Dimanche 05 fevrier 2012
Concerts & dépendances
Côté salle et côté scène avec les musiciens
Elektra à Toulouse : Strauss ou Nietzsche ? vendredi 30 avril 2010 à 10h23

 

Avec Nietzsche, la rationalité philosophique se découvre un nouveau lieu : la vie et la volonté de puissance. La vie est ce qui doit se dépasser sans cesse ; ce dépassement est l’œuvre d’une puissance qui se veut elle-même toujours plus forte, plus destructrice. Avec Nietzsche, l’écriture philosophique trouve aussi un nouveau style ; ce qui est dit est énoncé comme une danse extatique et dionysiaque proche de l’incantation. Cette césure de l’histoire de la pensée s’exprime admirablement dans l’Elektra de Strauss. Du point de vue de l’écriture musicale d’abord, avec l’utilisation géniale du leitmotiv et du contrepoint qui traduisent l’affrontement de la vie et de la mort, de la violence et de la quête d’un repos, de l’amour du père et de la haine de la mère. Le rôle dévolu à l’orchestre contribue aussi à ce parallèle: il indique ce que les personnages ne peuvent pas montrer, il dit ce que les voix n’osent pas exprimer ; son discours est cryptique comme les livres de Nietzsche. L’orchestre est comme le dédoublement d’Elektra, dans une puissance qui la dépasse et en laquelle elle se reconnaît pourtant : « Si je n’entends pas cette musique, elle vient de moi ! » chante-t-elle. La production reprise par le Théâtre du Capitole, avec la magistrale direction d’Hartmut Haenchen et dans une mise en scène de son ancien directeur Nicolas Joël, honore cette interprétation de l’œuvre, elle la suggère. La transposition de la tragédie de Sophocle à l’époque de Strauss rend cet opéra presque élégant et montre les horreurs qui peuvent se cacher derrière une certaine beauté plastique. Susan Bullock est particulièrement convaincante dans son interprétation scénique et notamment sa gestuelle lors de sa « danse de mort » à la fin. Elle n’échappe pas à la difficulté d’ajuster sa voix à la puissance de l’orchestre, comme tous les autres chanteurs, mais elle convainc par la force tragique qu’elle invente à chaque étape de cette histoire de conjugicide et de matricide. La Halle aux grains, où sont donnés les spectacles du Capitole en cours de rénovation, contribue par sa disposition géographique à cette ressemblance nietzschéenne : le public s’y découvre partie prenante d’un chœur, d’où sortent tour à tour Oreste et Clytemnestre.


Katchi Sinna


Richard Strauss : Elektra. Avec Susan Bullock, Silvana Dussmann, Agnes Baltsa- Nicolas Joël (mise en scène), Hartmut Haenchen (direction) - Toulouse, Halle aux Grains, les 2, 5, 9 mai.
Crédit photo : © Patrice Nin 

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Daniele Gatti dirige Mahler : le meilleur pour la fin vendredi 30 avril 2010 à 08h08

 

Pour diriger Mahler, il y a des chefs qui s’identifient au compositeur (Leonard Bernstein), d’autres qui souffrent avec lui (Klaus Tennstedt), d’autres encore qui s’attendrissent sur son sort (Bruno Walter). Il y en a qui soulignent chaque intention (Christoph Eschenbach), et d’autres, à l’opposé, qui s’attachent à restituer le souffle de la musique, sans chercher à expliquer le pourquoi du comment (Claudio Abbado). C’est apparemment cette dernière option qui est celle de Daniele Gatti dans la Troisième Symphonie qu’il vient de donner au Châtelet avec l’Orchestre National. Lors des deux premiers concerts de cette intégrale Mahler en trois saisons, l’émotion all’Abaddo n’est pas venue. Gatti a en particulier dirigé la « Résurrection », selon le mot de Pablo Galonce, « comme un agent de police règle la circulation ». C’est ce qui est arrivé dans le gigantesque premier mouvement de cette Troisième qui part de la nature inanimée pour, presque deux heures après, nous faire monter au ciel. Mise en place soignée, phrasés élégants, sens de la grande forme : on pense, encore une fois, à Abbado, mais l’essentiel n’est pas là. Idem pour le menuet et le scherzo qui suivent, idem pour le « Chant de minuit » sur le poème de Nietzche, gâté par une dame qui court après sa tessiture. Et puis, dans l’Adagio final, cet orchestre tiré au cordeau se met à vivre, le chef prend des risques et en sort vainqueur. Bon, il s’agit d’une des plus belles pages jamais composées pour l’orchestre. Mais il faut se méfier de Mahler : chef lui-même, et pas des moindres, il savait à quel point, pour ses semblables, la Roche Tarpéienne est proche du Capitole.

François Lafon

Prochains concert du cycle « Tout Mahler par Gatti » au Châtelet : 17 juin (Knaben Wunderhorn, Symphonie n° 4), 23 septembre (Kindertotenlieder, Symphonie n° 5)

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A Lyon, les supporteurs de l'OL au rythme de Dvorak mercredi 28 avril 2010 à 15h27

 

0-3 : le Bayern de Munich a donc éliminé l’Olympique Lyonnais en Ligue de Champions. Vu à la télé, le spectacle était superbe (du côté allemand au moins), surtout qu’il y avait de quoi attirer l’oreille. Non pas le flot de commentaires souvent superflus des chroniqueurs de TF1, mais plutôt le chant des supporteurs lyonnais (à moins que ce ne soit pas des munichois… ) qui encourageaient son équipe en reprenant à chœur le thème du dernier mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde de Dvorak. Faut-il voir l’influence de l’Orchestre National de Lyon qui proposait encore cette saison d’acheter pour le même prix une place de concert et un billet pour un match de l’OL ? En tout cas, l’amour du foot n’est pas incompatible avec l’amour de la musique : Chostakovitch se passionnait par exemple pour le ballon rond. Les abonnés du Real Madrid, eux, peuvent se joindre avant chaque match au stade Santiago Bernabeu à la voix de Plácido Domingo, qui a enregistré l’hymne du club. Côté frisson musical, les champions du monde sont les supporteurs du Liverpool : impossible de ne pas frémir en les entendant chanter « You’ll never walk alone » au début de chaque match à Anfield. Et dire qu’il s’agit à l’origine d'un morceau d’une comédie musicale de Rodgers et Hammerstein…

Pablo Galonce
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A la Cité de la Musique, les affaires classiques continuent lundi 26 avril 2010 à 07h07

 

Vous ne trouverez aucun article dans la presse sur la rencontre qui vient de se tenir à la Cité de la Musique de Paris et pour cause : les journalistes n’y étaient pas les bienvenus. Pourtant, de cette réunion sortiront les affiches des prochaines saisons des grands orchestres et salles de concert du monde. C’est la conférence annuelle (exclusivement réservée aux professionnels, bien entendu) de l’IAMA. Derrière cet acronyme anglais se cache l’International Artist Manager's Association, en bon français l’association internationale d’agents artistiques classiques. Pendant quelques jours donc, cette confrérie très fermée qui négocie au nom de chefs, chanteurs et solistes, rencontre les responsables de programmation des orchestres pour essayer de leur vendre leurs artistes. Rien à signaler donc, sauf que la filière a dernièrement connu quelques soubresauts : quand Gustavo Dudamel a quitté Askonas Holt, son agence de toujours, pour rejoindre Van Walsum (dirigée par par un ancien d’Askonas, Stephen Wright), cela a provoqué un véritable tremblement de terre. Mais c’est rare que les agents classiques soient ainsi mis en lumière : le mélomane ne se soucie pas d’ailleurs du contrat de Simon Rattle ou Anna Netrebko, alors que les cachets des stars du cinéma ou de la pop font la une de magazines, pour ne rien dire des salaires des footballeurs.
C’est un monde où l’on parle surtout l’anglais : les agences britanniques tels que Harrison Parrott, IMG Artists, Askonas Holt, Hazard Chase et américaines comme CAMI font la pluie et le beau temps dans le monde classique face à quelques poids lourds allemands (Konzertdirektion Schmid) et même français (Valmalete, Jacques Thelen). Mais l’avenir se prépare peut-être déjà : les agences chinoises pointent du nez quand ce ne sont pas les agences occidentales qui s’installent en Chine. Le pays au trente millions de pianistes sera demain le premier exportateur de talents musicaux.
Pablo Galonce
 
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L’Orchestre de Paris joue pour les enfants le Sacre du printemps jeudi 22 avril 2010 à 19h20

 

En pleine période de vacances scolaires, l’Orchestre de Paris a la bonne idée de proposer à la Salle Pleyel un concert pour les enfants à partir de 6 ans. Yutaka Sado retenu au Japon pour cause de nuage volcanique, c’est Michel Tabachnik qui dirige des extraits de deux ballets, Parade d’Erik Satie et le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky. Au départ, le propos est un peu brouillon : pour comparer la manière dont les deux compositeurs utilisent le rythme, on mélange des extraits des deux œuvres, mais pas sûr que les enfants sachent très bien faire la différence. D'autant plus que Richard McNicol, l’animateur de cette matinée, s’exprime dans un français avec un fort accent anglais, et ses explications ne passent pas toujours très bien. Mais il rétablit vite la situation car il a du métier : pendant des années, il a été le patron des projets éducatifs du Symphonique de Londres, sans doute la formation qui fait le plus dans ce domaine, et il a collaboré avec l’Orchestre Philharmonique de Berlin et Simon Rattle pour le même type de démarche. En virtuose de la pédagogie pour les enfants, il trouve donc bientôt le ton : un peu cabot, il fait deux ou trois blagues, s’attire la sympathie du public en lui demandant de taper dans les mains pour lui faire comprendre les rythmes endiablés de la « Danse sacrale » et son accent anglais finit par le rendre encore plus attachant. A la fin, les parents ont l’air presque plus ravi que les enfants qui, eux, ne se doutaient pas toujours qu’un orchestre pouvait faire autant de bruit.
Pablo Galonce
Paris, Salle Pleyel, le 22 avril
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L'Opéra du Rhin sur iPhone : n'éteignez pas vos portables, svp ! mercredi 21 avril 2010 à 19h21

Ca bouge, du côte de l’Opéra du Rhin : pour la première fois en France, une maison lyrique a développé une application pour iPhone (une iPhone app pour les initiés). On pourra donc suivre depuis son téléphone toute l’actualité de cette institution avec un calendrier des représentations, des photos des spectacles et même, comble du raffinement, une billetterie en ligne. L’application, à télécharger ici via iTunes, est gratuite. Très hype ? Sans doute, mais pas autant peut-être que l’iPhone app de l’Opéra de Los Angeles dont la page d’accueil est enrichie avec la voix de Plácido Domingo, directeur de la maison. Ni aussi ludique que celle de l’English National Opera (ENO) qui pour faire la promotion de sa production du Grand Macabre, a créé un jeux à partir du prélude pour klaxons de voiture de cet opéra de Ligeti : vous pouvez vous amuser à jouer du klaxon et même envoyer votre composition à l’ENO.

Pablo Galonce
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Christian Tetzlaff et Lisa Batiashvili : les riches heures du violon mardi 20 avril 2010 à 09h19

Finie, l’époque des grands violonistes ? En musique, la nostalgie peut être une mauvaise conseillère. On regrette les Oïstrakh, Menuhin, Milstein et autres Grumiaux qui paraissent dans le souvenir tels des sommets inatteignables du siècle dernier, comme si notre époque était un plat désert. Pourtant, en deux soirs, à Paris, on a constaté que, loin de la pénurie, on vit une époque dorée pour le violon. A la Salle Pleyel, Christian Tetzlaff confirme ses goûts éclectiques en s’attaquant au Premier concerto pour violon de Karol Szymanoswski (qu’il vient d’enregistrer avec Pierre Boulez et le Philharmonique de Vienne). Malgré le jeune chef Jakub Hrusa, qui dirige le Philharmonique de Radio France avec le frein à main, le jeu du violoniste allemand est aérien, subtil, transparent, sans se laisser piéger par l’opulence très « fin de siècle » de la partition. C’est un vrai travail d’orfèvre : exquis, minutieux, impeccable.

Le lendemain, à la Cité de la Musique, la vedette est Lisa Batiashvili, révélée il y a quelques années grâce à un superbe Concerto pour violon de Sibelius enregistré avec Sakari Oramo, le chef de la soirée. Diaboliquement élégante, élancée, elle fait bien plus que s’en sortir de tous les pièges tendus par Prokofiev dans son Premier concerto pour violon : chaque note, chaque phrase est dite avec raffinement, chaque trait éblouit par sa justesse et sa précision. Et comme l’œuvre est trop courte, elle peut même enchaîner sur l’Introduction et rondo capricccioso de Saint-Saëns, page de pure exhibition qu’elle joue avec le même aplomb. Pas facile après pour l’Orchestre de chambre de l’Europe et Sakari Oramo de briller au même niveau, mais ils réussissent quand même une Troisième symphonie de Schumann pleine d’élan romantique.

Pablo Galonce

Paris, Salle Pleyel, le 16 avril (Christian Tetzlaff) et Cité de la Musique, le 17 avril 2010 (Lisa Batiashvilli).

Crédit photo : Giorgia Bertazzi/Mat Hennek 

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Musique au coeur du Médoc (3) : Les feux de la rampe lundi 19 avril 2010 à 08h12

Concours des jeunes stars lyriques : finale. Le public est là, les chanteurs jouent leur va-tout. Un objectif : l’efficacité. Deux armes : le métier et l’inspiration. Pas de révélation, mais pas de catastrophe non plus. Aux délibérations, le jury est partagé : le premier prix à Claire-Adeline Puvilland (finesse, sûreté, musicalité) ou à Romie Esteves (contrôle, expérience, aplomb) ? La seconde l’emporte. Unanimité pour Thomas Dear, basse et fier de l’être, avec la pointe d’humour nécessaire. Le public, lui, vote pour Anne Derouard, sûrement parce qu’elle possède une grande voix, mais aussi, on l’espère, parce que cette soprano imposante est infiniment touchante. Les organisateurs de Musique au cœur du Médoc ont de la suite dans les idées : dans leurs châteaux de contes de fées, pourquoi les voix ne donneraient-elles pas, elles aussi des crus classés ?

François Lafon

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Musique au coeur du Médoc (2) : Les lois de l'attraction dimanche 18 avril 2010 à 10h50

 

Concours de jeunes stars lyriques, demi-finale. Dans l'auditorium (anciennement salle des vaches) du château Kirwan, à Cantenac, l'atmosphère s'est détendue. Les huit chanteurs sélectionnés ne sont plus les victimes désignées d'un jury retranché derrière une longue table, mais des artistes décidés à convaincre. Ils défendent leurs personnages, utilisent leur technique pour raconter une histoire. Nouvelles discussions avec les jurés. Que dire à l'éliminée à la jolie robe imprimée, sinon qu'aujourd'hui, elle n'a pas franchi le pas avec les autres, que ses efforts n'ont plus fait office de promesses? Le jury prend le risque de se tromper, d'être injuste, de décourager. Le candidat s'expose à la critique, à l'arbitraire. S'il fait carrière, ce sera son pain quotidien. S'il renonce, il s'en voudra de ne pas avoir persévéré. Demain, finale publique avec ... prix du public. Une troisième force en présence, qui peut bouleverser la donne. La condition de l'artiste ne relève décidément pas d'une science exacte. 
François Lafon
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Musique au coeur du Médoc (1) : Un OVNI musical à l'ombre des chateaux samedi 17 avril 2010 à 16h38

 « Musique au coeur du Médoc. Des rendez-vous inoubliables entre musique et vins ». L'intitulé sentirait son marketing si une vidéo, diffusée la saison dernière, ne montrait un concours de chant plutôt convivial, sérieux sans jouer à la compétition incontournable et définitive. Arrivé, pour la troisième édition de cet OVNI dans le paysage musical, à la gare de Margaux, c'est à dire au bout du monde, mais un bout du monde dont le moindre village, le moindre château portent un nom de cru classé. Règle du jeu : musique française. Cette année : Berlioz, Meyerbeer, Offenbach. Deux Français d'adoption sur trois : tendance. Les organisateurs Elisabeth Vidal et André Cognet, chanteurs eux-mêmes et amoureux (ce qui n'est pas si fréquent) des voix des autres, sont aux cent coups : le nuage de cendres islandais fait fondre le jury (Dalton Baldwin est cloué à New York et Michel Plasson à Parme), et la grève des trains disperse les candidats. Une douzaine, surtout des filles, tentent leur chance devant un jury restreint, impressionnés par le truculent Henri Maier, ancien directeur de l'Opéra de Leipzig, et par Sylvia Sass, la Callas hongroise, star d'une époque où les brûleurs de planches foulaient encore les scènes. Premier jour : éliminatoires. Les candidats font le grand écart entre le romantisme berliozien et le délire offenbachiesque. Résultats inattendus : La Grande Duchesse de Gérolstein déteint sur La Damnation de Faust. Une basse franco-anglaise manie le premier degré selon Meyerbeer avec un aplomb imperturbable. Conclusion d'une des initiatrices du projet, hôtesse d'un des châteaux cernés de vignes où se déroulent les épreuves : "On peut multiplier à l'infini les dégustations de voix comme les dégustations de vins. Le mystère reste entier". Discussion avec les quatre éliminés du jour : "Ce n'est pas une sanction, mais une invitation à progresser", précise André Cognet. En ce temps de paradoxe, où l'autorité ne fait plus recette mais où la télévision booste son audience avec des compétitions de dîners en ville, tout cela est très tendance. 

François Lafon

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