
Sur le chemin de Beaubourg, à l’église Saint-Merri, un dimanche d’août à Paris. A l’heure des vêpres, c’est un pianiste qui officie. L’église est pleine, plus une place autour de l’estrade placée au centre de la nef, là où la réverbération ne noie pas trop la musique. Il y a des gens sur les marches des autels adjacents, d’autres adossés aux bénitiers. Qui connait Eric Artz, qui joue Schubert, Chopin, Debussy et Liszt ? Combiens de spectateurs sont venus exprès, combien sont entrés en passant, attirés par l’affiche : concert à 16 heures, entrée libre. Cela fait toujours bizarre d’entendre, comme ça, par hasard, quelqu’un qui joue très bien. Cela console des déceptions qu’on a dans les salles chic, quand on est venu tout exprès et que de grands noms ne tiennent pas leurs promesses. On se dit même qu’il n’y a pas de hasard, qu’on devait passer par-là. Renseignements pris, Eric Artz est un élève de Roger Muraro et de Nicholas Angelich au Conservatoire. A dix ans, il jouait l’Etude « Révolutionnaire » de Chopin à l’Ecole des Fans, devant un Jacques Martin goguenard lui disant : « Tu vas jouer ça, tu es sûr ? » Aujourd’hui, il a vingt-sept ans, de la technique et de la musicalité. « Il est plus étonnant dans Debussy que dans Liszt, » dit une petite dame du quartier en rangeant sa chaise. Elle a raison.
François Lafon
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