Samedi 16 décembre 2017
Concerts & dépendances

De Berlin à Bayreuth : 355 kilomètres, mais d’étranges correspondances. C’est en découvrant, sur le parking du Festspielhaus, une plaque indiquant « Reserviert für Musikdirektor Ch. Thielemann », que l’équipe du Festival Wagner a appris que de conseiller musical (depuis 2010), le maestro passait Directeur musical de l’institution, poste inventé tout exprès pour lui. Un lot de consolation, sans doute, pour le prétendant malheureux à la tête du Philharmonique de Berlin. Plus anecdotique mais non moins propice aux commentaires : la soprano Anja Kampe renonce au rôle d’Isolde sous la baguette de Thielemann (elle est remplacée par Evelyn Herlitzius, l’Elektra de Patrice Chéreau), mais pas à celui de Siegelinde dans La Walkyrie, dirigé par Kirill Petrenko, son ex-compagnon et … directeur désigné du Philharmonique de Berlin. Et tout cela dans la foulée d’un éditorial sur NDR Kultur où (le passage a été supprimé) Thielemann est donné comme le spécialiste mondial du son allemand et Petrenko comme la caricature juive du Nibelung Alberich, et d’un article du quotidien Die Welt, relevant que Petrenko sera, aux côtés de Daniel Barenboim (Staatsoper) et d’Ivan Fischer (Konzerthausorchester), le troisième directeur d’orchestre juif en poste à Berlin. Petrenko, réputé pour détester les interviews, a annoncé qu’il n’en donnerait aucun.

François Lafon

Photo : Kirill Petrenko © DR

vendredi 18 juillet 2014 à 19h54

Tournée française du Quatuor Talich et collection anniversaire sous le label La Dolce Volta de quelques-uns de ses grands enregistrements. Mais de quel Quatuor Talich s’agit-il ? De remaniements en refondation, la formation créée en 1964 par le violoniste Jan Talich, neveu du Furtwängler tchèque Vaclav Talich, a connu elle aussi son Printemps de Prague et ses périodes sombres. Cela ne se sent pas tant à l’écoute de ces dix albums sauvés du catalogue des défuntes éditions Calliope, peut-être parce que sept des dix albums datent des années 2000, lorsque Jan Talich Jr, lui-même altiste, a relancé la l’entreprise de son père. Des Talich années 1970, on retrouve tout de même une impressionnante Grande Fugue de Beethoven et une Petite Musique de nuit de Mozart inédites en CD, et de ceux – intermédiaires peut-on dire – de 1995 une version qui fait encore référence des Sept dernières Paroles du Christ de Haydn. Tout cela donne une idée de la solidité de la tradition maison, et infirme par ailleurs celle, largement répandue lors de la reprise par Jan Jr., que les Talich nouveau style ne vaudraient jamais leur prédécesseurs. Autre remise en question : les sonorités râpeuses des Talich historiques, considérées comme faisant partie de l’ADN de la formation, ici relativisées par le remastering. Jamais, en cinquante ans d’existence, les Talich seniors ni juniors n’ont caressé l’oreille comme l’ont fait les Viennois du Quatuor Alban Berg ni étonné par leur technique transcendante comme les Américains du Quatuor Juilliard. N’empêche que, ainsi atténuées, les rugosités en question colorent différemment les interprétations et les intentions qu’on peut leur prêter. A vérifier en concert, sachant que depuis 2012 l’équipe a encore été modifiée, le 2ème violon Petr Macecek ayant laissé la place à Roman Patocka.

François Lafon

Tournée jusqu’au 13 août : Chirens, Cannes, Guilestre, Labeaume, Prades (festival Pablo Casals), Pleguien – Collection 50ème anniversaire : 10 CD vendus séparément (8,90 € pièce) La Dolce Volta, distribution Harmonia Mundi

mardi 4 février 2014 à 10h47

Hier sur France 3 : 21èmes Victoires de la musique classique, depuis le Grand Théâtre de Provence (Aix-en-Provence). Cérémonial immuable, congratulations d’usage, palmarès prévisible. Sur la Toile, cris d’horreur et réactions amusées : Richard Galliano, compositeur contemporain. Ah, ah ! Un prix pour Nemanja Radulovic, le rocker Paganini. Ah, ah ! Que des enregistrements Radio France en compétition. Ah, ah ! Les frères Capuçon en patriarches de la musique. Ah, ah ! Victoires de la musique, Défaites de la musique. Ah, ah ! Bon, on a quand même parlé d’Henri Dutilleux (mais pourquoi n’est-il pas venu ?), on a entendu quelques jeunes prometteurs (Edgar Moreau, Adrien La Marca, Sabine Devieilhe), on a eu droit à du baroque pour happy few (Café Zimmermann) et à un orchestre qui se tenait (le National de France dirigé par l’énergique Kristjan Järvi). De quoi se plaint-on ? Les Victoires de la musique classique 2014 n’ont été ni meilleures ni pires que d’habitude. Audience : 1.3 millions (1.9 en 2013, 1.2 en 2012), 6% du public. De la musique composée par des morts et écoutée par des vieux, le classique ? A force de se le répéter…. Allez : à la même heure sur M6, Top Chef n’a attiré que 2.8 millions de téléspectateurs.

François Lafon
 

Photo © DR

Qui a le droit d’aller à la Villa Medicis de Rome ? C’est la question que Frédéric Mitterrand, le Ministre de la Culture, doit être en train de se poser en ce moment. Une pétition circule sur Internet pour protester contre le choix de la chanteuse Claire Diterzi comme pensionnaire dans la prestigieuse institution culturelle dont la mission est d’« offrir la possibilité à des artistes et à des spécialistes francophones de nationalité française ou de toute autre nationalité de se perfectionner dans leurs disciplines » et qui a accueilli Berlioz, Debussy ou Bizet. Or certains compositeurs de musique contemporaine ont très mal pris que pour une fois ce ne soit pas un de leurs qui fasse le voyage à Rome. Pourquoi inviter une artiste dont on ne discute pas la valeur mais qui, selon les signataires de la pétition, a déjà creusé son sillon dans la musique commerciale et n’a de ce fait nullement besoin de l’aide de l’Etat ? Le choix est pour eux d’autant plus choquant que dans le jury on trouve Laurent Bayle, ancien directeur de l’IRCAM et actuel directeur de la Cité de la Musique (et membre de la Commission Karmitz mise en place par le Président de la République). Le ton du texte traduit une certaine amertume : « Réduire le nombre des compositeurs de musique contemporaine porteurs de projets ambitieux et audacieux et les remplacer par des musiciens qui ont déjà un pied dans l'industrie musicale et sont dans la capacité de vivre de la scène, c’est refuser de tenir compte de la rigueur de leur travail et les traiter avec mépris. Les pièces d’orchestre, les opéras demandent un long temps de gestation et les œuvres qu’ils écrivent en ce moment seront peut-être les classiques des siècles futurs. Si les structures qui les accueillaient jusqu’alors réduisent le nombre de possibilités qui s’offrent à eux, comment pourraient-ils développer des formes et des langages musicaux nouveaux, par définition non conformes aux standards commerciaux ? » Faire entrer à l’Académie Française de Rome une représentante des « musiques actuelles » serait donc un acte de « démagogie et calcul politique ». Et de dénoncer aussi le désengagement de l’actuel Ministère envers la création contemporaine. Et pourquoi pas, comme le suggère le compositeur Philippe Manoury, un des signataires, «  demander au Ministère d'ouvrir une section "musique actuelle" à la Villa » pour terminer avec cette guerre de territoires ?

Pablo Galonce

samedi 27 mars 2010 à 15h18

« Quand l’amour va, tout va », ce qui n’est pas le cas à Lyon entre le directeur administratif de l’Orchestre National, Laurent Langlois, et son directeur musical, Jun Märkl. On a d’abord cru qu’il s’agissait d’un choc de personnalités, de la rencontre explosive d’un maestro jaloux de ses prérogatives (son arrivée à la tête de l’Orchestre ne s’était pas passée sans remous) avec un patron engagé par la mairie pour dépoussiérer l’institution. Venu de Rouen, Laurent Langlois s’est notamment fait un nom en conférant au festival Octobre en Normandie une aura iconoclaste qui n’était pas pour déplaire aux édiles locaux et nationaux. A Lyon, il a été accueilli comme le Grand Méchant Loup, et s’est apparemment ingénié à mériter ce titre, en imposant ses hommes, en ne regardant pas à la dépense, en faisant passer ses réformes à la hussarde au lieu d’optimiser les forces en présence. Lyon Capitale.fr précise que si le contrat de Jun Märkl est consultable sur Internet, celui de Laurent Langlois ne l’est pas. Ambiance.Dernier chapitre en date de la guerre des nerfs : l’engagement d’une directrice de la Communication derrière le dos de Märkl, lequel n’a déjà pas apprécié que sa photo sur le programme de la saison prochaine soit remplacée par … la tête de Guignol. Résultat : dépôt d’un recours devant le Tribunal administratif. Bon, ce n’est pas la première fois qu’une bataille de chefs pourrit la vie d’une institution : on se rappelle celle qui a opposé Hugues Gall et Myung-Whun Chung à l’Opéra de Paris, et qui s’est terminée (assez rapidement, heureusement) par le départ du second. Ce sera le cas à Lyon, puisque Märkl n’a pas renouvelé son contrat, qui se termine fin 2011. En attendant, les habitants du quartier de La Part-Dieu vérifient chaque matin si l’Auditorium est toujours debout. On se demande ce que le chef américain Leonard Slatkin, qui avait été approché avant l’arrivée de Langlois pour prendre les rênes de l’Orchestre, pense de tout cela.

Rude métier que celui de chef d'orchestre. Prenez le Génois Fabio Luisi, directeur de l'Opéra et de la Staatskapelle de Dresde depuis 2007. Au détour d'une conversation, il apprend qu'un grand concert festif est prévu pour la St Sylvestre 2010. « Vous auriez pu me prévenir », rétorque-t-il. « Ce n'est pas vous qui le dirigerez, mais Christian Thielemann ». Scandale, démission. Renseignements pris, il découvre qu'un contrat a été passé avec la chaîne de télévision ZDF pour faire mousser l'événement : Thielemann est une star, il enregistre chez Deutsche Grammophon, il est le plus allemand des chefs allemands (certains nostalgiques le comparent à Furtwängler), et de toute façon, il devait succéder à Luisi à Dresde en 2012, lui-même ayant claqué la porte du Philharmonique de Munich pour de sombres raisons politico-contractuelles. Le procédé est international : on se souvient de la rage de Christoph Eschenbach quand il a appris qu'il n'était pas reconduit à la direction de l'Orchestre de Paris et que Paavo Järvi (lui-même cumulard de haut vol) avait été nommé derrière son dos au poste qu'il aurait bien voulu conserver.
En attendant, Luisi étant parti et Thielemann pas encore arrivé, il n'y a personne pour diriger la Tétralogie de Wagner à l'Opéra de Dresde (dont la Staatskapelle est l'orchestre permanent) à partir du… 21 février. Ne sortons pas pour autant les mouchoirs : Luisi est aussi directeur de l'Orchestre Symphonique de Vienne, il succédera à Franz-Welser-Möst à l'Opéra de Zürich en 2012, et il ne s'était apparemment pas apitoyé en son temps sur le sort de son prédécesseur à la tête de la Staatskapelle de Dresde, renvoyé pour lui laisser la place, et qui n'était autre que Bernard Haitink. Car enfin, si une blanche vaut deux noires, Haitink, comparé à Luisi et Thielemann, vaut bien une ronde.
Selon le journaliste anglais Norman Lebrecht, Lang Lang est en passe de quitter Deutsche Grammophon pour Sony Classical. Coût du transfert : 3 millions de dollars. De quoi faire ricaner un footballer de deuxième Division, mais sur le marché classique, du jamais vu depuis Pavarotti. Bogdan Roscic, le nouveau directeur du département classique de Sony en veilleuse depuis plusieurs années, avait besoin de frapper un grand coup. C'est chose faite avec le prodige qui a réalisé le rêve de quarante millions de jeunes Chinois arrimés à leur piano dans l'espoir de conquérir le monde, le Little Bouddha qui a joué, pour l'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, devant cinq milliards de téléspectateurs. Lang Lang avait déjà un pied dans la place, puisqu'il avait, en homme d'affaires et en philanthrope avisé (il est, entre autres, ambassadeur de l'Unicef) signé en 2008 un contrat commercial avec Sony. DG, en attendant, a perdu ses deux champions sur un marché extrême oriental en plein essor : Yundi Li, l'autre prodige de l'Empire du Milieu, vient de signer chez EMI, lassé d'être maintenu dans l'ombre de son encombrant compatriote. Selon son propre aveu, le bonheur de Lang Lang sera complet quand le monde musical occidental le considérera comme un artiste, et non plus comme un phénomène. Mais cela, ça ne s'achète pas.
Privé de théâtre depuis son départ tumultueux de la Scala de Milan en 2005, Riccardo Muti vient d'être nommé directeur de l'Opéra de Rome. Il prendra ses fonctions le 3 décembre 2010, en dirigeant Moïse et Pharaon de Rossini. La Ville Eternelle étant, dans le domaine lyrique, considérée comme provinciale - et l'Opéra de Rome ayant frôlé la catastrophe avant que l'état ne lui lance une bouée de sauvetage de quinze millions d'euros -, c'est en apparence un curieux choix de la part de ce chef ****luxe, qui s'apprête par ailleurs à prendre les rênes du très riche Orchestre Symphonique de Chicago. Quelle revanche, en réalité ! Puisque la Scala est tombée aux mains des étrangers (Stéphane Lissner, Daniel Barenboim), puisque cette saison encore, Bizet, Mozart, Janacek, Wagner, Berg et Gounod n'y laissent qu'un strapontin à Rossini, Verdi et Donizetti, Muti, star internationale mais nationaliste en art comme en politique, prend la tête de l'opposition, dans un théâtre 100% italien. Il va sans dire que les élus romains (le maire, Gianni Alemanno en tête, membre du parti de Silvio Berlusconi Popolo della Libertà) se frottent les mains d'avance, le seul nom du chef étant, en plus, censé faire bourse délier à des sponsors jusqu'ici réticents. Si Visconti était encore vivant, il en ferait un film.
vendredi 20 novembre 2009 à 01h00
En prélude au bicentenaire de la naissance de Chopin, Alexandre Tharaud sort fin novembre un CD intitulé Journal intime. Sous ce titre qui lui ressemble, il réunit, comme il aime le faire, des pièces illustres (la 1ère Ballade) et des raretés (la Contredanse). Quelques mois après le double album Satie qui a ravi ses fans, Harmonia Mundi met donc les bouchées doubles avec son pianiste vedette. Eh bien, pas du tout : c'est sous étiquette Virgin que paraît le nouvel album. Comme les stars du ballon rond, les as du clavier jonglent avec les clubs. Chez Virgin, le wonder boy rejoint une équipe où brillent déjà David Fray, Piotr Anderszewski et Nicholas Angelich. Pas grave, direz-vous, il est unique et le restera. On n'attend que cela de lui. Pendant ce temps, Harmonia Mundi sera occupé à lancer le récital Chopin d'Alain Planès, un compagnon de longue date, enregistré sur un piano Pleyel de 1837 et reproduisant le programme d'un des rares concerts que Chopin a donnés à Paris.