Il y a des chevaliers (dont l’un est une femme travestie) vêtus d’amures en papier de chocolat et des dames en robes de la même matière. Il y a des chœurs en moderne, smokings et robes du soir. Au début et à la fin, il y a de grands lustres qui montent et descendent. Il y a deux ténors vedettes, dont l’un, celui qui chante le mieux, plastronne davantage que l’autre. Il y a une soprano (ou une mezzo, on ne sait trop) dont les cheveux sont tressés en une grande natte, et qui termine le spectacle en interprétant un rondo très difficile. Comme la musique oscille entre la pose classique (façon Gluck) et le bel canto orné, tout le monde se tient assez raide, ce qui va bien avec le décor. Seuls éléments un peu second degré (avec les chœurs et les lustres, qui montrent qu’on est au théâtre) : des accessoires sortant du sol à volonté. On voit ainsi apparaître un banc, un tas de cailloux, une harpe ou, pour le rondo final, un pupitre de concert. C’est, à l’Opéra Garnier, la création scénique parisienne de La Donna del Lago, cent-quatre-vingt-onze ans ans après sa création à Naples. La musique est de Rossini, un Rossini qui veut innover mais ne peut s’empêcher de repasser, sans prendre la peine de les réchauffer, des plats qu’il a servis ailleurs. « Le premier opéra romantique, le premier à s’inspirer d’un roman de Walter Scott », lit-on de cet ouvrage rarement représenté. Ce soir, c’est l’homme de théâtre catalan Lluis Pasqual qui signe la mise en scène et Ezio Frigerio qui a dessiné les décors. Le ténor qui plastronne est Juan-Diego Florez et la soprano-mezzo Joyce DiDonato. Rien que du beau monde. La Donna del Lago a été donné récemment à Genève, dans une mise en scène « regietheater », qui racontait autre chose que ce que Rossini avait prévu. Tel qu’il est présenté à l’Opéra Garnier, La Donna del Lago ne raconte rien. Et trois heures de rien, c’est très long.
François Lafon
A L’Opéra National de Paris, Palais Garnier, les 18, 21, 27, 30 juin, 2, 4, 7, 10 juillet
Crédit photo : Opéra national de Paris/Agathe Poupeney |